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L'idée fixe du savant Cosinus par Christophe - Pierre Aulas
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Plan détaillé
Ie Chant.
IIe Chant.
Cosinus a mal aux dents.
Cosinus commet une méprise.
Terrible conséquence de la méprise.
Cosinus myriapode.
Mme Belazor reçoit une douche.
Chocs en retour.
Une gaffe de Cosinus.
IIIe Chant.
IVe Chant.
Ve Chant.
VIe Chant.
VIIe Chant.
VIIIe Chant.
IXe Chant.
Xe Chant.
XIe Chant.
Appendice

IIe Chant.

Où tous les personnages de cette véridique histoire seront successivement présentés au lecteur, et où l'on verra comment Cosinus eut l'idée de faire le tour du monde.

Cosinus a mal aux dents.

Cosinus assis dans son lit se tient la mâchoire

C'est ainsi que s'écoulait la vie de l'illustre docteur Cosinus, lorsqu'un beau matin il se réveilla avec une douleur lancinante dans la mâchoire. – Ici apparaît pour la première fois le chien Sphéroïde, ainsi nommé par ce qu'il est vaguement de la race des Boule…dogues.

Cosinus en train d'extraire une racine cubique

Ayant donc ressenti une douleur lancinante, Cosinus essaie d'abord d'un dérivatif souverain qui lui a déjà réussi et qui consiste à extraire à 0,000001 près, la racine cubique d'un nombre de 127 chiffres : mais ce moyen ayant, cette fois échoué…

Cosinus, penché sur son téléphone

… Zéphyrin se précipite sur son téléphone : « Allô ! communication avec le dentiste Max (Hilaire)… je voudrais qu'il me reçût ce matin… Ah ?… pourquoi ?… Hein ? Bon !… Oh !… Entendu !… Au revoir, mon ami. » C'est du côté de Cosinus que se succédaient ces interjections.

Le domestique du dentiste en train de répondre au téléphone

Du côté dentiste : « Qu'est-ce, Hippolyte ? – Mossieu ! c'est M'sieu Brioché qui demande à Mossieu si Mossieu peut le recevoir ce matin. – Réponds-lui que c'est impossible… Que je suis trop occupé… Que j'ai 72 clients qui attendent. Qu'il vienne ce soir à 2 h. 52. »

Cosinus pénétre dans la salle d'attente du dentiste

À 2 h. 52., Cosinus, homme ponctuel, pénétrait donc chez le dentiste. N'y trouvant pas de clients, il en conclut qu'il n'attendrait pas longtemps. L'âme des hommes de science est candide et elle donne asile à de monstrueuses illusions.

Cosinus, absorbé par ses lectures

En effet, à 7 h. 33, le docteur attendait encore. Il est vrai qu'il ne s'ennuyait pas, absorbé qu'il était dans la lecture des hauts faits de son cousin Fenouillard et de son illustre famille, livre excellent que doivent posséder, à l'exclusion de toutes les autres, deux catégories de gens : 1° ceux qui sont dentistes, 2° ceux qui ne le sont pas.

Colophon de la première partie du deuxième chant

Cosinus commet une méprise.

Une dame entre dans la salle d'attente

Cosinus a pris à sa lecture un plaisir tel qu'il en a complétement oublié son mal. Il a même fini par se croire chez lui et, à l'aspect d'une dame qui entre, il se lève pour lui faire, avec une galanterie toute française, les honneurs de ce qu'il s'imagine être son salon.

Cosinus s'assied face à Mme Belazor

« En quoi, madame, puis-je vous être utile ? dit aimablement Cosinus.
— Monsieur, on m'a beaucoup parlé de vous répond Mme Belazor, qui prend Cosinus pour le dentiste : j'ai là une douloureuse racine que je désirerai faire extraire…

Cosinus lève les bras au ciel d'enthousiasme

— Une extraction de racine ! s'exclame Zéphyrin. Mais c'est ma spécialité ! Dès ma plus tendre enfance, j'extrayais, par plaisir, toutes les racines de mes camarades ! Ce matin même, j'en ai réussi une fort compliquée… Par quel procédé désirez-vous que j'opère ?

Mme Belazor s'inquiète de l'enthousiasme de Cosinus

— Mais, monsieur, par celui qui fera le moins de mal. — Oh ! madame, sourit Zéphyrin, j'opère toujours sans douleur ! Mais, puisque vous me laissez le choix, nous allons, si vous le voulez bien, employer des tables de logarithmes. D'abord, nous multiplierons par l'indice… »

Mme Belazor s'enfuie en courant

Mme Belazor n'attend pas la suite de l'explication. « Ciel, lève-t-elle les bras au plafond, le dentiste qui est devenu fou ! »
C'est ainsi que, dans notre monde sublunaire, se font les réputations et s'accréditent les légendes.

Cosinus prend son chapeau et se dirige vers la sortie

Cependant Zéphyrin, qui a totalement oublié l'incident et chez qui les idées se succèdent avec rapidité, sort derrière Mme Belazor pour aller mettre à exécution une idée nouvelle que la lecture des exploits de Fenouillard avait fait germer sous son crâne.

Colophon de la deuxième partie du deuxième chant

Terrible conséquence de la méprise.

Un policier soufflete Mme Belazor pour la réveiller

Toute émue, Mme Belazor est, de son côté, allée verser ses doléances et épancher ses terreurs dans le sein du commissaire, après quoi elle s'évanouit dans les bras d'un agent. Qu'on se rassure ! Grâce à l'énergie du traitement, elle ne tardera pas à reprendre ses esprits.

Trois policiers marchent dans la rue

Abandonnons momentanément Mme Belazor et suivons ces trois élégants personnages : ce sont les trois agents Picpus, Mitouflet et Landremol qui, habillement déguisés, s'en vont, sur la plainte de la « femme Belazor », s'assurer de la personne du dentiste Max (Hilaire) atteint, selon toute apparence, d'aliénation mentale.

Le policier Picpus s'adresse à Max (Hilaire)

« C'est-il pas vous, dit Picpus, l'orateur de la Délégation, qu'êtes le sieur Max (Hilaire), qui voulez arracher les dents à vos clients en les couchants sur des tables de gargarismes ? »
L'illustre Max (Hilaire), qui n'y comprend rien, ayant poliment envoyé promener maître Picpus…,

Les trois policiers ligotent le dentiste comme un saucisson

… est aussitôt considéré par ledit Picpus comme fou furieux, et mis dans l'impossibilité de faire un mouvement. « On ne dira pas, remarque spirituellement Mitouflet, que le particulier n'est pas bien ficelé ! »
Max (Hilaire) comprend de moins en moins, mais trouve la plaisanterie peu spirituelle.

Mme Belazor reconnaît le dentiste Max (Hilaire)

Transporté au commissariat et confronté avec sa victime, le dentiste est aussitôt reconnu par elle. (Régle générale : un témoin oculaire reconnait toujours la personne avec laquelle on le confronte.) – Max (Hilaire) prétendant n'avoir jamais vu cette dame, « défaut de mémoire, signe évident de folie », écrit le greffier.

Max (Hilaire) se retrouve dans un cachot

Et voilà comment l'illustre Max (Hilaire), dentiste breveté, fut enfermé dans un cabanon d'aliénés, pour avoir commis l'imprudence de faire attendre jusqu'à 8 heures dans son salon, un mathématicien auquel il avait donné rendez-vous pour 2 h. 52.

Colophon de la troisième partie du deuxième chant

Cosinus myriapode.

Cosinus, chez lui, prend un bain de pieds

Plaignons le dentiste, mais revenons à Cosinus.
Or, l'idée qui avait germé dans sa tête était de prendre un bain de pieds ! C'était sa façon d'agir dans les circonstances critiques et lorsqu'il voulait réfléchir sur un sujet important ou résoudre un problème compliqué.

Cosinus s'essuie le pied gauche

« Comment ! se disait Zéphyrin, ce serin de Fenouillard, mon cousin, a fait le tour du monde, et moi, le docteur Brioché, je n'ai jamais quitté mon cabinet ! C'est inadmissible et c'est honteux ! » Et Zéphyrin s'essuya le pied gauche.

Cosinus s'essuie le pied droit

« Cet état de chose n'a que trop duré. J'entends le faire cesser au plus tôt ! » et, ce disant, Zéphyrin, préoccupé, replongea son pied gauche dans la bassine et se mit en devoir de s'essuyer le pied droit.

Cosinus replonge son pied droit dans l'eau

Après quoi, creusant toujours son idée et de plus en plus absorbé, il réintégra son pied droit dans le bain pour s'essuyer le pied gauche.

Cosinus essuie alternativement ses pieds

Et pendant deux heures consécutives, Zéphyrin, mûrissant ses projets de voyage, s'essuya alternativement les deux pieds. Enfin, complétement éreinté, il appela sa bonne.

Cosinus, interrogatif, montre ses pieds à Scholastique

« Scholastique, ma fille, dit-il, vous qui n'avez pas d'idées préconçues, voudriez-vous, pour l'amour du ciel, me dire combien j'ai de pieds ? »

Colophon de la quatrième partie du deuxième chant

Mme Belazor reçoit une douche.

Mme Belazor est assise à son secrétaire

Or, pendant que Cosinus cherchait, avec l'aide de Scholastique, à déterminer exactement le nombre de ses membres postérieurs, Mme Belazor, remise de ses émotions et qui habitait, depuis peu, l'étage au-dessous, rédigeait ses mémoires pour l'édification des générations futures.

Mme Belazor regarde une goutte tomber du plafond

Au moment où elle écrivait la relation des derniers événements en l'agrémentant de quelques réflexions philosophiques et personnelles, une goutte d'eau tomba sur son papier. Remontant des effets aux causes, Mme Belazor leva aussitôt son nez aquilin.

Mme Belazor assise à son secrétaire, tenant un parapluie

D'autres gouttes d'eau ayant succédé à la première, Mme Belazor emploie un moyen ingénieux pour se mettre à l'abri de l'averse tout en continuant la rédaction de ses mémoires et impressions qu'elle regretterait d'interrompre, se sentant en veine d'improvisation.

Mme Belazor, trempée, assise à son secrétaire

L'averse étant devenue rivière, Mme Belazor, qui est veuve d'un pharmacien, cherche à déterminer expérimentalement la nature du liquide. Elle lui trouve un goût singulier qu'elle qualifie de « sui generis », comme l'eût fait son époux regretté lui-même.

Mme Belazor sort de chez elle, le parapluie à la main

La rivière s'étant transformée en cataracte, Mme Belazor décide qu'il y a lieu de ne pas se contenter des causes immédiates et prend le parti de remonter aux causes premières, qui doivent évidement se trouver à l'étage supérieur.

Mme Belazor pousse un cri à la vue de Cosinus-dentiste

Là, pénétrant, malgré Scholastique, dans la pièce où Zéphyrin se livre à ses exercices hydrauliques, Mme Belazor demeure pétrifiée, telle Mme Loth pendant l'incendie de Sodome : « Ciel ! s'écrie-t-elle, le dentiste qui s'est évadé ! ! ! » Puis elle s'enfuit en proie à une terreur folle.

Colophon de la cinquième partie du deuxième chant

Chocs en retour.

Mme Belazor s'élance dans l'escalier

Pour échapper à cet homme qu'elle croyait enfermé à perpétuité pour folie manifeste et incurable, Mme Belazor, terrorisée, se précipite comme un torrent dans l'escalier, sous l'œil ahuri de Scholastique qui se perd en conjectures sur la cause de cette fuite soudaine.

Le pâtissier Blanc-Mitron livrant un repas au cinquième

Or, fâcheuse coïncidence, le sympathique Blanc-Mitron, pâtissier de son état, qui portait « une timbale soignée à la dame du cintième », s'efface et souhaite d'être plat comme une limande afin de mieux laisser passer le torrent.

Blanc-Mitron renversé par Mme Belazor-ouragan

Malheureusement, l'essence des torrents étant d'être dévastateurs, et l'aplatissement du sympathique Blanc-Mitron s'étant trouvé insuffisant, un choc violent se produit qui entraîne une rupture générale de l'équilibre…

Le repas tombe dans la cage d'escalier

… et une séparation violente de Blanc-Mitron et de sa timbale qui se mettent aussitôt l'un et l'autre à descendre vers le rez-de-chaussée, avec un mouvement uniformément accéléré, au lieu de se rapprocher du grenier d'un mouvement lent mais uniforme.

Le repas atterrit sur la tête de l'agent Mitouflet

Malheureusement pour lui, l'agent Mitouflet qui venait, au sujet de l'affaire Max (Hilaire), demander à Mme Belazor des explications complémentaires, arrivait à ce moment précis en bas de l'escalier !… Et ce fut un étrange spectacle !

Le chien Sphéroïde fait honneur au repas tombé du ciel

À ce moment aussi se présentait le chien Sphéroïde, qui revenait de faire sa petite promenade quotidienne et apéritive. Il n'hésita pas une seconde à faire un sort aux quenelles et aux filets de soles. Tant il est vrai que le malheur de l'un cause souvent le bonheur de l'autre.

Colophon de la sixième partie du deuxième chant

Une gaffe de Cosinus.

L'agent Mitouflet saisit Blanc-Mitron par le bras

Ces événements ont pour effet : 1° de provoquer des explications entre Mitouflet exaspéré et Blanc-Mitron terrorisé, mais qui a conservé cependant assez de présence d'esprit pour s'emparer de la fausse natte perdue dans la bagarre par Mme Belazor-torrent.

Blanc-Mitron est expédié d'un coup de pied dans le derrière

2° D'amener l'intervention du concierge soucieux du bon renom de son immeuble et qui associe ses efforts à ceux de Mitouflet pour expulser Blanc-Mitron « manu militari », si j'ose m'exprimer ainsi, étant donné que le pied d'un concierge n'a rien de commun avec une main militaire.

Mme Belazor regarde ce qui se passe dans l'escalier

3° D'attirer sur son palier Mme Belazor, curieuse de savoir quelle est la cause réelle du bruit insolite qui se fait entendre dans son escalier généralement calme et silencieux. Or précisément Cosinus, sortant de chez lui, trouve un objet qui lui paraît singulier au premier abord.

Cosinus tend à Mme Belazor sa perruque qui est tombée

Mais dont au second abord il détermine facilement la nature capillaire : « Madame ! dit aimablement Cosinus à Mme Belazor, ne serait-ce point votre propriété que cet appendice que je n'hésite pas à qualifier de capital parce qu'on lui porte d'ordinaire un vif intérêt ? »

Cosinus repart avec la perruque

Mais Mme Belazor n'ayant pas paru saisir tout le sel de cette attique plaisanterie et ayant pris immédiatement un air de dignité méprisante et offensée, Cosinus reste très embarassé de sa trouvaille. Tel un phoque qui aurait trouvé une bicyclette !

Cosinus avec la perruque dans la poche

Alors Cosinus-Phoque se décide à mettre dans sa poche, avec son mouchoir par-dessus, la luxuriante chevelure de sa voisine, afin de s'en faire un oreiller de crin. Après quoi, de plus en plus décidé à suivre les traces de Fenouillard, il se hâte d'aller faire ses prépararifs de départ pour le bout du monde.

Colophon de la septième et dernière partie du deuxième chant
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