logo Pierre AULAS
Extraits 2008 - Pierre Aulas
 Parcours  |   Réalisations  |   Cours  |   Chroniques  |   Divers
Charbonneau
Orwell
Welsh
Castres
Cauvin
Touiavii
Barry
Legendre
Welles
Pascal
Debray
Eco
Foucauld
Orwell
Kennedy
Bloch

Extraits 2008

Les nouvelles générations sont à l'écran. (mis en ligne le 25 octobre 2008) :

GUIMIER (Laurent), CHARBONNEAU (Nicolas), Génération 69, Paris, Éditions Michalon, 2005, pp. 87-88.

Commissaire Navarro

On a raison, nous les Français, de se moquer de l'inspecteur Derrick. Ses enquêtes pépères à l'heure de la digestion déshonorent l'image de la police. Absences de cascades, coups de feu très rares, courses-poursuites inexistantes, intrigues menées au son de musiques de supermarché. Derrick est au glamour ce que Rambo est à la vivacité d'esprit. Heureusement pour l'Europe de la télévision, l'exception culturelle française est encore bien vivante !

Regardez sur nos écrans : le magistral commissaire Navarro, qui file allègrement vers ses quatre-vingt printemps, bluffe systématiquement des « mulets » un peu tendres. À soixante-deux ans, Moulin, sanglé dans son Perfecto, traque les dealers, assisté de son adjoint, le débonnaire Clément Michu, qui n'était autre que le bras droit de… Thierry la Fronde ! Fabio Montale alias Alain Delon, soixante-dix ans, met en échec la moitié de la pègre marseillaise. Quant au bouillant commissaire Cordier alias Pierre Mondy, il manage à quatre-vingts ans une équipe de jeunes inspecteurs surmotivés à l'idée de finir leur carrière à l'ombre du grand pro.

Tout est beau dans le monde rêvé des papys flingueurs. L'arthrose et les crises cardiaques n'existent pas. Les conflits de générations et les pots de départ en retraite ne sont qu'une vue de l'esprit.

Haut de page

Les civilisations sont mortelles… si elles n'y croient. (mis en ligne le 20 octobre 2008) :

ORWELL (George), À ma guise. Chroniques 1943-1947, Paris, Agone, 2008, pp. 104-105. (trad. Frédéric Cotton et Bernard Hoepffner)

Eglise

Élevé depuis des milliers d'années dans l'idée de la survie individuelle, l'homme a dû faire un effort psychologique considérable pour assumer l'idée que l'individu périt. Il est peu probable qu'il sauve la civilisation s'il ne réussit pas à bâtir un système du bien et du mal qui soit indépendant du paradis et de l'enfer. C'est bel et bien ce qu'offre le marxisme, mais il n'est jamais vraiment devenu populaire. La plupart des socialistes se contentent d'affirmer que, le socialisme une fois instauré, nous serons tous plus heureux au plan matériel, et de supposer que tous les problèmes disparaissent quand on a le ventre plein. Mais c'est le contraire qui est vrai : quand on a le ventre creux, le seul problème c'est qu'on a le ventre creux. C'est seulement quand nous serons débarrassés de la corvée et de l'exploitation que nous commencerons vraiment à nous interroger sur la destinée de l'homme et sur le sens de son existence. Il nous est impossible de nous faire une image valable de l'avenir si nous ne réalisons pas tout ce que nous avons perdu avec le déclin du christianisme. Peu de socialistes semblent conscients de cela.

Haut de page

Regarde les trains passer. (mis en ligne le 20 septembre 2008) :

WELSH (Irvine), Trainspotting, Paris, Le Seuil, 1996. (trad. Eric Lindor Fall)

Affiche du film

Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes éléctroniques…, choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle, choisir les prêts à taux fixes, choisir son petit pavillon, choisir ses ami(e)s, choisir son survet' et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit, avec un choix de tissu de merde, choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de sa vie, choisir de s'affaler sur ce putain de canapé, et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de McDo…, choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants nickés de la tête qu'on a pondu pour qu'ils prennent le relais, choisir son avenir, choisir la vie… Pourquoi ferai-je une chose pareil ? J'ai choisi de ne pas choisir la vie… J'ai choisi autre chose… Mes raisons ? Y'a pas de raison…

Écouter l'extrait du film (vf) :

Écouter l'extrait du film (vo) :

NOTA-BENE : ceux qui ne connaîtraient pas le film Trainspotting y trouveront, outre les qualités intrinsèques du film lui-même, une bande-son synthétisant toute la scène rock anglaise des années 90.

Haut de page

Parlons un peu. (mis en ligne le 28 août 2008) :

CLASTRES (Pierre), Chroniques des indiens Guayaki, Paris, Plon, coll. « Terre humaine », 2005 (orig. 1972), pp. 127-128.

Quant aux animaux, il est certaines régles de politesse à respecter à leur égard. Lorsqu'on les tue, il faut les saluer ; le chasseur arrive au campement, son gibier pendu sur l'épaule noblement tâchée de sang, il le dépose et chante en l'honneur de la bête. Ainsi, l'animal n'est pas seulement une nourriture neutre ; d'être réduit à cela irriterait peut-être ceux de son espèce, on ne pourrait plus les flécher. Chasser, ce n'est pas simplement tuer les animaux, c'est contracter une dette à leur égard, dette dont on se libère en refaisant exister, dans la parole, les bêtes que l'on a tuées. On les remercie de s'être laissées tuer mais sans dire leur nom courant. Ainsi brevi, le tapir, sera-t-il nommé morangi, et kande, le petit pécari, recevra-t-il le nom de barugi. Il faut ruser avec les animaux, il faut feindre de parler de quelqu'un d'autre, et en trompant ainsi le gibier, on abolit l'agression des hommes, on supprime l'acte mortel. Le chant du chasseur scelle l'accord secret des hommes et des animaux. Cela aussi est enseigné aux kybuchu (i.e. les enfants) : vivre de la forêt en évitant la démesure, respecter le monde qui est un pour le conserver généreux.

Haut de page

Un homme de décision. (mis en ligne le 27 août 2008) :

CAUVIN (Patrick), Les pantoufles du samouraï, Paris, Plon, 2008, p. 80.

Pantoufles

On ne s'en doute pas à me voir et bien peu s'en rendent compte, mais je suis un homme de décision et d'énergie. J'ai pu personnellement m'en apercevoir grâce à la rapidité avec laquelle je choisis mes yaourts. Alors que la plupart des ménagères hésitent, balançant entre les mérites comparés du balkanique, de celui avec fruits complets, du parfumé au caramel, du brassé nature, du 0 % de matières grasses, du pot en verre, du en emballage de douze, de six, de ceux qui donnent droit à un rabais, à un footballeur plastique, etc. J'arrive et, avec un geste impérieux qui n'est pas sans rappeler celui du Cæsar Imperator lançant l'entrée des lions dans l'arène, je prends absolument n'importe quoi et je disparais. J'ai vu, parfois, certaines de ces femmes me suivre du regard avec, dans l'œil, cette admiration que l'on réserve à ceux dont le tempérament assuré les entraîne à dominer le monde.

Haut de page

Papalagui. (mis en ligne le 26 août 2008) :

TOUIAVII, Le Papalagui. Les paroles de Touiavii chef de la tribu de Tiavéa dans les îles Samoa, Paris, Présence Image, 2000 (orig. 1920), pp. 61-62.

Papalagui

Maintenant, les hommes blancs voudraient nous apporter leurs trésors pour que nous devenions riches aussi, riches de leurs choses. Mais ces choses ne sont rien que des fléches empoisonnées, et celui dont elles frappent la poitrine meurt. « Nous devons les mener à avoir des besoins », j'ai entendu dire cela par un homme qui connaît bien notre pays. Les besoins, ce sont les objets. « Ensuite ils consentiront à travailler ! », a poursuivi l'homme intelligent. Et il pensait que nous devions aussi donner les forces de nos mains pour fabriquer des objets, des objets pour nous, mais finalement pour le Papalagui, qu'il faudrait que l'on devienne, nous aussi, fatigués, gris et voûtés.

Haut de page

Afghanistan. (mis en ligne le 25 août 2008) :

BARRY (Michael), Le royaume de l'insolence, Paris, Flammarion, 2002 (orig. 1984), pp. 65-66.

Paysage de montagne en Afghanistan

On ne saurait trop conseiller la lecture de cet ouvrage à tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à l'Afghanistan. On y trouvera un savant mélange de description géographique, ethnographique, historique, rédigé par un européen qui y a passé plus de dix ans.

Au plus fort de son rayonnement culturel, au faîte de sa puissance militaire, la civilisation islamique – on le sait – se saborda dans les premières années du XVIe siècle : refus de l'imprimerie, mépris des découvertes et du renouveau européens, ignorance orgueilleuse de la révolution de Copernic. Or ces bouleversements scientifiques, en détruisant la cosmologie hellénique de la scolastique médiévale chrétienne, ruinaient du même coup la cosmologie de la scolastique musulmane, puisque c'était la même. L'Europe s'engagea dans la pénible reconstruction d'un univers logique, pas l'islam, qui choisit de tout ignorer pendant trois siècles. Le choc de la conquête européenne, au XIXe siècle, révéla l'absurdité de l'attitude musulmane. En effet, l'ancien conflit médiéval opposait chrétiens et musulmans sur l'interprétation évangélique ou coranique d'un même ensemble de données cosmologiques. À partir du XIXe siècle, l'islam apparaît désormais aux yeux de ses conquérants comme une culture relevant littéralement d'une autre planète, car accrochée à un cosmos anéanti quelques siècles plus tôt en Europe par des découvertes scientifiques fondamentales. Or, reconnues enfin des musulmans, ces mêmes découvertes ne pouvaient pas ne pas dissoudre leur propre univers traditionnel : aux mêmes causes, mêmes effets. Les religions abrahamiques ont un bagage culturel trop identique pour ne pas subir des crises analogues, fût-ce dans la succession des siècles. Au lieu de polémiquer aujourd'hui sur le conflit opposant islam et « Occident », il serait plus lucide d'évoquer une tension entre deux formes d'une même civilisation occidentale, l'une longtemps arrêtée dans sa parfaite synthèse médiévale, l'autre explorant depuis le XVe siècle de nouveaux sentiers. Vu sous cet éclairage relatif, le combat de Khomeynî ne se travestit plus comme celui de l'« Orient » – voir Gandhi pour cela –, mais rappelle plutot celui, tragique et bien « occidental », d'un Savonarole.

Haut de page

Dominium mundi. (mis en ligne le 13 juillet 2008) :

LEGENDRE (Pierre), extrait du documentaire Dominium mundi, 2007.

Le système industriel rivalise avec le grand rêve religieux. Le management s'est approprié l'autorité du faste, la sensualité des rituels. Il produit des liturgies. Les cérémonies du marketing mettent en scène un monde qui ne connaît ni maîtres, ni esclaves, mais la fraternité planétaire. Mais sous le masque du bonheur, demeure la passion inassouvie, l'éternel désir de vaincre. L'empire du management a pour champs de bataille le marché planétaire. Le rituel du nouvel ordre est transparent : les entreprises s'affrontent, et luttent pour la victoire.
Le management est un instrument comparable à l'armée et aux administrations d'hier. Il entraîne les individus selon la logique des quatre fonctions qui, jadis, résumaient la tâche militaire : organiser, coordonner, commander, contrôler.

Le management est un empire mou, c'est là sa force. Comme les grands empires, religieux et politiques, le management appartient à l'histoire.
Les bibliothèques conservent le portrait chrétien de la terre après la découverte de l'Amérique. La papauté tient le compas. Elle a tracé une ligne globale, du pôle nord au pôle sud, à l'ouest du méridien des Açores, au bénéfice du roi catholique. Le pape Alexandre VI a proclamé l'idéal gestionnaire : entreprendre, étudier, apporter des soins diligents sans épargner travail, dépense, dangers encourus jusqu'à verser son propre sang. Laïcisez ce discours en remplaçant le Salut chrétien par la foi au progrès : vous obtenez le credo commercial de l'Occident planétaire. Aujourd'hui, la nouvelle bible, laïque mais toujours conquérante, s'appelle technique, science, économie.
Le management a pris possession de la planète.

Le christianisme occidental avait anticipé l'organisation ultramoderne en posant le principe : l'Église n'a pas de territoire.
Aujourd'hui, le marché universel réalise le rêve des conquistadors de l'Amérique : un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. La bourse en continu accomplit ce miracle.
Le management proclame le régne de la gestion. Les techniciens de l'économie l'ont nettoyé et recyclé pour lui donner l'éclat scientifique. La société n'est plus gouvernée par les hommes, mais par des principes. (…)

Le management se plie à tous les projets, à toutes les modes. Il puise ses concepts dans le bric-à-brac de la modernité. Il vend comme un outil de série sa boîte à outils du pouvoir efficace… scientifiquement efficace. Le management devient à son tour un produit sur le marché. (…)

Le régne de la gestion scientifique est voué à la radicalisation. Il mobilise ses moyens financiers colossaux et sa foi dans la bonne gouvernance. Il utilise l'arme indolore de la communication, mais aussi les techniques universelles de la conversion, que la tradition appelait « la conquête des cœurs ». Le management prêche l'évangile de l'efficacité.

À l'étroit dans ses frontières, l'Europe s'est projetée dans les espaces lointains. Au nom du devoir colonial, elle a implanté son organisation sur tous les continents. Elle a détecté d'immenses ressources exploitables. Elle a soumis des peuple dont elle ignorait tout. L'Occident en expansion a jeté les bases de la mondialisation. (…)

La modernité a programmé d'accomplir le rêve millénaire européen de redonner forme au monde entier. Porté par le fantasme de sa mission civilisatrice, le système industriel s'empare de l'humanitaire et milite pour la démocratie bienfaitrice.

La variante communiste de la société parfaite qui hantait l'Occident s'est évanouie. L'histoire planifiée prophétisait un monde uni sous l'emblême du drapeau rouge, rouge du sang révolutionnaire, rouge comme l'aurore communiste se levant sur les mers et les continents. La tentative avortée de la mondialisation par le communisme est derrière nous. L'empire mondial des affaires a succédé à l'affrontement. Le management s'est répandu comme une révolution. (…)

Les civilisation ont un génie de violence : elles massacrent leurs ennemis. Les managers n'ont pas d'ennemis, mais seulement des concurrents dans les défis du marché. Et pourtant, les managers eux aussi exterminent. Ils font disparaître, quand la nécessité l'exige, les tâches superflues, les effectifs en surnombre. Cette comptabilité des chiffres sans visage est un sombre événement dans la civilisation. Un drame sans mot. Le travail n'est plus là pour fonder notre tâche d'exister. L'évolution qui a enfanté la gestion de tout est un rouleau compresseur. Il casse, il concasse les civilisations affaiblies ou rebelles. Il applatit le matériau humain pour en gérer les fragments. La gestion mondialisée a des airs de dictature sans dictateur. (…)

Écouter :

Haut de page

L'homme s'assied près de la porte. Et là… il attend. (mis en ligne le 25 juin 2008) :

WELLES (Orson), Le Procès (film), d'après Kafka, 1962.

L'homme se tient devant la porte

Devant la Loi se tient le garde.
Un homme vient de loin qui voudrait accéder à la Loi.
Mais le garde ne peut le laisser entrer.
Peut-il espérer être admis plus tard ?
C'est possible dit le garde.
L'homme essaie de voir par la porte ouverte.
Il pensait que la Loi était accessible à tous.
« Ne tente pas d'entrer sans ma permission » dit le garde.
« Je suis très puissant. Et pourtant je suis le dernier des gardes. De salle en salle, de porte en porte, chaque garde est plus puissant que le précédent. »
L'homme s'assied près de la porte. Et là… il attend. Des années, il attend.
Il se sépare de tout ce qu'il possède dans l'espoir de soudoyer le garde qui ne manque jamais de lui dire « J'accepte pour que tu aies la certitude d'avoir tout tenté. »
À force d'épier le garde pendant des années, l'homme finit par connaître jusqu'aux puces de son col de fourrure. Avec l'âge il retombe en enfance et supplie les puces d'intercéder pour que le garde le laisse entrer.
Sa vue a baissé, mais il discerne une radieuse lumière filtrant à travers les portes de la Loi. Et maintenant, à l'article de la mort, tout pour lui se résume à une question qu'il n'a jamais posée.
Il fait signe au garde.
« Tu es insatiable ! Qu'y a-t-il encore ? »
Et l'homme de dire : « Chacun s'efforce d'atteindre la Loi. Comment se fait-il qu'au cours de toutes ces années nul autre ne se soit présenté ici ? »
Et le garde lui rugit dans l'oreille : « Nul autre que toi n'aurait été admis. Nul autre n'aurait pu franchir cette porte. Elle n'était destinée… qu'à toi.
Et maintenant je vais la fermer. »

Écouter l'extrait du film (vo) : :

Haut de page

Pascalines pour chercheur (mis en ligne le 5 juin 2008) :

PASCAL, Pensées, Manuscrit de l'abbé Périer, 1671.

Pascaline ou machine à calculer de Pascal

La maladie principale de l'homme est la curiosité inquiète des choses qu'il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si mauvais d'être dans l'erreur, que dans cette curiosité inutile.

Pascal, Pensées, 443.

Nous errons dans des temps qui ne sont pas les nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient.

Pascal, Pensées, 21.

Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

Pascal, Pensées, Copie 101.

La pari de Pascal

Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont fait un choix ; car vous ne savez pas s’ils ont tort, et s’ils ont mal choisi. Non, direz vous ; mais je les blâmerai d’avoir fait non ce choix, mais un choix : et celui qui prend croix, et celui qui prend pile ont tous deux tort : le juste est de ne point parier.

Oui ; mais il faut parier ; cela n’est pas volontaire ; vous êtes embarqué ; et ne parier point que Dieu est, c’est parier qu’il n’est pas. Lequel prendrez vous donc ? Pesons le gain et la perte en prenant le parti de croire que Dieu est. Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Pariez donc qu’il est sans hésiter. Oui il faut gager. Mais je gage peut-être trop. Voyons : puis qu’il y a pareil hasard de gain et de perte, quand vous n’auriez que deux vies à gagner pour une, vous pourriez encore gager. Et s’il y en avait dix à gagner, vous seriez bien imprudent de ne pas hasarder votre vie pour en gagner dix à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a ici une infinité de vies infiniment heureuses à gagner avec pareil hasard de perte et de gain ; et ce que vous jouez est si peu de chose, et de si peu de durée, qu’il y a de la folie à le ménager en cette occasion.

Car il ne sert de rien de dire qu’il est incertain si on gagnera, et qu’il est certain qu’on hasarde ; et que l’infinie distance qui est entre la certitude de ce qu’on expose et l’incertitude de ce que l’on gagnera égale le bien fini qu’on expose certainement à l’infini qui est incertain. Cela n’est pas ainsi : tout joueur hasarde avec certitude pour gagner avec incertitude ; et néanmoins il hasarde certainement le fini pour gagner incertainement le fini, sans pécher contre la raison. Il n’y a pas infinité de distance entre cette certitude de ce qu’on expose, et l’incertitude du gain ; cela est faux. Il y a à la vérité infinité entre la certitude de gagner et la certitude de perdre. Mais l’incertitude de gagner est proportionnée à la certitude de ce qu’on hasarde selon la proportion des hasards de gain et de perte : et de là vient que s’il y a autant de hasards d’un côté que de l’autre, le parti est à jouer égal contre égal ; et alors la certitude de ce qu’on expose est égale à l’incertitude de ce qu’on expose est égale à l’incertitude du gain, tant s’en faut qu’elle en soit infiniment distante. Et ainsi notre proposition est dans une force infinie, quand il n’y a que le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et l’infini à gagner. Cela est démonstratif, et si les hommes sont capables de quelques vérités ils le doivent être de celle là.

Haut de page

Ne pas confondre pensée et langage (mis en ligne le 4 juin 2008) :

DEBRAY (Régis), Vie et mort de l'image, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Essais », 2003 (orig. 1992), pp. 63-64 et 82-83.

Visage d'un sage

Croit-on que seuls les mots font signe ? L'homme transmet et reçoit par son corps, par ses gestes, par le regard, le toucher, l'odorat, le cri, la danse, les mimiques, et tous ses organes physiques peuvent servir d'organes de transmission. Freud n'a-t-il pas édifié une mythologie assez féconde, en attendant du moins que le rêve fasse l'objet d'une science expérimentale, sur l'idée que le rêveur pense en images et que ces images ne sont pas insensées – hypothèse qui sembla longtemps loufoques aux hommes d'idées ? Après Simonide pour qui la peinture était « une poèsie muette », et la poèsie comme une « peinture sonore », Poussin définissait son métier comme « un art faisant profession de choses muettes ». Ne pourrait-on en dire autant de l'inconscient freudien, dont le mutisme bavard appelle cet instable mélange d'interprète et de ventriloque qu'on appelle un psychanalyste ? Il est vrai que l'animal parlant reste « muet d'admiration » devant une belle image, et qu'il échouera toujours à transmettre en mots sa perception telle quelle, à articuler son émotion immédiate. Mais si rien ne lui avait été transmis par cette image, il ne serait pas tombé en arrêt devant elle. Paradoxalement, c'est en maintenant la spécificité du visible par rapport au lisible, de l'image par rapport au signe, qu'on sauvera le mieux sa fonction de transmission. Pas plus que chez l'artiste le métier n'est l'ennemi de l'intelligence, la profondeur de sens et l'intensité sensorielle ne sont en raison inverse.

Penser l'image suppose en premier lieu qu'on ne confonde pas pensée et langage. Puisque l'image fait penser par d'autres moyens qu'une combinatoire de signes.

Ne pas confondre transmettre et communiquer :

L'erreur du jour consiste à croire qu'on peut faire une communauté avec des communications. Comme une culture avec des « équipements culturels ». D'où ces tuyauteries sans eau, ces carrosseries sans moteur, ces moyens sans finalité qui font la panoplie du loisir contemporain. Ne mettons pas, nous, la charrue avant les bœufs, en pensant la communication hors la signification. La médiologie préfère parler de transmission, étant bien entendu que l'essentiel, dans ce mot, c'est la racine trans. Où le vrai moteur du déplacement. Allez voir plus loin, ce n'est pas ici que ça se passe.

Le symbolique n'est pas un trésor enfoui. C'est un voyage. Certaines images nous font voyager, d'autres non. « Sacrées », s'appellent parfois les premières.

Il y a sacré, à nos yeux, partout où l'image s'ouvre à autre chose qu'elle-même. L'image comme déni de l'autre, et jusque de la réalité, apparaît en force avec cette ère du « visuel » qui a désacralisé l'image en faisant semblant de la consacrer. L'ouverture de l'image durant l'ère de l'art nous exposait encore à une transcendance, entendant, par ce mot piégé, rien de plus mais rien de moins que l'indépendance du motif et sa libre reconnaissance par l'artiste d'abord, l'œil du spectateur ensuite. Non, tout ne dépend pas de moi. Il est loin devant, je me dépêche, mais au fond, je ne le rattraperai pas. Transcendance veut simplement dire : extériorité. Non l'au-delà, mais l'en-dehors.

Haut de page

Cette vallée de couillons (mis en ligne le 3 juin 2008) :

ECO (Umberto), À reculons comme une écrevisse, Paris, Grasset, 2006, p. 414.

Colonne de stylite

Récemment, un disciple soucieux (un certain Criton) m'a demandé : « Maître, comment bien se préparer à la mort ? » « Une seule solution, être convaincu que tous les gens sont des couillons », ai-je répondu. Devant la stupeur de Criton, je me suis expliqué. « Vois-tu, comment peux-tu marcher à la mort, même en étant croyant, si tu songes que, au moment où toi tu passes de vie à trépas, de beaux et désirables jeunes gens des deux sexes dansent en boîte et s'amusent follement, des scientifiques éclairés percent les derniers mystères du cosmos, des politiciens incorruptibles s'emploient à créer une société meilleure, des journaux et des télévisions ont pour seul but de donner des informations dignes d'intérêt, des directeurs d'entreprises responsables s'ingénient à ne pas polluer l'environnement et nous donner une nature faite de ruisseaux potables, de montagnes boisées, de cieux purs et sereins protégés par un ozone providentiel, de nuages mœlleux distillant les douces pluies d'antan ? Si tu te dis que toutes ces choses merveilleuses se produisent tandis que toi tu t'en vas, cela te serait proprement insupportable, n'est-ce pas ?

Mais essaie un instant de penser que, à l'instant où tu sens que tu vas quitter cette vallée, tu as la certitude inébranlable que le monde (cinq milliards d'êtres humains) est rempli de couillons, que ceux qui dansent en boîte sont des couillons, des couillons les scientifiques qui croient avoir résolu les mystères du cosmos, des couillons les politiciens qui proposent une panacée pour tous nos maux, des couillons les pisseurs de copie qui remplissent nos journaux d'ineptes et vains potins, des couillons les industriels suicidaires qui détruisent la planète. En cet heureux moment, ne serais-tu pas heureux, soulagé, satisfait d'abandonner cette vallée de couillons ? »

Criton m'a alors demandé : « Maître, quand dois-je me mettre à penser ceci ? » « Pas trop tôt, lui ai-je répondu, car penser à vingt ou trente ans que tous les autres sont des couillons, c'est être un couillon qui n'accédera jamais à la sagesse. Il faut commencer par se dire que les autres sont meilleurs que nous, puis évoluer peu à peu, douter légèrement vers la quarantaine, réviser son jugement entre cinquante et soixante ans, et atteindre à cette certitude alors qu'on va sur ses cent ans, et que, tous les comptes apurés, on est prêt à partir, dès réception de la convocation ultime. »

Haut de page

Le domaine fécond de l'illégalisme des droits (mis en ligne le 2 juin 2008) :

FOUCAULT (Michel), Surveiller et punir, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2003 (orig. 1975), pp. 103-104.

Les prisons de Piranèse

Ou pour dire les choses d'une autre manière : l'économie des illégalismes s'est restructurée avec le développement de la société capitaliste. L'illégalisme des biens a été séparé de celui des droits. Partage qui recouvre une opposition de classes, puisque, d'un côté, l'illégalisme qui sera le plus accessible aux classes populaires sera celui des biens – transfert violent des propriétés – ; que d'un autre la bourgeoisie se réservera, elle, l'illégalisme des droits : la possibilité de tourner ses propres réglements et ses propres lois ; de faire assurer tout un immense secteur de la circulation économique par un jeu qui se déploie dans les marges de la législation – marges prévues par ses silences, ou libérées par une tolérance de fait. Et cette grande redistribution des illégalismes se traduira même par une spécialisation des circuits judiciaires : pour les illégalismes des biens – pour le vol –, les tribunaux ordinaires et châtiments ; pour les illégalismes des droits – fraudes, évasions fiscales, opérations commerciales irrégulières –, des juridictions spéciales avec transactions, accomodements, amendes atténuées, etc. La bourgeoisie s'est réservé le domaine fécond de l'illégalisme des droits.

cf. un bon résumé des thèses exposées dans Surveiller et punir par Stéphane Leman-Langlois sur le site de l'université de Monréal.

Haut de page

Supérieur… techniquement (mis en ligne le 1er juin 2008) :

ORWELL (George), Essais, articles, lettres, volume I, Paris, Ivrea, p. 663.

[Les intellectuels anglais] ont été contaminés par la conception marxiste, foncièrement mécaniste, qui veut qu'une fois accompli le progrès technique nécessaire, le progrès moral suive de lui-même. Je n'ai jamais accepté cette thèse (…). Il y a un an, je me trouvais dans les montagnes de l'Atlas et, regardant les villages berbères, l'idée me vint que nous avions, peut-être, mille ans d'avance sur ces gens, mais que nous n'étions pas mieux lotis, et somme toute peut-être moins bien. Nous leur sommes inférieurs physiquement et nous sommes, à l'évidence, moins heureux qu'eux. Nous sommes simplement parvenu à un point où il serait possible d'opérer une réelle amélioration de la vie humaine, mais nous n'y arriverons pas sans reconnaître la nécessité des valeurs morales (common decency) de l'homme ordinaire. Mon principal motif d'espoir pour l'avenir tient au fait que les gens ordinaires sont toujours restés fidèles à leur code moral.

Haut de page

Tout se fait avec mesure (mis en ligne le 25 mai 2008) :

KENNEDY (Bob), Discours prononcé devant l'université du Kansas, 18 mars 1968.

Graphique

Notre PIB prend en compte, dans ses calculs, la pollution de l'air, la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intégre la destruction de nos forêts de séquoïas ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusils Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de la télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants. En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaité de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement pour notre pays. En résumé, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.

Haut de page

Organisation (mis en ligne le 20 mai 2008) :

BLOCH (Marc), L'étrange défaite, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Histoire », 1994 (orig. 1940), pp. 88-91.

Photo de Marc Bloch

Dans quelle mesure est-il loisible de parler du désordre des états-majors ? Outre que les habitudes variaient, naturellement, beaucoup selon les groupes ou les chefs, le terme même est d’emploi délicat. Car il y a plus d’une espèce d’ordre et, par suite, de désordre. Tous les états-majors que j’ai connus avaient, parfois jusqu’à une agaçante minutie, le culte du beau « papier ». Il faut que les écritures soient disposées avec beaucoup de netteté. Les formules de style obéissent aux lois d’une tradition rigoureuse. Dans les tableaux, les chiffres s’alignent par colonnes, comme à la parade. Les dossiers sont soigneusement classés ; les pièces, au départ, comme à l’arrivée, dûment enregistrées. C’est là, en somme, ce qu’on pourrait appeler la forme bureaucratique de l’ordre. Rien de plus naturel que de la voir fleurir chez des hommes dressés, en temps de paix, à un genre de vie lui-même éminemment bureaucratique. Je suis très loin de la mépriser : elle force les esprits à la clarté ; elle épargne les pertes de temps. Il est dommage seulement que cet estimable souci de la propreté, dans les écrits, ne s’étende pas toujours aux locaux. Je n’ai jamais rien vu de plus sale ni de plus fétide que la demeure où travaillait un certain état-major de secteur fortifié ; et l’adjudant de compagnie, qui aurait laissé s’accumuler, dans ses chambrées, la moitié de la poussière qui couvrait, à Bohain, nos tables et nos armoires, n’aurait pas fait long feu dans son grade. Il est vrai que je sais telles antichambres de ministères, très civils, qui ne présentent pas un aspect plus attrayant. Mais ce n’est pas une excuse. M’accusera-t-on de m’attacher à des vétilles ? Je n’apprécie guère, je l’avoue, le négligé dans les choses ; il passe aisément à l’intelligence. Voilà une utile réforme à proposer au « redressement » français. Telle qu’elle était pratiquée, l’estimable régularité administrative des notes ou tableaux d’états-majors avait d’ailleurs son revers. Elle gaspillait des forces humaines, qui auraient pu être mieux employées. J’ai rencontré, parmi mes camarades de la réserve, de hauts fonctionnaires, des chefs de grandes entreprises privées. Tous, comme moi, s’effaraient d’être contraints à des besognes paperassières que, dans le civil, ils auraient abandonnées aux plus modestes de leurs sous-ordres. Chargé du ravitaillement en essence d’une armée, j’ai, durant plusieurs mois, tous les soirs, additionné moi-même les chiffres de ma situation journalière. Je n’y passais pas, à vrai dire, beaucoup de temps et je m’y suis perfectionné dans une gymnastique arithmétique qui m’avait d’abord, je l’avoue, trouvé un peu rouillé. Mais, une fois établis les principes de la comptabilité, n’importe quel scribe s’en serait tiré au moins aussi bien que moi. Mon cas n’avait rien d’exceptionnel. Qu’on veuille bien ne pas invoquer le principe du « secret ». Car mon brouillon était ensuite copié par un simple soldat. Aussi bien, un tour de quelques minutes à travers notre bureau, que tapissaient les cartes des dépôts de munitions de l’armée, de ses dépôts d’essence et de ses gares de ravitaillement, aurait suffi à mettre aux mains d’un mouchard, s’il s’en était trouvé dans notre personnel, des renseignements autrement précieux. La vérité est que les états-majors ressemblaient à une maison d’affaires qui, pourvue au sommet de chefs de service – représentés, ici, par les officiers –, à la base de dactylos, eût été, par contre, au niveau intermédiaire totalement démunie d’employés proprement dits. Combien il aurait été cependant aisé de recruter, parmi nos sous-officiers de réserve, d’excellents collaborateurs de ce type ! Or, il n’est jamais bon que des hommes, chargés de responsabilités assez lourdes, et qui doivent conserver un sens aigu de l’initiative, aient l’esprit constamment tiré en arrière par des tâches presque purement mécaniques. D’autre part, si les états-majors avaient été mieux dotés en sous-officiers, il aurait probablement été possible, du moins là où les soucis du champ de bataille n’étaient pas trop proches, de les alléger d’un certain nombre d’officiers, qui eussent tout naturellement trouvé leur place ailleurs. Comment se fait-il, cependant, qu’à beaucoup d’entre nous, et, si j’en juge par certaines confidences, avant tout aux exécutants, le commandement, une fois les opérations entamées, ait donné, fréquemment, une incontestable impression de désordre ? C’est que, je crois, l’ordre statique du bureau est, à bien des égards, l’antithèse de l’ordre, actif et perpétuellement inventif, qu’exige le mouvement. L’un est affaire de routine et de dressage ; l’autre, d’imagination concrète, de souplesse dans l’intelligence et, peut-être surtout, de caractère. Ils ne s’excluent certes pas l’un l’autre ; mais le premier ne commande pas le second et, parfois, si l’on n’y fait attention, risque d’y mal préparer. Durant la longue période d’attente qui vit se prolonger, au plus grand dam de l’armée française, les habitudes du temps de paix, le bon ordre dont nous étions si fiers n’était acquis qu’au prix d’une grande lenteur. Quand il fallut aller vite, nos chefs, trop souvent, confondirent la fièvre avec la promptitude.

NOTA-BENE : le texte complet est disponible sur le site de l'université de Chicoutimi (Québec). Bien que le texte ait été tapé par un français, nous vous rappelons que les droits d'auteurs en France courent sur 70 ans après la mort de l'auteur contre 50 au Canada. Si vous êtes français, vous n'avez donc pas le droit d'accéder à ce texte avant 2014, même via internet.

Haut de page

Nul n'est censé ignorer la loi :

D'un point de vu juridique, sachez que vous êtes autorisé à diffuser des passages littéraires d'auteurs vivants ou décédés au titre du droit de citation (qui suppose que vous mentionnez auteur, titre, lieu d'édition, maison d'édition, date d'édition).
La longueur d'une citation n'est pas définie par la loi mais fait l'objet de la part des éditeurs d'un consensus qui varie de 7/8 lignes à 1/2 pages.
En tant qu'auteur je suis d'avis que la diffusion d'extraits d'un ouvrage est le meilleur moyen de le faire connaître et donc de le faire vendre.
En diffusant des extraits vous rendez service à la culture et vous permettez l'enrichissement relatif de l'auteur (10%), assuré de l'éditeur (35%), et très confortable du distributeur (45%). Sans compter les 19,6% qui reviennent à notre Leviathan bien aimé.

Haut de page
Plan du site  |  Mentions légales  |  Crédits  |  Aide