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Les facéties du sapeur Camember par Christophe - Pierre Aulas
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Plan détaillé
Camember est présenté au lecteur.
Ier groupe d'histoires.
IIe groupe d'histoires.
IIIe groupe d'histoires.
IVe groupe d'histoires.
Ve groupe d'histoires.
VIe groupe d'histoires.
Camember dresse ses batteries.
Camember trouve plus malin que lui.
Horrible faim du sapeur Camember.
Fatale méprise.
Camember victime de son cœur.
Une improvisation brillante.
VIIe groupe d'histoires.
VIIIe groupe d'histoires.
Épilogue.

VIe groupe d'histoires.

Camember dresse ses batteries.

Camember s'informe dans un tabac du prix d'une pipe

« Combien cette pipe, madame Coralie, sans vous commander, s'ous plaît ?
— 3 fr. 50, monsieur le sapeur… et parce que c'est vous, encore, mais il faut savoir faire des sacrifices pour les défenseurs de la Patrie. »

Camember s'asseoie sur un banc pour réfléchir

« 3 fr. 50 !… 3 fr. 50 ! Jamais j'arriverai à ramasser une pareille somme pour remplacer Dagoberte ! » C'est sa vieille et défunte pipe que l'ingénieux sapeur désignait sous ce nom parce qu'elle avait jugé convenable de se culotter de travers.

Camember se lève tout à coup

Tout à coup, il se lève. Sa mâle physionomie est éclairée d'une illumination subite et son front rayonne d'intelligence et de génie : « J'aurai ma pipe ! s'écrie-t-il… Dagoberte, ma vieille amie, tu seras dignement remplacée, ou bien je ne suis qu'une moule ! »

Camember rentre dans une épicerie

« M'sieu l'épicier ! est-ce que dans le parmi de vos productions vous n'aureriez pas celui de bonbons pour jeunes filles qu'on en aurait beaucoup pour pas cher.
— Si, m'sieu l'sapeur, en voici 0 fr. 50 la livre.
— Pour lorsse, donnez moi-z-en un quart. »

Camember fait un cadeau à mam'selle Victoire pour les étrennes (le calendrier au mur affiche le 31 décembre)

« Mam'selle Victoire !… C'est-z-aujourd'hui le 31 décembre, comme qui dirait la veille des étrennes. Permissionnez-moi de déposer sur l'autel de vos vertus ces bonbons qu'ils sont l'image d'une amitié nestinguible, substantielle et consécuitive. »

Camember fait le modeste

« Che suis gonfuse, mossieu Gamempre ! — Oh ! y a pas de quoi, mam'selle Victoire… J'voulais d'abord vous donner une belle pipe de 3 fr. 50, chez Mme Coralie ; mais j'm'ai dit que vous ne parfumiez pas de c't'ustensile et que moi, j'serais bien content que si on me l'offrirait ! »

Colophon de la première partie

Camember trouve plus malin que lui.

Camember vient souhaiter une nouvelle année à Victoire (le calendrier au mur affiche le 1er janvier)

« Bonjour, mam'selle Victoire… Je vous la souhaite pareillement…
— Et moi aussi, mossieu Gamempre, te dout mon gœur ! che fous la souhaite bareillement. »

Camember place une bise virginale sur la joue de Victoire

« Alorsse… Je suis ému en vous demandant ça… Vu l'occasion, circonstance et autre, est-ce que vous n'obtempéreriez pas que je donnerais sur votre joue de tirtourelle un baiser virginal, mam'selle Victoire ? »

Victoire s'apprête à offrir un cadeau à Camember qui sourit en imaginant sa pipe

« Ch'ai bensé à fous… mossieur Gamembre… Che feux aussi, maintenant, fous faire un gateau !
— Bon, pense Camember, c'est un « cadeau » qu'elle veut dire… pour sûr que c'est ma pipe ! »

Victoire fait lambiner le sapeur

« Tefinez ! mossieu Gamempre ! c'est quelque chose qui se fume !
— Ah ! mam'selle Victoire ! mam'selle Victoire ! Je n'ose pas deviner : je suis sûr que vous avez fait des folies pour le sapeur ! »

Victoire remet le paquet au sapeur

« Eh, pien ! tenez, mossieu Gamempre, che ne feux pas fous faire lanquir… Foici l'obchet ! Ça ne se fait pas tans le monte gomme il faut !… mais che fous bermets d'oufrir le baquet. Che suis sûre que vous serez gontent ! »

Camember découvre, l'air ahuri, un saucisson

« Un saucisson !… Je… je vous… remercie bien, mam'selle Victoire ! — Che fous afais bien tit, monsieur Gamempre, que ça se fumait… tans la cheminée ! »
De bons esprits prétendent que Mlle Victoire s'est, ce jour-là, payé la tête du sapeur.

Colophon de la deuxième partie

Horrible faim du sapeur Camember.

Camember faitle planton

« Quatre heures de planton et rien dans le ventre !
C'est cependant pas aujourd'hui « Quatre temps Virgile jeûnera ». Si ça continue, je mange ma barbe ! »

Camember, assis sur une chaise, regarde le temps passer

« Ah ça ! est-ce qu'ils vont se décider à m'apporter ma gamelle, ces clampins-là ? Est-ce qu'ils croient qu'un sapeur ça vit de l'air du temps ? »

Une gamelle portée par un mitron passe devant Camember qui en sent les effluves

« Mon empereur ! En effet d'gamelle je me contenterais bien de celle-là ! »

Camember voit des ouvriers en train de manger leur casse-croûte de l'autre côté de la rue

« Et c't'autre intrigant là-bas en face ! Faignant, va ! Ventru ! Prop' à rien ! Cosaque !! Bédouin !! »

Camember rédige un message assis sur sa chaise

« Ah mais ! ça n'peut pas durer comme ça ! Faut qu'j'aille voir c'qu'elle est devenue, ma gamelle !… Seulement, faut prévenir le colo pour si qu'il me chercherait ! »

Toutes les mégères du quartier sont regroupées autour de la chaise vide du sapeur sur laquelle se trouve le mot: 'le sapeur a été mangé'

« Est-ce que vous savez comment le phulomène est arrivé, mame Wolff ? — Voui ! mame Mougeot, j'ai vu le monstre comme je vous vois !… »

Colophon de la troisième partie

Fatale méprise.

Camember réfléchit en machonnant un brin d'herbe

« Que diable est-ce que j'ai bien pu faire de mes gants ? Ousque j'ai bien pu les laisser ? Camember, mon ami, si tu rencontres un officier, tu peux bien faire ta valise pour la boîte ! Mais qu'est-ce que j'ai bien pu en faire ? »

Camember vient d'apercevoir au loin le capitaine et le lieutenant

« Tonnerre ! voilà justement le lieutenant Mitourouette qui bavarde avec le capitaine Brzard devant la porte de la caserne, et plus que dix minutes avant l'appel !… Camember, mon ami, si d'ici trois minutes t'as pas retrouvé tes gants… »

Le sapeur entre dans une ganterie pour commander une paire

« Madame ! est-ce que vous n'aureriez pas des gants qu'ils seraient susceptibles d'aller à un sapeur ?
— Si, monsieur ! votre numéro, s'il vous plaît ?
— Mon numéro ? c'est 37 829. (À part.) Qu'est-ce qu'elle veut faire de mon matricule ? »

La mercière chercher dans ses tiroirs une taille approchante

LA MERCIÈRE. — Nous disons donc 37 829… Je ne crois pas que j'aie cette pointure-là !
CAMEMBER. — Serchez bien, madame la mercière, parce que si vous ne trouvez pas, pour sûr que je serai fourré au bloc et sans douleur encore !

La mercière propose au sapeur une paire de taille 12 et demi

« Ma foi, monsieur le sapeur, prenez toujours le numéro qui se rapproche le plus du vôtre : c'est du 12 ½. Ça sera peut-être un peu étroit, mais en allant avec précaution… avec la douceur qui caractérise messieurs les militaires… C'est 16 sous. »

Camember salue ses supérieurs avec des gants gigantesques

Bien que ganté, Camember attrape quatre jours. Il est dans l'admiration : « Faut-il qu'il ait l'œil, hein ! le capitaine, pour avoir vu tout de suite que mes gants n'étaient point-z-à-moi ! »

Colophon de la quatrième partie

Camember victime de son cœur.

Camember aperçoit un gamin qui essaye d'atteindre une sonnerie

« Eh, là-bas ! le carabinier, ne te décarcasse pas comme ça… Tu vois bien que t'es trop bas sur pattes… Attends un peu… j'y vas ! »

Camember appuie sur la sonnette bien fort

« Sonnez fort, m'sieu l'sapeur, carillonnez tant que vous pourrez. Le concierge il est un peu dur d'oreilles et quéqu'fois il n'entend pas. »

Le gamin s'enfuie. Le major arrive. Camember s'interroge

« Merci bien ! m'sieu l'sapeur, quand le pipelet il viendra vous seriez bien aimable d'y dire bonjour de ma part. »

Camember salue le major

« Bonjour, Camember, bonjour mon ami !… »

Le concierge arrivé par derrière fiche un grand coup de balai au sapeur qui met son pied aux fesses du major

« Ah ! canaille ! Y a assez longtemps que j'te guette ! »

Colophon de la cinquième partie

Une improvisation brillante.

L'avocat de Camember plaide

Résultat : Camember passe au Conseil de guerre pour insulte à un supérieur. Son avocat, maître Bafouillet, se lève et plaide : « Messieurs, comme l'a fort bien dit Bossuet, notre maître à tous, il n'est pas si petit ruisseau qui ne se finisse par porter ombrage ! »

L'avocat relit l'acte d'accusation

« Si l'on en croyait l'acte d'accusation qui, de son doigt sévère, nous a plongé sur ce banc d'infamie, messieurs, nous aurions frappé le major Mauve dans l'exercice de ses fonctions… Or, dussé-je faire rougir vos cheveux blancs, ce n'est pas à cet endroit-là que nous avons atteint l'honorable docteur. »

L'avocat repart d'un geste du bras éloquent

L'AVOCAT. — Condamnerez-vous ce héros qui, à Austerlitz…
LE PRÉSIDENT. — Mais, maître Bafouillet, l'accusé n'était pas né à l'époque d'Austerlitz.
L'AVOCAT. — Eh bien, à Marengo…
LE PRÉSIDENT. Encore bien moins.

L'avocat fait un geste d'apaisement

L'AVOCAT. — Alors, messieurs, jetons un voile sur ce passé glorieux ! Songez à son pauvre père, à ce vieillard octogénaire qui a déjà un pied dans la tombe et qui, de l'autre, a toujours marché dans le sentier de la vertu !…

L'avocat continue sa péroraison

… « Ce n'est pas, messieurs les membres du Conseil, à de vieux singes comme vous et moi qu'on apprend à faire des grimaces, et, qu'il le veuille ou non, je vois bien d'ici l'œil du commissaire du gouvernement qui m'écoute et qui rit. »

L'avocat conclut brillament

… « La vie, hélas ! n'est qu'un tissu de coups de poignards qu'il faut savoir boire goutte à goutte ; et, je le dis hautement, pour moi le coupable est innocent ! »
À la suite de cette émouvante plaidoirie, Camember est acquitté.

Colophon de la sixième et dernière partie
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