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Extraits 2015 - Pierre Aulas
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Extraits 2015

L'impressionnante efficacité de l'industrie de guerre américaine : la construction du Pentagone. (mis en ligne le 24 décembre 2015)

COHEN (Jean-Louis), Architecture en uniforme. Projeter et construire pour la Seconde guerre mondiale, Paris, Hazan, 2011, pp. 284-288.

Destiné à rationaliser le fonctionnement de la bureaucratie militaire, le plus grand projet réalisé pendant la guerre est l'ensemble des bureaux du Department of War américain à Arlington, Virginie, dont la forme même – un pentagone régulier – en est immédiatement devenue l'éponyme. […]
Bergstrom, secondé puis remplacé par son confrère David Witmer […] se retrouvera pendant un temps à la tête d'une équipe de 100 architectes et autant d'ingénieurs, impulsant le travail des 15 000 ouvriers de l'entreprise John McShain. Un échangeur autoroutier complexe est conçu pour desservir le bâtiment, pensé initialement comme un ensemble de blocs de bureaux de 4 millions de pieds carrés (371 500 mètres carrés) sur cinq niveaux. […] Il occupera le terrain abandonné d'un ancien aérodrome et triage ferroviaire, constellés de bâtiments obsolètes et habité par 150 familles noires déplacées sans ménagements.
La première réunion avec les architectes a lieu le 17 juillet 1941, et le projet d'ensemble est dessiné en un week-end. […] L'extraction de 700 000 tonnes de sable et de gravier destinés aux agrégats du béton provoquera la création d'un lagon, toujours existant, à l'est de l'édifice. Laissée brute de décoffrage, sauf sur les façades extérieures plaquées en pierre, la structure en béton armé, fondée sur 41 492 pilotis de béton, est préférée à une ossature en acier, afin de réserver le métal à la construction navale et mécanique. […] Les bureaux sont desservis par cinq anneaux polygonaux concentriques et dix couloirs radiaux, qui permettent la circulation en diagonale à travers le bâtiment, de sorte qu'aucun parcours, de bureau à bureau, le long des 26 kilomètres de couloirs, ne dure plus de sept minutes. […] La signalétique est évidemment essentielle et chaque étage est qualifié par une couleur spécifique tandis que les bureaux sont codés selon un système progressif : une lettre ou un chiffre indique l'étage (B = basement, M = mezzanine, 1 à 5 = les niveaux), une autre lettre indique l'anneau où est situé le bureau, puis un chiffre indique le couloir et les deux derniers chiffres la travée du bureau. […]
Le chantier est mené rondement : il est ouvert le 11 septembre 1941 et à peine huit mois plus tard, le 30 avril 1942, les premiers occupants emménagent. Les travaux s'achèveront le 15 janvier 1943. […]
La précipitation inspire bien des anecdotes comme celle que raconte Alan Dickey, membre de l'équipe de projet. À la question d'un collègue, « Quelle section pour cette poutre du troisième étage ? », il répondit : « Je n'en sais rien, ils l'ont installée hier. »

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La « différenciation pédagogique », ou le charme des injonctions paradoxales. (mis en ligne le 24 septembre 2015)

GARCIA (Sandrine), OLLER (Anne-Claudine), Réapprendre à lire, Paris, Seuil, 2015, pp. 279-280.

Ouvrage qui revient sur comment de bonnes intentions ont conduit une génération d'instituteurs à échouer à apprendre à la totalité de leurs élèves à lire et qui donne une solution testée : pour apprendre à lire… il faut y consacrer du temps.

C'est ce refus de reconnaître aux enseignants la maîtrise de leur travail que formulait Éveline Charmeux (rappelons-le, une des formatrices les plus influentes en matière d'apprentissage de la lecture) en affirmant que « dès qu'on a des exigences un peu sérieuses sur ce que l'on veut obtenir, on n'est plus libre de choisir la méthode que l'on préfère » et qu'il était « inadmissible » d'utiliser une méthode « synthétique » d'apprentissage de la lecture, considérant comme naturelle la soumission des enseignants aux exigences des prescripteurs. Cette division scientifique du travail qui place les enseignants en position d'exécutant s'accompagne d'une indifférence à la réalité des apprentissages effectifs des élèves. Qu'il s'agisse de la lecture ou de démarches pédagogiques plus générales, elle expose les enseignants à un sentiment de forte dévalorisation personnelle qu'exprime bien Blandine [une des enseignantes suivie par les deux sociologues] lorsqu'elle décrit le décalage entre l'investissement réalisé pour les élèves en dehors de la classe et les résultats obtenus avec eux dans le cadre de la classe.
La valorisation de l'hétérogénéité des élèves et l'injonction à la « différenciation pédagogique » comme solution pour résoudre les problèmes qu'elle pose sont une des prescriptions qui s'imposent le plus fortement aux enseignants. L'idéalisation de l'hétérogénéité et la négation des problèmes pratiques qu'elle soulève s'accompagne d'une promotion de la différenciation pédagogique comme « prescription creuse », dans le sens où elle ne s'appuie, dans aucun texte institutionnel, sur une mise en œuvre précise adaptée à un contexte de travail réel, dont les résultats auraient été évalués et comparés avec d'autres mises en œuvre.

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Parce que les prisons ça ne marche pas. (mis en ligne le 5 septembre 2015)

JAFFELIN (Emmanuel), Apologie de la punition, Paris, Plon, 2014, pp. 225-226.

Lévi-Strauss explique ainsi ce qui fonde la punition des Indiens et que nous n'avons peut-être jamais pris en compte en Occident : « Considérons les Indiens des plaines de l'Amérique du Nord qui sont ici doublement significatifs, parce qu'ils ont pratiqué certaines formes modérées d'anthropophagie, et qu'ils offrent un des rares exemples de peuple primitif doté d'une police organisée. Cette police (qui était aussi un corps de justice) n'aurait jamais conçu que le châtiment du coupable dût se traduire par une rupture des liens sociaux. Si un indigène avait contrevenu aux lois de la tribu, il était puni par la destruction de tous ses biens : tente et chevaux. Mais du même coup, la police contractait une dette à son égard ; il lui incombait d'organiser la réparation collective du dommage dont le coupable avait été, pour son châtiment, la victime. Cette réparation faisait de ce dernier l'obligé du groupe, auquel il devait marquer sa reconnaissance par des cadeaux que la collectivité entière – et la police elle-même – l'aidait à rassembler, ce qui inversait à nouveau les rapports ; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'au terme de toute une série de cadeaux et de contre-cadeaux, le désordre antérieur fût progressivement amorti et que l'ordre initial eût été restauré. »
Indépendament de cette punition radicale qu'est l'anthropophagie et qui concerne plutôt l'ennemi que le criminel, ces Indiens mettent un point d'honneur à ne pas éliminer le fautif, soit le contraire de ce que nous faisons. En effet, nous éliminons le fautif perçu comme une menace physiquement soit par la mort, soit par le bannissement, soit par l'isolement. Les Indiens nous montrent d'abord que la faute n'est pas constituée par le fautif lui-même, mais par la rupture du lien social qu'il a provoquée ; ils nous soulignent ensuite que la punition est suture et réparation de ce qui a été déchiré. De là découle non un procès avec propos verbalisés et propositions théâtralisées, mais un processus consistant à déchirer la vie du fautif avant de la recoudre en l'aboutant au corps social.
Dans cet exemple du vol décrit par Claude Lévi-Strauss, la réponse punitive ne relève ni du Talion ni du principe de proportionnalité : elle se révèle radicale dans la mesure où elle s'attaque à la racine de la faute, soit à la propriété et à l'intimité. La punition s'en prend à la propriété inscrite dans l'intimité peuplée de choses in-times (la tente et ce qu'elle renferme) et ex-times (les chevaux et ce qu'ils permettent). En démocratie, le voleur se voit repris le bien qu'il a volé – s'il ne l'a ni détruit ni revendu ni caché – mais ses biens sont intouchables s'il ne les a pas volés. Il faut dire que, dans nos sociétés, le lien est moins important que le bien.

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De la banlieue rouge aux Balkany. (mis en ligne le 3 septembre 2015)

RUSTENHOLZ (Alain), De la banlieue rouge au Grand Paris, Paris, La Fabrique, 2015, pp. 170-171.

Levallois revient à gauche le 21 mars 1965, élisant Parfait Jans, ajusteur en machines-outils puis chauffeur de taxi en DS 19. À peine élu, celui-ci donne le coup d'envoi d'une première Fête de la jeunesse à laquelle participe, précédé par une cavalcade, le cosmonaute soviétique Youri Gagarine, qui n'aura rien à inaugurer en ce début de mandat. La ville ne compte plus de 53 500 habitants au lieu des 74 000 d'avant-guerre, mais l'industrie représente encore la moitié des emplois et occupe le tiers de la surface bâtie. Le nouveau maire s'attaque à l'ancien quartier des passages : en même temps que le périphérique voit le jour, une ZAC élève autour du centre commercial Eiffel des barres qui regroupent à terme environ dix pour cent de la population de Levallois.

En 1979, Parfait Jans s'élève contre la construction d'un foyer qui serait par destination un ghetto (la Sonacotra n'a-t-elle pas commencé par s'appeler Sonacotral, Société nationale de construction pour les travailleurs algériens ?), « dans une ville où le nombre d'immigrés dépasse le double de la moyenne du département. » Répondant au MRAP, il s'interroge sur la notion de seuil : « Je pense, moi, fils d'immigré [ses parents sont originaires du Val d'Aoste], que l'attitude raciste, dans les conditions de ma ville, est justement de ne pas poser la question du seuil, non pas de tolérance, mais le seuil d'égalité des chances dans l'enseignement. La commune de Levallois doit-elle accepter des classes à 50 % d'enfants immigrés sous prétexte que tout seuil est raciste, alors que d'autres classes dans la ville tournent à 10 %, en sachant que d'emblée nous allons sacrifier les enfants français et immigrés des classes à 50 %, en sachant encore que les uns et les autres sont enfants d'ouvriers ? »
Aux municipales de 1983, le PCF paye sa participation au gouvernement de la rigueur par la perte de 30 % des villes de plus de 30 000 habitants qu'il détenait. Parfait Jans est battu par Patrick Balkany ; il a néanmoins pour bilan 3 500 logements sociaux construits et 400 en chantier.

Citroën ferme peu après, entraînant le départ des sous-traitants et artisans qui gravitaient autour. Levallois, essentiellement par le biais de la ZAC Front de Seine créée sur les terrains Citroën, va voir quelques 50 000 m² de bureaux se construire chaque année durant une décennie. Au terme de l'opération, elle fait presque jeu égal avec Boulogne-Billancourt sur un territoire plus que moitié moindre. La ville est méconnaissable. Elle a connu son étiage en 1990, avec 47 500 habitants. Depuis, la population a augmenté du tiers, ce qui, sur 241 hectares, induit une densité de 26 321 habitants au kilomètre carré, la plus élevée des Hauts-de-Seine. Les nouveaux habitants sont choisis – par le niveau des loyers neufs, et, pour ceux du parc social, plutôt réduit, par une commission d'attribution où ne siège aucun représentant de l'opposition.

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L'éducation supposerait des interdits et des sanctions  ? (mis en ligne le 8 août 2015)

PLEUX (Didier), De l'enfant roi à l'enfant tyran, Paris, Poches Odile Jacob, 2014 (orig. 2006 pour la 2e édition), pp. 271-274.

Est-ce un crime de lèse-majesté que d'affirmer que l'interprétation analytique de Françoise Dolto a participé à certaines confusions pour l'éducation de nos enfants ? Je lis certains magazines de vulgarisation, je regarde des émissions de télé « psy » et j'entends toujours le même discours : seul l'amour construit. Lorsqu'on évoque à juste titre la nécessité d'être plus ferme chez les parents, c'est pour ajouter aussitôt qu'il faut surtout donner à l'enfant l'amour dont il manque. (…)
Bien sûr que l'amour est indissociable de l'éducation, nous sommes tous d'accords là-dessus. Être un parent conflictuel, c'est bien sûr aimer mais aussi interdire, refuser, exiger, réfuter, contester quand l'enfant dépasse les limites dans ce fameux respect du lien soi-autre ou dans le nécessaire équilibre entre le principe de réalité et le principe de plaisir. (…)
À « l'enfant est une personne », nous devons substituer « l'enfant est un enfant ». À ce titre, la quête incessante de l'adhésion, du consensus ou de l'échange en éducation ne tient plus compte de sa vulnérabilité et de sa fragilité. Appréhender un enfant en égal, c'est le leurrer, c'est en faire un décideur, puis un enfant roi jusqu'à la tyrannie. (…)
Devenir un parent éducateur, ce n'est pas une mince affaire. Je me souviens de ce « si c'est ça être parent ! » d'une mère d'un tout jeune enfant tyran. C'est en effet contraignant d'éduquer, d'exiger, de surveiller et parfois de sanctionner. Cela prend du temps, restreint notre liberté. Mais sachons ne plus répondre aux sirènes de l'autonomie, de l'évolution naturelle, de la maturation à coup sûr avec un zest d'amour et de compassion. Souvenons-nous que s'aveugler, céder, ne pas voir la réalité de l'omnipotence d'un enfant va nous frustrer encore plus avec le temps puisque les dysfonctionnements sont exponentiels.

Le contexte actuel est répressif et le risque est grand de faire des amalgames entre incivilités, délinquance et la jeunesse. Je ne m'associe pas à cet esprit anti-jeunes : ma volonté, bien au contraire est de les aider. Demander qu'ils soient plus frustrés c'est justement leur éviter bien des déboirs futurs. Le « je t'aime, donc j'interdis » me paraît d'actualité. La répression, elle, suit inéluctablement le laisser-faire.
Ne pas intervenir, se voiler la face, c'est aboutir un jour ou l'autre à des aberrations éducatives. Demander plus d'autorité, plus de conflictualités aux parents, c'est avant tout éviter de réclamer à l'État plus de centres de rééducation, plus d'établissements spécialisés, qu'ils soient hospitaliers ou à caractère semi-carcéral… Interdire, exiger, sanctionner, c'est aussi ne pas avoir recours à la maltraitance infantile, révélatrice d'un émotionnel parental disproportionné et d'une impuissance éducative au quotidien. Redonner aux parents leur statut d'éducateur, c'est enfin éviter que d'autres se chargent de nos enfants : spécialistes ou juges.

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L'expérience de Milgram avant la lettre. (mis en ligne le 3 août 2015)

BROWNING (Christopher R.), Des hommes ordinaires, Paris, Tallandier, coll. « Texto », 2015 (orig. 1992), pp. 37-38 et 113.

La ville polonaise de Bilgoraj, à l'aube du 13 juillet 1942. Les hommes du 101e bataillon de réserve de la police quittent le grand bâtiment de briques de l'école qui leur sert de caserne. Ce sont des Hambourgeois d'origine ouvrière ou petite-bourgeoise, des hommes d'âge mûr qui ont laissé derrière eux femmes et enfants. Trop vieux pour servir dans l'armée allemande, ils ont été mobilisés dans la police. La plupart sont des bleus sans aucune expérience des territoires occupés, tous se trouvent en Pologne depuis moins de trois semaines.
Il fait encore sombre lorque les hommes grimpent dans les camions. Chaque policier a reçu des munitions supplémentaires, en plus des caisses qui ont été chargées dans les camions. Ils partent pour leur première action d'importance, mais on ne leur a pas encore dit ce qui les attendait.
Le convoi s'ébranle dans l'obscurité, se dirigeant lentement vers l'est sur une mauvaise route cahoteuse. Il met bien une heure et demie, peut-être deux, pour franchir les quelques trente kilomètres qui séparent Bilgoraj de sa destination, le village Josefow. C'est un hameau polonais typique, avec ses petites maisons blanches à toit de chaume. Parmi ses habitants y vivent 1 800 Juifs.
Le village est silencieux. Les conscrits du 101e bataillon de réserve sautent à terre et s'assemblent en demi-cercle autour de leur chef, le commandant Wilhelm Trapp, un policier de carrière de cinquante-trois ans affublé par ses hommes du sobriquet affectueux de « Papa Trapp ». Il est temps pour lui d'informer l'unité de la mission qui lui a été confiée.
Pâle, nerveux, la voix étranglé et les yeux pleins de larmes, Trapp a manifestement du mal à se dominer. Le bataillon, explique-t-il d'un ton plaintif, doit remplir une tâche effroyablement déplaisante. Cette mission n'est pas de son goût, elle lui apparaît même comme éminemment regrettable, mais les ordres proviennent des plus hautes autorités. Si cela pouvait tant soit peu leur faciliter la tâche, les hommes devraient se souvenir qu'en Allemagne des bombes sont en train de tomber sur des femmes et des enfants.
Puis il en vient au fait. Un policier se souviendra que Trapp a accusé les Juifs d'avoir été les instigateurs du boycottage qui fait tant de mal à l'Allemagne. Selon deux autres témoins, il a expliqué que les Juifs de Josefow soutenaient les partisans. Maintenant, dit-il, le bataillon a ordre de rassembler ces Juifs. Les hommes en âge de travailler seront sélectionnés et emmenés dans un camp de travail. Les autres, femmes, enfants, vieillards, devront être fusillés sur place par les hommes du bataillon. Puis, ayant exposé à ses hommes la nature de leur mission, Trapp leur fait une proposition extraordinaire : s'il en est parmi les plus âgés d'entre eux qui ne se sentent pas la force de prendre part à cette mission, ils en seront dispensés.

Seuls une douzaine d'hommes ont saisi instinctivement l'occasion qui leur a été offerte de sortir des rangs et de rendre leurs fusils, s'épargnant ainsi la tuerie annoncée.

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Du pétrole et des armes. (mis en ligne le 3 août 2015)

AUZANNEAU (Matthieu), Or noir, Paris, La Découverte, 2015, pp. 279-280.

Publicité de la firme Halliburton

En 1948, âgé de vingt-quatre ans et diplôme de Yale en poche, George H. W. Bush renonce au confort très aristocratique dont il jouit dans sa Nouvelle-Angleterre natale. Il migre dans une petite ville perdue de l'ouest du Texas, Odessa, accompagné de sa femme Barbara et de leur premier-né, George W., âgé de deux ans seulement. Henry Niel Mallon, l'homme calme et discret qui vient d'embaucher George H. W. et l'a envoyé là, au fin fond du désert, est un proche de la famille Bush, si proche que George se plaît à l'appeler son « oncle préféré ». Ancien de Yale, membre des Skull & Bones, Mallon a été placé à la tête de Dresser Industries, l'un des poids lourds des équipements et services pétrolies aux États-Unis, après le rachat de la société en 1928 par W. A. Harriman & Co., la banque où siège Prescott Bush. Ce dernier conservera lui-même pendant deux générations une place au conseil d'administration de Dresser, se présentant comme le « principal conseiller » de Niel Mallon. Trois anciens officiers de la CIA indiquent que Dresser a fréquemment fourni des couvertures pour des opérations de l'Agence. La stratégie de la firme consiste à contrôler un maximum de brevets cruciaux pour l'industrie, qu'il s'agisse d'accélerer le pompage du brut ou de comprimer le gaz naturel pour rendre possible son acheminement par gazoduc. Dans les années qui précédent la Seconde guerre mondiale, Dresser se met à racheter de nombreux fabricants d'armes. La firme va devenir un des piliers du complexe militaro-industriel américain : elle finira bien plus tard, en 1998, par fusionner avec son principal concurrent, Halliburton, que préside alors Richard « Dick » Cheney, qui sera secrétaire à la Défense de George Bush père (de mars 1989 à janvier 1993), puis vice-président de George Bush fils (2001-2009).

Blog de Matthieu Auzanneau consacré au pétrole.

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Armes non létales… (mis en ligne le 31 juillet 2015)

DOA, Citoyens clandestins, Paris, Gallimard, coll. « Folio Policier », 2014 (orig. 2009), pp. 497-498.

SABER M203 (petit canon laser fixé sous le fusil)

Lynx poursuivit sa remontée et s'arrêta sur le troisième marqueur, à cinq cents mètres, qui commandait l'allumage du SABER M203. Il ne bougea plus, concentré sur la petite tache un peu plus pâle qui se détachait du béton, son index gauche sur le commutateur.
La camionnette des Harbaoui apparut dans l'optique. Servier bloqua sa respiration et mit sous tension le gros tube noir fixé au canon du fusil d'assaut. Son œil directeur perçut un léger changement de luminosité alors même qu'il suivait la progression de la cabine de l'utilitaire. Le réticule de sa lunette était fixé sur le conducteur, Nourredine, dont il distinguait nettement les traits.
Le second marqueur apparut une fraction de seconde avant que le véhicule ne le masque complétement. Lynx commença à compter en silence.
1001.
1002.
Il appuya sur le bouton de tir du SABER à 1003. Trois secondes après le top action.
Dans l'oculaire, le pare-brise du véhicule fut noyé dans un halo de lumière à l'intensité presque insoutenable. Il n'y eu pas un bruit. Pas tout de suite. Le conducteur avait levé un bras en guise de protection. L'utilitaire se déporta légérement sur la gauche puis sur la droite. Khaled essaya de se jeter sur la direction avant d'être violemment renvoyé côté passager.
L'agent resta sur le visage de Nourredine trois ou quatre secondes encore avant de retirer son doigt du commutateur. Il ferma les yeux sur l'aîné Harbaoui qui lâchait complètement le volant, respira, écouta.
Des pneus luttèrent pour rester accroché à la route. Un dérapage interminable.
Choc du métal qui heurte le sol et se tord. Raclements de l'acier sur le goudron.
Second choc puis plus rien pendant quelques secondes.
Petite explosion.
Lentement, un feu se mit à crépiter. Les flammes gagnèrent en force mais furent bientôt couverte par une longue plainte qui déchira la nuit. Les hurlements de souffrance s'éternisèrent pendant une vingtaine de secondes et s'arrêtèrent d'un seul coup. Ils étaient morts. Victimes d'un laser basse fréquence incapacitant. Une arme non létale conçue pour éblouir l'adversaire.
Et qui ne laissait pas la moindre trace.

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Ceux qui travaillent se font toujours avoir. (mis en ligne le 10 mai 2015)

DOA, Pukhtu. Primo, Paris, Gallimard, coll. « Série noire », 2015, pp. 340-341.

Un homme récolte du pavot

Le physique exotique du journaliste, un accoutrement local et l'hospitalité protectrice de la famille de son guide lui avaient permis de rester discrètement à Kandahar jusqu'à la récolte, après que les pétales rose fané soient tous tombés. Pendant trois jours, il s'était mêlé aux paysans et mis dans leurs pas quand ils parcouraient les champs à la recherche des bulbes les plus mûrs, pour les inciser délicatement à l'aide de petits peignes de métal appelés neshtar. Lorsqu'ils sont ainsi griffés, une sève blanche suinte lentement. Elle s'oxyde, épaissit au contact de l'air et devient ce taryak ensorceleur des hommes. Le lendemain, la pâte noircie et gluante est récupérée avec un autre outil, une sorte de raclette à bord tranchant dont Peter a oublié le nom, avant qu'une nouvelle incision soit pratiquée, plus profonde. Et ainsi de suite, quatre ou cinq fois, jusqu'à épuisement. Le boulot est pénible. Il faut procéder lentement, plant par plant, tout bien récupérer dans de petits sachets portés à la ceinture, faire attention de ne pas s'en foutre plein les fringues. Pas parce que c'est impossible à laver mais pour ne pas en perdre une miette. À vingt ou trente dollars le kilo, chaque gramme compte.
Une fois l'opium ramassé, il est vendu frais à la sortie des prés ou séché, après quelques semaines, quelques mois ou même quelques années. Il se conserve sans problème, bien mieux que ses dérivés raffinés, et gagne même en valeur et en qualité avec le temps. Une chose qu'on n'avait pas tout à fait saisi en Occident quand, en l'an 2000, on s'était mis à encenser, à longueur de discours et d'éditoriaux, la décision du Molah Omar d'interdire la culture du pavot. Jamais le grand gourou des talibans n'avait voulu juguler quoi que ce soit, il poursuivait seulement deux objectifs, à court et à moyen terme : se racheter à peu de frais une conduite auprès de la communauté internationale, le temps de faire oublier les aspects plus controversés de son régime, et surtout provoquer une remontée des cours de la principale matière première exportable de son pays, en tarissant la source d'un marché mis à mal par le déclin de la consommation d'héroïne. Le sida et la concurrence d'autres drogues, jugées moins dangereuses et plus cools, comme la cocaïne, étaient passés par là. Au moment où le monde entier applaudissait des deux mains la prohibition made in talibanistan, le boss et ses affidés trafiquants préparaient l'avenir. Ils possédaient d'énormes stocks, des milliers de tonnes, acquis à vil prix les années précédentes, suffisants pour survivre à un moratoire de deux ou trois saisons, et avaient profité de la ruine de fermiers soudain privés de leur unique source de revenus pour accaparer leurs terres.
Avant-hier, hier et aujourd'hui, les paysans afghans se font toujours baiser, contraints par les tenants de l'autorité, violentés par leurs adversaires, abusés par de nombreux intermédiaires aux amitiés changeantes.

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Les guerres : d'abord une affaire d'industrie. (mis en ligne le 2 mai 2015)

LE NAOUR (Jean-Yves), 1915. L'enlisement, Paris, Perrin, 2014, pp. 90-92.

Plan du canon de 75

Si le général Baquet est à proprement parler détesté par les membres des commissions de l'armée [c'est] en raison de décisions qui démontrent qu'il n'a pas pris conscience de l'importance de la mobilisation industrielle pour la durée. Le 15 janvier en effet, à Pedoya (un parlementaire), qui est allé à sa rencontre pour évoquer la construction de nouveaux obusiers, il répond : « Le nombre de canons que nous possédons est largement suffisant, il n'y a pas lieu de l'augmenter. Sur le front, il y en a même trop. » (…) Cette phrase consternante fait le tour des milieux politiques comme un feu de poudre. Dans ses Souvenirs, le directeur de l'Artillerie se défend et prétend qu'on l'a mal compris. Oui il a annulé une commande de canons en novembre 1914, parce que la priorité pour lui était de produire des obus. Sa tirade sur le trop grand nombre de canons sur le front au début de l'année 1915, il faut la comprendre au regard de leur trop faible alimentation en obus. (…)
Trop de canons ! Au moment où le général Baquet prononçait ses paroles, les batteries de 75 connaissaient une épidémie d'étranges éclatements. Des obus fabriqués à la va-vite par des industriels peu avertis explosaient à l'intérieur du canon à raison d'un accident pour 3 000 coups tirés contre 500 000 auparavant. En cause, les obus à ogives vissées, parfois mal, et dont la poudre s'enflamme. On incrimine aussi l'acier trop sec, microfissuré, fendillé, qui éclate au contact d'un tube brûlant, rougi par un usage intensif. Des mesures drastiques de contrôle de la qualité de la production sont adoptées, un cahier des charges établi et l'ogive monobloc généralisée. Il était temps. (…)
À l'été 1915, le problème est à peu près réglé, mais au 31 décembre 1915, les Français ont tout de même perdu 1 046 canons par éclatement, sans parler des 1 514 déféctueux à force d'avoir tiré, gonflés ou anormalement usés, et des 407 pris ou détruits par l'ennemi. Des quelques 4 000 canons de 75 dont disposait l'armée à la mobilisation, il n'en resterait plus que le quart si de nouveaux obusiers n'avaient pas été commandés sous la pression des commissions. Il n'est pas sûr que le général Baquet mérite son titre de commandeur de la Légion d'honneur. Poincaré (le président) ne le croit pas, en tous cas, et téléphone à Millerand (président du Conseil i.e. premier ministre) pour lui faire entendre qu'il désapprouve cette légèreté.

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Succès des religions "MacDo". (mis en ligne le 2 mai 2015)

ROY (Olivier), La Sainte Ignorance. Le temps de la religion sans culture, Paris, Point, coll. « Essais », 2012 (orig. 2008), pp. 51-52.

Un auteur incontournable, découvert par le "grand public" suite aux attentats du 7 et 9 janvier 2015.

Logo McDonald détourné avec la formule I'm Muslim

Le processus contemporain de mondialisation (…) systématise et pousse à l'extrême [le] phénomène [de] déterritorialisation. Il introduit une dimension inédite : celle d'un découplage durable entre religions, territoire, sociétés et États, ce qui entraîne une plus grande autonomisation du religieux. Or, dans cette configuration nouvelle, toutes les religions ne sont pas égales (…). L'évangélisme protestant se développe dans le monde entier. Mais on a deux grilles de lecture opposées. La première explique le poids des religions par leur lien avec les cultures, dominantes et dominées : l'expansion du protestantisme est alors associée avec la domination américaine et la radicalisation de l'islam avec la protestation d'une culture dominée, celle du Sud. La deuxième grille de lecture, au contraire, privilégie la capacité d'une religion d'apparaître comme universelle parce que « culturellement neutre » (émancipée du fait culturel, ou compatible avec n'importe quelle culture). Se pose ici une question clef : l'expansion d'une religion se fait-elle à la faveur de l'expansion d'une culture nouvelle, ou à la suite d'une déconnexion entre religion et culture ? Si les succès du protestantisme américain plaident pour la première formulation, le développement de l'islam et des « nouveaux mouvements religieux » plaide pour la seconde.
Cette inégalité des religions devant la globalisation explique largement les choix faits dans ce livre : il ne s'agit pas d'un traité général des relations entre religion et culture. Cela supposerait une impossible exhaustivité et une érudition dont ne disposons pas. Il s'agit plutôt, à partir d'un certain nombre de cas, de voir comment les relations entre religion et culture se recomposent aujourd'hui et ce que cela veut dire pour notre compréhension du phénomène religieux.

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Colonisation de la Namibie. (mis en ligne le 2 mai 2015)

WESSELING (Henri), Les empires coloniaux européens. 1815-1919, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2012 (orig. 2004, trad. 2009), pp. 364-366.

Petite église de style germanique à Lüderitz, Namibie

[Le Sud-Ouest africain allemand] ne se prête pas à l'agriculture mais exclusivement à l'élevage extensif, du moins dans la partie occidentale car la partie septentrionale est montagneuse et à l'est s'étend le désert du Kalahari. Elle devint une colonie allemand grâce à l'action de deux aventuriers : Lüderitz et Vogelsang.
Frans Adolf Eduard Lüderitz (1834-1886) était, à l'instar de maints entrepreneurs africains, un aventurier. Il n'avait pas beaucoup étudié mais avait beaucoup voyagé et erré, en particulier au Mexique et en Amérique. Son père, un riche négociant en tabac de Brême, lui légua une fortune colossale lorsqu'il mourut en 1878. Lüderitz entra en contact avec un jeune homme qui avait lui aussi hérité d'une fortune dans le tabac, fût-elle légèrement moins importante, et qui comme lui s'ennuyait : Heinrich Vogelsang. Ils décidérent que leur avenir était en Afrique. Le 1er mai 1883, Vogelsang agissant pour le compte de la firme Lüderitz acheta au chef Khoi-Khoi, le capitaine Joseph Fredericks, la « Bay Agra Peguena ainsi que toutes les terres adjacentes cinq milles dans toutes les directions » (l'acte étant rédigé en néerlandais). Le prix fut de 200 rands (environ 100 livres sterling) et deux cents fusils. Le 12 mai, il hissa le drapeau allemand au-dessus du Fort Vogelsang puis télégraphia à Lüderitz : « Terres achetées au chef moyennant un paiement unique. »
Ce n'était que le début. En août 1883 fut signé un nouveau traité par lequel les frontières du Lüderitzland, comme ce territoire s'appelait dorénavant, furent l'objet d'un tracé beaucoup plus impressionnant puisqu'il partait du fleuve Orange pour rejoindre un point situé à 26 degrés de latitude sud. Le 24 avril 1884, Berlin fit savoir à Londres et au Cap que Lüderitz se trouvait sous la protection du Reich. Beaucoup considèrent cette date comme la date de naissance de l'empire colonial allemand mais, à Londres, ce ne fut pas le cas, du moins au début. En effet, les Anglais ne virent dans cette proclamation de Reichsschutz qu'une volonté d'assurer la « protection », déjà promise précédemment, d'un ressortissant allemand et non l'établissement d'un protectorat. En juin 1884, Bismarck envoya son fils Herbet à Londres pour qu'il explique clairement de quoi il retournait. L'Allemagne était en effet demandeur d'un protectorat sur l'Afrique du sud-ouest. À la grande surprise de Bismarck, Granville, le Foreign Secretary, n'y voyait aucun inconvénient. Il était ravi d'avoir cette épine retirée du pied. Le 7 août 1884, il fut annoncé publiquement que le Reich avait annexé Angra Pequena. Peu de temps après, cette opération d'annexion fut étendue à toute la région côtière intercalée entre la colonie du Cap et l'Angola portugais. Un millier de kilomètres de littoral africain était désormais aux mains des Allemands.

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L'erreur. (mis en ligne le 8 avril 2015)

DUMAS (Roland), Politiquement incorrect. Secrets d'État et autres confidences, Paris, Cherche Midi, 2015, pp. 277-278.

25 juin 1991

La Croatie et la Slovénie déclarent leur indépendance. C'est évidement inacceptable pour le gouvernement yougoslave, qui veut non seulement préserver l'unité de la Fédération, mais aussi protéger la minorité serbe de Croatie.
Alors que les ministres européens des Affaires étrangères ont planifié la reconnaissance et l'intégration progressive à l'Union des différents composants de l'ancienne Yougoslavie, Helmut Kohl reconnaît, sans crier gare, l'indépendance de la Croatie. Mitterrand et moi y voyons le ferment de conflits interethniques.

28 juin 1991

Sommet des Douze au Luxembourg. (…) Les Allemands jouent un jeu dangereux. À propos de l'éclatement de la Yougoslavie, une divergence de fond se fait jour. Mitterrand plaide pour l'intégrité des États, obsédé qu'il est par l'éclatement des pays dont le corollaire est l'exacerbation des nationalismes, la guerre donc. Kohl est d'un avis opposé : « L'autodétermination des peuples avant toute chose. » Nous atteignons là un point de rupture. Pendant que le chancelier prend la parole, le président liste sur une feuille les pays ou provinces qui vont demander leur indépendance : Moldavie, Slovénie, Slovaquie, voire Lombardie. Il en compte 17. Je lui suggère de la lire à haute voix pour frapper les esprits.

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Une politique sociale originale. (mis en ligne le 8 janvier 2015)

HOUELLEBECQ (Michel), Soumission, Paris, Flammarion, 2015, pp. 198-199.

Une de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 présentant Houellebecq en prophète

Sur le plan intérieur Ben Abbes accomplissait un parcours sans faute. La conséquence la plus immédiate de son élection est que la délinquance avait baissé, et dans des proportions énormes : dans les quartiers les plus difficiles, elle avait carrément été divisée par dix. Un autre succès immédiat était le chômage, dont les courbes étaient en chute libre. C'était dû sans nul doute à la sortie massive des femmes du marché du travail – elle-même liée à la revalorisation considérable des allocations familiales, la première mesure, présentée, symboliquement, par le nouveau gouvernement. Le fait que le versement soit conditionné à la cessation de toute activité professionnelle avait un peu fait grincer des dents, au début, à gauche ; mais au vu des chiffres du chômage, les grincements de dents avaient rapidement cessé. Le déficit budgétaire n'en serait même pas augmenté : l'augmentation des allocations familiales était intégralement compensé par la diminution drastique du budget de l'Éducation nationale – de loin le premier budget de l'État auparavant. Dans le nouveau système mis en place, l'obligation scolaire s'arrêtait à la fin du primaire – c'est-à-dire, à peu près à l'âge de douze ans ; le certificat de fin d'études était rétabli, et apparaissait comme le couronnement normal du parcours éducatif. Ensuite, la filière de l'artisanat était encouragée ; le financement de l'enseignement secondaire et supérieur devenait, quant à lui, entièrement privé.

Lecture du passage (France Culture, La compagnie des auteurs, 8 février 2017, 15 h) :

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