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Extraits 2015 - Pierre Aulas
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Extraits 2015

L'expérience de Milgram avant la lettre. (mis en ligne le 3 août 2015)

BROWNING (Christopher R.), Des hommes ordinaires, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2015 (orig. 1992), pp. 37-38 et 113.

La ville polonaise de Bilgoraj, à l'aube du 13 juillet 1942. Les hommes du 101e bataillon de réserve de la police quittent le grand bâtiment de briques de l'école qui leur sert de caserne. Ce sont des Hambourgeois d'origine ouvrière ou petite-bourgeoise, des hommes d'âge mûr qui ont laissé derrière eux femmes et enfants. Trop vieux pour servir dans l'armée allemande, ils ont été mobilisés dans la police. La plupart sont des bleus sans aucune expérience des territoires occupés, tous se trouvent en Pologne depuis moins de trois semaines.
Il fait encore sombre lorque les hommes grimpent dans les camions. Chaque policier a reçu des munitions supplémentaires, en plus des caisses qui ont été chargées dans les camions. Ils partent pour leur première action d'importance, mais on ne leur a pas encore dit ce qui les attendait.
Le convoi s'ébranle dans l'obscurité, se dirigeant lentement vers l'est sur une mauvaise route cahoteuse. Il met bien une heure et demie, peut-être deux, pour franchir les quelques trente kilomètres qui séparent Bilgoraj de sa destination, le village Josefow. C'est un hameau polonais typique, avec ses petites maisons blanches à toit de chaume. Parmi ses habitants y vivent 1 800 Juifs.
Le village est silencieux. Les conscrits du 101e bataillon de réserve sautent à terre et s'assemblent en demi-cercle autour de leur chef, le commandant Wilhelm Trapp, un policier de carrière de cinquante-trois ans affublé par ses hommes du sobriquet affectueux de « Papa Trapp ». Il est temps pour lui d'informer l'unité de la mission qui lui a été confiée.
Pâle, nerveux, la voix étranglé et les yeux pleins de larmes, Trapp a manifestement du mal à se dominer. Le bataillon, explique-t-il d'un ton plaintif, doit remplir une tâche effroyablement déplaisante. Cette mission n'est pas de son goût, elle lui apparaît même comme éminemment regrettable, mais les ordres proviennent des plus hautes autorités. Si cela pouvait tant soit peu leur faciliter la tâche, les hommes devraient se souvenir qu'en Allemagne des bombes sont en train de tomber sur des femmes et des enfants.
Puis il en vient au fait. Un policier se souviendra que Trapp a accusé les Juifs d'avoir été les instigateurs du boycottage qui fait tant de mal à l'Allemagne. Selon deux autres témoins, il a expliqué que les Juifs de Josefow soutenaient les partisans. Maintenant, dit-il, le bataillon a ordre de rassembler ces Juifs. Les hommes en âge de travailler seront sélectionnés et emmenés dans un camp de travail. Les autres, femmes, enfants, vieillards, devront être fusillés sur place par les hommes du bataillon. Puis, ayant exposé à ses hommes la nature de leur mission, Trapp leur fait une proposition extraordinaire : s'il en est parmi les plus âgés d'entre eux qui ne se sentent pas la force de prendre part à cette mission, ils en seront dispensés.

Seuls une douzaine d'hommes ont saisi instinctivement l'occasion qui leur a été offerte de sortir des rangs et de rendre leurs fusils, s'épargnant ainsi la tuerie annoncée.

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Du pétrole et des armes. (mis en ligne le 3 août 2015)

AUZANNEAU (Matthieu), Or noir, Paris, La Découverte, 2015, pp. 279-280.

Publicité de la firme Halliburton

En 1948, âgé de vingt-quatre ans et diplôme de Yale en poche, George H. W. Bush renonce au confort très aristocratique dont il jouit dans sa Nouvelle-Angleterre natale. Il migre dans une petite ville perdue de l'ouest du Texas, Odessa, accompagné de sa femme Barbara et de leur premier-né, George W., âgé de deux ans seulement. Henry Niel Mallon, l'homme calme et discret qui vient d'embaucher George H. W. et l'a envoyé là, au fin fond du désert, est un proche de la famille Bush, si proche que George se plaît à l'appeler son « oncle préféré ». Ancien de Yale, membre des Skull & Bones, Mallon a été placé à la tête de Dresser Industries, l'un des poids lourds des équipements et services pétrolies aux États-Unis, après le rachat de la société en 1928 par W. A. Harriman & Co., la banque où siège Prescott Bush. Ce dernier conservera lui-même pendant deux générations une place au conseil d'administration de Dresser, se présentant comme le « principal conseiller » de Niel Mallon. Trois anciens officiers de la CIA indiquent que Dresser a fréquemment fourni des couvertures pour des opérations de l'Agence. La stratégie de la firme consiste à contrôler un maximum de brevets cruciaux pour l'industrie, qu'il s'agisse d'accélerer le pompage du brut ou de comprimer le gaz naturel pour rendre possible son acheminement par gazoduc. Dans les années qui précédent la Seconde guerre mondiale, Dresser se met à racheter de nombreux fabricants d'armes. La firme va devenir un des piliers du complexe militaro-industriel américain : elle finira bien plus tard, en 1998, par fusionner avec son principal concurrent, Halliburton, que préside alors Richard « Dick » Cheney, qui sera secrétaire à la Défense de George Bush père (de mars 1989 à janvier 1993), puis vice-président de George Bush fils (2001-2009).

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Armes non létales… (mis en ligne le 31 juillet 2015)

DOA, Citoyens clandestins, Paris, Gallimard, coll. « Folio Policier », 2014 (orig. 2009), pp. 497-498.

SABER M203 (petit canon laser fixé sous le fusil)

Lynx poursuivit sa remontée et s'arrêta sur le troisième marqueur, à cinq cents mètres, qui commandait l'allumage du SABER M203. Il ne bougea plus, concentré sur la petite tache un peu plus pâle qui se détachait du béton, son index gauche sur le commutateur.
La camionnette des Harbaoui apparut dans l'optique. Servier bloqua sa respiration et mit sous tension le gros tube noir fixé au canon du fusil d'assaut. Son œil directeur perçut un léger changement de luminosité alors même qu'il suivait la progression de la cabine de l'utilitaire. Le réticule de sa lunette était fixé sur le conducteur, Nourredine, dont il distinguait nettement les traits.
Le second marqueur apparut une fraction de seconde avant que le véhicule ne le masque complétement. Lynx commença à compter en silence.
1001.
1002.
Il appuya sur le bouton de tir du SABER à 1003. Trois secondes après le top action.
Dans l'oculaire, le pare-brise du véhicule fut noyé dans un halo de lumière à l'intensité presque insoutenable. Il n'y eu pas un bruit. Pas tout de suite. Le conducteur avait levé un bras en guise de protection. L'utilitaire se déporta légérement sur la gauche puis sur la droite. Khaled essaya de se jeter sur la direction avant d'être violemment renvoyé côté passager.
L'agent resta sur le visage de Nourredine trois ou quatre secondes encore avant de retirer son doigt du commutateur. Il ferma les yeux sur l'aîné Harbaoui qui lâchait complètement le volant, respira, écouta.
Des pneus luttèrent pour rester accroché à la route. Un dérapage interminable.
Choc du métal qui heurte le sol et se tord. Raclements de l'acier sur le goudron.
Second choc puis plus rien pendant quelques secondes.
Petite explosion.
Lentement, un feu se mit à crépiter. Les flammes gagnèrent en force mais furent bientôt couverte par une longue plainte qui déchira la nuit. Les hurlements de souffrance s'éternisèrent pendant une vingtaine de secondes et s'arrêtèrent d'un seul coup. Ils étaient morts. Victimes d'un laser base fréquence incapacitant. Une arme non létale conçue pour éblouir l'adversaire.
Et qui ne laissait pas la moindre trace.

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Ceux qui travaillent se font toujours avoir. (mis en ligne le 10 mai 2015)

DOA, Pukhtu. Primo, Paris, Gallimard, coll. « Série noire », 2015, pp. 340-341.

Un homme récolte du pavot

Le physique exotique du journaliste, un accoutrement local et l'hospitalité protectrice de la famille de son guide lui avaient permis de rester discrètement à Kandahar jusqu'à la récolte, après que les pétales rose fané soient tous tombés. Pendant trois jours, il s'était mêlé aux paysans et mis dans leurs pas quand ils parcouraient les champs à la recherche des bulbes les plus mûrs, pour les inciser délicatement à l'aide de petits peignes de métal appelés neshtar. Lorsqu'ils sont ainsi griffés, une sève blanche suinte lentement. Elle s'oxyde, épaissit au contact de l'air et devient ce taryak ensorceleur des hommes. Le lendemain, la pâte noircie et gluante est récupérée avec un autre outil, une sorte de raclette à bord tranchant dont Peter a oublié le nom, avant qu'une nouvelle incision soit pratiquée, plus profonde. Et ainsi de suite, quatre ou cinq fois, jusqu'à épuisement. Le boulot est pénible. Il faut procéder lentement, plant par plant, tout bien récupérer dans de petits sachets portés à la ceinture, faire attention de ne pas s'en foutre plein les fringues. Pas parce que c'est impossible à laver mais pour ne pas en perdre une miette. À vingt ou trente dollars le kilo, chaque gramme compte.
Une fois l'opium ramassé, il est vendu frais à la sortie des prés ou séché, après quelques semaines, quelques mois ou même quelques années. Il se conserve sans problème, bien mieux que ses dérivés raffinés, et gagne même en valeur et en qualité avec le temps. Une chose qu'on n'avait pas tout à fait saisi en Occident quand, en l'an 2000, on s'était mis à encenser, à longueur de discours et d'éditoriaux, la décision du Molah Omar d'interdire la culture du pavot. Jamais le grand gourou des talibans n'avait voulu juguler quoi que ce soit, il poursuivait seulement deux objectifs, à court et à moyen terme : se racheter à peu de frais une conduite auprès de la communauté internationale, le temps de faire oublier les aspects plus controversés de son régime, et surtout provoquer une remontée des cours de la principale matière première exportable de son pays, en tarissant la source d'un marché mis à mal par le déclin de la consommation d'héroïne. Le sida et la concurrence d'autres drogues, jugées moins dangereuses et plus cools, comme la cocaïne, étaient passés par là. Au moment où le monde entier applaudissait des deux mains la prohibition made in talibanistan, le boss et ses affidés trafiquants préparaient l'avenir. Ils possédaient d'énormes stocks, des milliers de tonnes, acquis à vil prix les années précédentes, suffisants pour survivre à un moratoire de deux ou trois saisons, et avaient profité de la ruine de fermiers soudain privés de leur unique source de revenus pour accaparer leurs terres.
Avant-hier, hier et aujourd'hui, les paysans afghans se font toujours baiser, contraints par les tenants de l'autorité, violentés par leurs adversaires, abusés par de nombreux intermédiaires aux amitiés changeantes.

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Les guerres : d'abord une affaire d'industrie. (mis en ligne le 2 mai 2015)

LE NAOUR (Jean-Yves), 1915. L'enlisement, Paris, Perrin, 2014, pp. 90-92.

Plan du canon de 75

Si le général Baquet est à proprement parler détesté par les membres des commissions de l'armée [c'est] en raison de décisions qui démontrent qu'il n'a pas pris conscience de l'importance de la mobilisation industrielle pour la durée. Le 15 janvier en effet, à Pedoya (un parlementaire), qui est allé à sa rencontre pour évoquer la construction de nouveaux obusiers, il répond : « Le nombre de canons que nous possédons est largement suffisant, il n'y a pas lieu de l'augmenter. Sur le front, il y en a même trop. » (…) Cette phrase consternante fait le tour des milieux politiques comme un feu de poudre. Dans ses Souvenirs, le directeur de l'Artillerie se défend et prétend qu'on l'a mal compris. Oui il a annulé une commande de canons en novembre 1914, parce que la priorité pour lui était de produire des obus. Sa tirade sur le trop grand nombre de canons sur le front au début de l'année 1915, il faut la comprendre au regard de leur trop faible alimentation en obus. (…)
Trop de canons ! Au moment où le général Baquet prononçait ses paroles, les batteries de 75 connaissaient une épidémie d'étranges éclatements. Des obus fabriqués à la va-vite par des industriels peu avertis explosaient à l'intérieur du canon à raison d'un accident pour 3 000 coups tirés contre 500 000 auparavant. En cause, les obus à ogives vissées, parfois mal, et dont la poudre s'enflamme. On incrimine aussi l'acier trop sec, microfissuré, fendillé, qui éclate au contact d'un tube brûlant, rougi par un usage intensif. Des mesures drastiques de contrôle de la qualité de la production sont adoptées, un cahier des charges établi et l'ogive monobloc généralisée. Il était temps. (…)
À l'été 1915, le problème est à peu près réglé, mais au 31 décembre 1915, les Français ont tout de même perdu 1 046 canons par éclatement, sans parler des 1 514 déféctueux à force d'avoir tiré, gonflés ou anormalement usés, et des 407 pris ou détruits par l'ennemi. Des quelques 4 000 canons de 75 dont disposait l'armée à la mobilisation, il n'en resterait plus que le quart si de nouveaux obusiers n'avaient pas été commandés sous la pression des commissions. Il n'est pas sûr que le général Baquet mérite son titre de commandeur de la Légion d'honneur. Poincaré (le président) ne le croit pas, en tous cas, et téléphone à Millerand (président du Conseil i.e. premier ministre) pour lui faire entendre qu'il désapprouve cette légèreté.

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Succès des religions "MacDo". (mis en ligne le 2 mai 2015)

ROY (Olivier), La Sainte Ignorance. Le temps de la religion sans culture, Paris, Point, coll. « Essais », 2012 (orig. 2008), pp. 51-52.

Un auteur incontournable, découvert par le grand public suite aux attentats du 7 et 9 janvier 2015.

Logo McDonald détourné avec la formule I'm Muslim

Le processus contemporain de mondialisation (…) systématise et pousse à l'extrême [le] phénomène [de] déterritorialisation. Il introduit une dimension inédite : celle d'un découplage durable entre religions, territoire, sociétés et États, ce qui entraîne une plus grande autonomisation du religieux. Or, dans cette configuration nouvelle, toutes les religions ne sont pas égales (…). L'évangélisme protestant se développe dans le monde entier. Mais on a deux grilles de lecture opposées. La première explique le poids des religions par leur lien avec les cultures, dominantes et dominées : l'expansion du protestantisme est alors associée avec la domination américaine et la radicalisation de l'islam avec la protestation d'une culture dominée, celle du Sud. La deuxième grille de lecture, au contraire, privilégie la capacité d'une religion d'apparaître comme universelle parce que « culturellement neutre » (émancipée du fait culturel, ou compatible avec n'importe quelle culture). Se pose ici une question clef : l'expansion d'une religion se fait-elle à la faveur de l'expansion d'une culture nouvelle, ou à la suite d'une déconnexion entre religion et culture ? Si les succès du protestantisme américain plaident pour la première formulation, le développement de l'islam et des « nouveaux mouvements religieux » plaide pour la seconde.
Cette inégalité des religions devant la globalisation explique largement les choix faits dans ce livre : il ne s'agit pas d'un traité général des relations entre religion et culture. Cela supposerait une impossible exhaustivité et une érudition dont ne disposons pas. Il s'agit plutôt, à partir d'un certain nombre de cas, de voir comment les relations entre religion et culture se recomposent aujourd'hui et ce que cela veut dire pour notre compréhension du phénomène religieux.

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Colonisation de la Namibie. (mis en ligne le 2 mai 2015)

WESSELING (Henri), Les empires coloniaux européens. 1815-1919, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2012 (orig. 2004, trad. 2009), pp. 364-366.

Petite église de style germanique à Lüderitz, Namibie

[Le Sud-Ouest africain allemand] ne se prête pas à l'agriculture mais exclusivement à l'élevage extensif, du moins dans la partie occidentale car la partie septentrionale est montagneuse et à l'est s'étend le désert du Kalahari. Elle devint une colonie allemand grâce à l'action de deux aventuriers : Lüderitz et Vogelsang.
Frans Adolf Eduard Lüderitz (1834-1886) était, à l'instar de maints entrepreneurs africains, un aventurier. Il n'avait pas beaucoup étudié mais avait beaucoup voyagé et erré, en particulier au Mexique et en Amérique. Son père, un riche négociant en tabac de Brême, lui légua une fortune colossale lorsqu'il mourut en 1878. Lüderitz entra en contact avec un jeune homme qui avait lui aussi hérité d'une fortune dans le tabac, fût-elle légèrement moins importante, et qui comme lui s'ennuyait : Heinrich Vogelsang. Ils décidérent que leur avenir était en Afrique. Le 1er mai 1883, Vogelsang agissant pour le compte de la firme Lüderitz acheta au chef Khoi-Khoi, le capitaine Joseph Fredericks, la « Bay Agra Peguena ainsi que toutes les terres adjacentes cinq milles dans toutes les directions » (l'acte étant rédigé en néerlandais). Le prix fut de 200 rands (environ 100 livres sterling) et deux cents fusils. Le 12 mai, il hissa le drapeau allemand au-dessus du Fort Vogelsang puis télégraphia à Lüderitz : « Terres achetées au chef moyennant un paiement unique. »
Ce n'était que le début. En août 1883 fut signé un nouveau traité par lequel les frontières du Lüderitzland, comme ce territoire s'appelait dorénavant, furent l'objet d'un tracé beaucoup plus impressionnant puisqu'il partait du fleuve Orange pour rejoindre un point situé à 26 degrés de latitude sud. Le 24 avril 1884, Berlin fit savoir à Londres et au Cap que Lüderitz se trouvait sous la protection du Reich. Beaucoup considèrent cette date comme la date de naissance de l'empire colonial allemand mais, à Londres, ce ne fut pas le cas, du moins au début. En effet, les Anglais ne virent dans cette proclamation de Reichsschutz qu'une volonté d'assurer la « protection », déjà promise précédemment, d'un ressortissant allemand et non l'établissement d'un protectorat. En juin 1884, Bismarck envoya son fils Herbet à Londres pour qu'il explique clairement de quoi il retournait. L'Allemagne était en effet demandeur d'un protectorat sur l'Afrique du sud-ouest. À la grande surprise de Bismarck, Granville, le Foreign Secretary, n'y voyait aucun inconvénient. Il était ravi d'avoir cette épine retirée du pied. Le 7 août 1884, il fut annoncé publiquement que le Reich avait annexé Angra Pequena. Peu de temps après, cette opération d'annexion fut étendue à toute la région côtière intercalée entre la colonie du Cap et l'Angola portugais. Un millier de kilomètres de littoral africain était désormais aux mains des Allemands.

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L'erreur. (mis en ligne le 8 avril 2015)

DUMAS (Roland), Politiquement incorrect. Secrets d'État et autres confidences, Paris, Cherche Midi, 2015, pp. 277-278.

25 juin 1991

La Croatie et la Slovénie déclarent leur indépendance. C'est évidement inacceptable pour le gouvernement yougoslave, qui veut non seulement préserver l'unité de la Fédération, mais aussi protéger la minorité serbe de Croatie.
Alors que les ministres européens des Affaires étrangères ont planifié la reconnaissance et l'intégration progressive à l'Union des différents composants de l'ancienne Yougoslavie, Helmut Kohl reconnaît, sans crier gare, l'indépendance de la Croatie. Mitterrand et moi y voyons le ferment de conflits interethniques.

28 juin 1991

Sommet des Douze au Luxembourg. (…) Les Allemands jouent un jeu dangereux. À propos de l'éclatement de la Yougoslavie, une divergence de fond se fait jour. Mitterrand plaide pour l'intégrité des États, obsédés qu'il est par l'éclatement des pays dont le corollaire est l'exacerbation des nationalismes, la guerre donc. Kohl est d'un avis opposé : « 'autodétermination des peuples avant toute chose. » Nous atteignons là un point de rupture. Pendant que le chancelier prend la parole, le président liste sur une feuille les pays ou provinces qui vont demander leur indépendance : Moldavie, Slovénie, Slovaquie, voire Lombardie. Il en compte 17. Je lui suggère de la lire à haute voix pour frapper les esprits.

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Une politique sociale originale. (mis en ligne le 8 janvier 2015)

HOUELLEBECQ (Michel), Soumission, Paris, Flammarion, 2015, pp. 198-199.

Une de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 présentant Houellebecq en prophète

Sur le plan intérieur Ben Abbes accomplissait un parcours sans faute. La conséquence la plus immédiate de son élection est que la délinquance avait baissé, et dans des proportions énormes : dans les quartiers les plus difficiles, elle avait carrément été divisée par dix. Un autre succès immédiat était le chômage, dont les courbes étaient en chute libre. C'était dû sans nul doute à la sortie massive des femmes du marché du travail – elle-même liée à la revalorisation considérable des allocations familiales, la première mesure, présentée, symboliquement, par le nouveau gouvernement. Le fait que le versement soit conditionné à la cessation de toute activité professionnelle avait un peu fait grincer des dents, au début, à gauche ; mais au vu des chiffres du chômage, les grincements de dents avaient rapidement cessé. Le déficit budgétaire n'en serait même pas augmenté : l'augmentation des allocations familiales était intégralement compensé par la diminution drastique du budget de l'Éducation nationale – de loin le premier budget de l'État auparavant. Dans le nouveau système mis en place, l'obligation scolaire s'arrêtait à la fin du primaire – c'est-à-dire, à peu près à l'âge de douze ans ; le certificat de fin d'études était rétabli, et apparaissait comme le couronnement normal du parcours éducatif. Ensuite, la filière de l'artisanat était encouragée ; le financement de l'enseignement secondaire et supérieur devenait, quant à lui, entièrement privé.

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Nul n'est censé ignorer la loi :

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