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1914 vu par les journaux français - Pierre Aulas
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1914 vu par les journaux français

« Les faits de guerre », Le Matin, lundi 31 août 1914.

(Communiqué officiel.)

La situation dans l'ensemble est la même que ce matin.
Après une accalmie, la bataille a repris dans les Vosges et en Lorraine.
Sur la Meuse, à Sassey, près de Dun, un régiment d'infanterie ennemi, qui avait tenté de passer la rivière, a été presque complètement anéanti.
À notre gauche, les progrès de l'aile marchante nous obligent à céder du terrain.

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« L'augmentation du nombre des trains au départ de Paris », Le Matin, 31 août 1914.

Les transports militaires devenant plus rares sur différents réseaux, les trains journaliers partant de Paris pourront être doublés ou triplés de manière à permettre le départ des voyageurs qui se présenteront.

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« Évacuation de la zone militaire », L'Action française, dimanche 30 août 1914.

Le gouverneur militaire de Paris a pris la décision suivante :

Le gouverneur militaire de Paris, commandant des armées de Paris ;
Vu le décret du 2 août 1914, ensemble la loi du 5 août 1914 déclarant l'état de siège ;
Vu le décret du 10 août 1914 déclarant les circonscriptions territoriales formant le gouvernement militaire de Paris en état de guerre ;
En raison des circonstances urgentes :
Décide :
1° Dans un délai de quatre jours francs, à compter du 30 août, les propriétaires, usufruitiers, locataires ou occupants à un titre quelconque de tous immeubles situés dans la zone de la servitude des forts détachés anciens et nouveaux devront évacuer et démolir les dits immeubles.
2° À défaut par les intéressés d'avoir obéi à la présente prescription dans le délai imparti, il sera procédé d'office par l'autorité militaire à la démolition des immeubles et à l'enlèvement des matériaux.

Le gouverneur militaire de Paris.
Commandant des armées de Paris,
Signé : GALLIÉNI.

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« Confiance », L'Écho de Paris, samedi 29 août 1914.

J'ai vu à X…, point stratégique important, se replier nos troupes. Elles gagnaient une seconde ligne de défense et accomplissaient cette opération aussi bien que sur un champ de manœuvres, dans un ordre parfait. La bataille qu'elles avaient livrée avait pourtant été terrible ; mais l'ennemi, épuisé, ne pouvait pas les poursuivre : la dernière offensive allemande avait été brisée par une contre-attaque française. La cavalerie qui passait sous mes yeux était en excellent état : on n'aurait jamais cru que les hommes et les chevaux comptaient déjà vingt-cinq jours de campagne, de même que l'infanterie et l'artillerie. Les blessés qu'on avait évacués dans la journée respiraient la même confiance qu'avant d'aller au feu. Peu étaient blessés grièvement ; ils racontaient qu'il y avait chez les Allemands beaucoup plus de tués que chez nous, et tous ne demandaient qu'à être guéris promptement pour repartir. Et quel enthousiasme pour notre 75 ! « Ah ! disaient-ils, quand le 75 est arrivé, quelle dégringolade ! »
On comprendra qu'un repliement accompli dans de pareilles conditions, et avec cette assurance tranquille, doit nous donner dans le moral de nos soldats et l'autorité de leurs chefs la plus grande confiance. J'insiste le plus que je peux sur l'ordre dans lequel s'est exécutée une manœuvre si difficile. Les hommes s'étaient battus furieusement plusieurs jours ; ce sont de plus de jeunes hommes. Leur ardeur n'était en rien atteinte ; mais ils savaient la contenir et se plier aux nouveaux efforts qu'on leur demandait. La population qui dans ces heures graves a une sensibilité si vive, les regardait passer avec confiance. Elle devinait bien que ces régiments n'avaient pas subi un échec, et qu'ils étaient près à reprendre l'offensive.

UN TERRITORIAL.

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« La bataille de Charleroi », Le Gaulois, vendredi 28 août 1914.

D'après le communiqué officiel du 24 août, 2h45 du soir, les forces françaises se composaient à cette date :
1° De l'armée d'Alsace et de l'armée Lorraine, relevant, l'une et l'autre, du commandement supérieur du général Paul ;
2° De l'armée de la Woëvre, en mouvement sur Neufchâteau (belge) ;
3° De l'armée de Sedan, en marche sur Paliseul (entre la Lesse et la Meuse) ;
4° De l'armée de Chimay, opérant entre Sambre et Meuse en liaison avec l'armée anglaise,
… (censuré).

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« Les Belges réfugiés à Paris », L'Humanité, jeudi 27 août 1914.

Je ne sais quelle est l'impression d'épouvante et de tristesse que doit faire naître dans l'âme des spectateurs à la vue des champs de bataille ou des cités qui eurent à supporter le choc des rencontres. Mais je doute qu'il soit plus poignant, plus douloureux, qu'il vous emplisse d'une plus profonde irritation contre le fléau de la guerre que celui offert en ce moment par l'arrivée à Paris des réfugiés belges que l'on a hospitalisés, hier matin, dans les environs de la gare de l'Est et au Cirque de Paris, avenue Lamothe-Picquet.
C'est dans ce dernier décor que j'ai vu près de deux mille exilés, ayant fui dès les premières heures où apparurent les Allemands dans la région de Charleloi.
Les hommes sont en minorité et la plupart d'entre eux sont déjà d'âge mûr. Mais ce sont surtout les femmes et les enfants qui représentent la plus grande partie de cette caravane en détresse. Ils se sont groupés un peu partout dans ce grand cinéma où naguère se déroulaient des films amusants, des vues pittoresques et où l'on riait à grands éclats, sans soupçonner que les heures tragiques allaient sonner si vite et si près.
Dès l'entrée dans le vestibule les émigrés sont là, troupeau lamentable, désorienté. Les hommes se tiennent debout, causant en patois wallon, essayant de reconnaître ceux de leurs parents ou de leurs amis que les trains ont amenés dans la matinée.
Les femmes, assises sur des bottes de paille, soignent leurs bébés, noirs de la suie et de la poussière de la route. Les enfants courent d'un groupe à l'autre, étonnés d'avoir vu tant de choses et regardé tant de pays différents.
Au long des escaliers qui conduisent aux galeries des fêtes, des réfugiés attendent, dociles, leur tour d'arriver jusqu'au vestiaire improvisé, où on leur distribuera des vêtements, du linge, des chaussures, le tout en excellent état.
D'autres se pressent vers le bar, qui a été transformé en une sorte de buffet, où l'on donne des vivres.
Dans la salle, aux balcons du premier étage, aux dernières galeries, des mères de famille sont assises, entourées de leur marmaille. Des infirmières passent, distribuent du lait aux tout petits, encouragent et réconfortent les mères, consolent les enfants d'un mot, d'une caresse qui vient du cœur.
Elles flétrissent les horreurs de la guerre, mais sont vaillantes quand même. L'une de ces ambulancières converse amicalement avec la femme d'un mineur, qui s'inquiète d'avoir laissé là-bas des frères et des parents. Et, tout en lui prodiguant des paroles d'espoir, elle ajoute, très simplement :
— J'ai mon fils qui est blessé à Charleroi. Il a reçu une balle dans la tête. Comment le retrouverai-je ?
Dans les couloirs, le spectacle est le même. Les fugitifs sont partis de chez eux sans avoir eu, pour la plupart, le temps d'emporter le moindre objet, la moindre harde.
— Je n'ai que ces habits-là, me déclare un ouvrier terrassier, qui demeurait à Charleroi, près de la gare, et qui a pu fuir avec sa femme. Si je vais travailler ça ne tiendra pas deux jours. Comme je lui fais entendre qu'il peut aller au vestiaire chercher d'autres vêtements, il me répond, sans colère, mais avec un accent d'amour-propre froissé :
— Mais je n'ai pas l'habitude de demander. Je n'ai jamais rien demandé à personne, allez. Je gagnais bien ma vie et j'avais une maison.

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« La situation militaire », Le Temps, mercredi 26 août 1914.

D'après les communiqués officiels, la situation est la suivante :
En Belgique, à l'ouest comme à l'est de la Meuse, nous avons pris l'offensive mais nos troupes n'ont pas obtenu le résultat espéré et elles vont pour un temps rester sur la défensive.
Nous ferons une observation. Il était impossible en deux journées de combat d'enfoncer l'armée allemande ; la grande bataille qui décidera de la première partie de la campagne durera plusieurs jours, huit jours, quinze jours peut-être, si nous sommes largement ravitaillés en munitions. Remarquez bien que la majorité de nos forces avaient été primitivement dirigées sur la frontière de Lorraine et d'Alsace ; il a fallu les ramener vers le nord contre l'armée principale allemande. Nous croyons qu'en Belgique nous n'avons encore qu'une partie de nos armées. Rien n'est compromis. Nous ne voyons dans les combats qui viennent de se livrer que les préliminaires de la première grande bataille.

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« Le nouvel allié », Le Figaro, mardi 25 août 1914.

Le Japon à son tour vient de déclarer la guerre à l'Allemagne. Les termes mêmes de l'ultimatum nous en avaient déjà donné l'assurance. C'est aujourd'hui chose faite. En une proclamation où quelques expressions archaïques évoquent encore les vieilles traditions, l'Empereur des « grande îles » annonce cette nouvelle à ses États.

« Nous par la grâce du ciel, empereur du Japon, siégeant sur le trône occupé par la même dynastie depuis une temps immémorial, adressons la proclamation suivante à tous nos loyaux et braves sujets. »

Certes, les préparatifs que l'Allemagne faisait depuis plusieurs semaines à Kiao-Tchéou, et le va-et-vient incessant de ses navires armés dans les mers de l'Asie-Orientale avaient tout lieu d'inquiéter le Japon et de l'amener à déclarer l'état de guerre. Mais il avait pour cela une autre raison plus haute, plus impérieuse.
Depuis vingt années, par un effort prodigieux, intelligent et patient, par l'épanouissement de toutes les forces vives de son peuple ingénieux, laborieux, subtil et résolu, le Japon s'est placé au premier rang : il a commencé de tenir un grand rôle dans l'histoire de la civilisation. C'est parce qu'il a conquis cette place, parce qu'il en éprouve une mâle fierté qu'il a voulu, lui aussi, prendre rang parmi les nations civilisées dans leur lutte formidable et décisive contre la barbarie germanique. Il a compris qu'il fallait « en être » et qu'il lui appartenait, auprès des peuples alliés, de représenter l'Extrême-Orient.

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« Les faits d'hier », Le Figaro, 25 août 1914.

22e jour de guerre
En Belgique, notre offensive générale n'a pu percer les lignes allemandes. Après une lutte acharnée, nos troupes se replient sur leurs emplacement de couverture.
Continuant leur marche, les Russes se sont avancés jusqu'aux confins de la Prusse occidentale.

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« Trembleur = traître », Le Matin, lundi 24 août 1914.

On nous a fait l'honneur d'envoyer contre nous, en Belgique, quatorze corps d'armée, sur les vingt-trois dont se compose l'armée allemande. En Alsace-Lorraine, on en a gardé trois ou quatre autres. En Prusse orientale, en Posnanie et en Silésie, on n'en a opposé que cinq au colosse russe. Cela, certainement, parce que l'on comptait sur sa lenteur à se mouvoir et que l'on espérait arriver à temps pour le battre après nous avoir nous-mêmes proprement égorgés.
Mais, voyez combien sont incertaines les pérvisions allemandes : il est arrivé que nous avons pris depuis deux jours l'offensive contre les susdits six cent mille hommes qui se proposaient de nous surprendre et de nous envahir par le nord, et les Russes, que l'on croyait bien loin, ont déjà repoussé leurs adversaires de toute la Prusse orientale. On verra plus loin, dans une dépêche particulière du Matin que leurs avant-gardes de cosaques sont sur la ligne de Dantzig à Neuenburg, c'est-à-dire à trois cent soixante kilomètres de Berlin.
Pour la vaillante cavalerie du tsar, c'est l'affaire d'une chevauchée de cinq jours à peine, – et elle n'a plus rien devant elle, que de rares forteresses qu'il est aisé de tourner, et des plaines sablonneuses, à l'infini. (…)
Alors ?
Alors, il reste maintenant aux troupes incomparables que nous avons en Belgique le devoir de tenir en échec et de battre, avec le concours de nos amis anglais et belges, la grande armée de l'empereur des assassins et des voleurs.
Est-ce que cela, vraiment, est au-dessus de nos forces ?
Est-ce que nous serions devenus pusillanimes à ce point qu'une pareille tâche nous parût effrayante ?
Haut les cœurs, donc !

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« Reprise partielle du service des trains sur la Compagnie d'Orléans », L'Action française, dimanche 23 août 1914.

Malgré la gêne considérable occasionnée par le maintien sur les grandes artères de son réseau du régime très serré des transports militaires, la Compagnie d'Orléans s'est efforcée de tracer sur ses lignes des trains de vitesse propres à donner aux voyageurs toutes les satisfactions compatibles avec les difficultés de la situation.
Le 24 août prochain elle va mettre ainsi en circulation, dans les deux sens du parcours, un premier groupe de trains express de jour et de nuit entre Paris d'une part, Bordeaux et Montauban de l'autre.
Au départ de Paris, ces trains auront les horaires suivants :
Pour Bordeaux : départ Paris-Orsay, 8h05 matin et 6h13 soir : arrivée à Bordeaux-Saint-Jean, 7h14 soir et 7h14 matin. Durée du trajet : 11h et 11h, au lieu de actuellement 21h16.
Pour Montauban : départ Paris-Orsay 7h50 matin et 7h40 soir : arrivée à Montauban, 7h57 soir et 7h44 matin. Durée du trajet : 12h04, au lieu de, actuellement, 30h26.
Très prochainement, de pareils trains seront établis de et pour Nantes, Montluçon, Aurillac.
D'autres améliorations sont à l'étude et aboutiront incessamment pour de le reste du réseau.

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« L'occupation de Bruxelles n'a causé aucune émotion à Londres », L'Écho de Paris, samedi 22 août 1914.

Londres, 21 août. — L'abandon de Bruxelles aux Allemands ne cause aucune inquiétude ici, ce mouvement stratégique ayant été prédit par le gouvernement belge.
Le rédacteur militaire du Daily Telegraph écrit à ce sujet :

Le communiqué du gouvernement belge est parmi les plus beaux et les plus courageux exemples donnés par un gouvernement durant une crise grave.
Au moment où beaucoup auraient pris des mesures de panique, la phrase suivante : « Ce qui se produit à nos portes n'est pas la seule chose à laquelle nous devons penser », deviendra historique.
Combien il eût été facile de dire à la France et à l'Angleterre : « Nous avons confondu notre sort avec le vôtre ; nous avons tout risqué pour résister à l'envahisseur ; nous avons souffert les plus grandes misères ; envoyez vos armées défendre notre sol. » À un pareil appel on eût difficilement résisté, mais on aurait du sacrifier le plan de campagne pour faire face à des exigences temporaires. Le gouvernement belge, au contraire, a fait appel au peuple pour souffrir encore davantage, pour sauvegarder les chances du succès et le peuple a répondu noblement à cet appel. L'armée belge a retardé les Allemands d'une quinzaine ; les quinzaines perdues ne se rattrapent jamais en guerre. Les exemples des armées de Liège et du gouvernement belge enflammeront tous les soldats des forces alliées.

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« La mort de Pie X », Le Gaulois, vendredi 21 août 1914.

Pie X vient de mourir après onze ans de pontificat, avant d'avoir pu faire entendre à l'Europe en armes des paroles de paix, ses conseils à Sa Majesté Apostolique n'ayant même pas été écoutées. Il avait été élu contre le cardinal Rampolla, frappé d'exclusion par l'Autriche. À un pape aristocrate, lettré, diplomate, Léon XIII, succédait, comme l'on a appelé Pie X, un curé de campagne, dont la force était dans la foi, la hiérarchie et la discipline. Il ne lui déplaisiat point d'être appelé ainsi, et c'est l'image d'un curé de campagne, le curé d'Ars, qu'il avait sur son bureau, comme son modèle.

Le futur conclave

L'ouverture de la succession pontificale, en raison des circonstances singulièrement tragiques dans lesquelles elle se présente, pose un problème à la fois délicat et angoissant.
On se demande, en effet, si les événements européens n'obligeront pas le Sacré-Collège à remettre le conclave jusqu'après la guerre ; on se demande aussi dans quel sens les événements sont susceptibles d'influer sur le vote de l'auguste assemblée ?
La difficulté que les cardinaux étrangers éprouveraient à se rendre à Rome paraît avoir été dès à présent envisagée et résolue. Le gouvernement italien met une coquetterie à assurer la liberté de l'Église : il déclare qu'il prendra toutes les mesures pour faciliter la réunion du conclave. Au reste, l'Italie n'étant pas en état de guerre, rien ne s'oppose à ce que les cardinaux de tous les pays se rendent librement à Rome ; on assure même que les trains qui les y transporteront bénéficieraient d'une sorte d'immunité diplomatique qui les mettrait à l'abri de toute surprise fâcheuse en cours de route.

La journée d'hier

1° Entre Mulhouse et Altkirch, les troupes françaises ont remporté un gros succès : elles ont pris vingt-quatre canons et fait de nombreux prisonniers.
2° En Lorraine, quelques-uns de nos avant-postes ont dû se replier, devant les forces supérieures de l'ennemi, sur le gros de l'armée.
3° En Belgique, la cavalerie allemande est arrivée à Bruxelles ; l'armée belge se concentre sur Anvers.
4° Sur les frontières allemande et autrichienne, les Russes ont remporté des succès marqués, pris des canons et fait de nombreux prisonniers.

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« Le grand choc imminent en Belgique », Le Matin, jeudi 20 août 1914.

Le gouvernement belge transfère son siège à Anvers

Bruxelles, 19 août. — Le gouvernement vient de faire paraître le communiqué offciel suivant :
Contrairement au vœu du législateur de 1859, le gouvernement est demeuré à Bruxelles pendant la phase de la guerre durant laquelle notre armée s'est trouvée seule pour faire face à l'ennemi.
À présent que les armées amies sont sur notre territoire, le gouvernement a jugé que son siège peut être sans inconvénient transféré à Anvers, conformément à la volonté de ceux qui ont créé la grande position fortifiée. Ce n'est pas que les événements soient plus graves. Nous enregistrons, au contraire, un nouveau succès de nos troupes, secondées par la cavalerie française.
Mais comme il est nécessaire que le transfert se fasse normalement et qu'il n'y ait pas la moindre interruption dans l'exercice de la souveraineté, le gouvernement a estimé qu'il était préférable de commencer le transfert des services des différents ministères.
Alors que leurs familles restent dans la capitale, certains ministres vont donc résider à Anvers où les services de la guerre seront mieux à leur place pendant que l'armée est en campagne.
Déférant au désir du gouvernement, S. M. la reine et les princes s'installeront au palais d'Anvers, tandis que le roi reste au milieu de nos vaillants soldats. Les services du palais continueront à fonctionner à Bruxelles.

Plus de correspondant de guerre

Bruxelles, 19 août, 19h05. — (Par dépêche de notre correspondant particulier.) — Il est inutile désormais que je télégraphie des nouvelles ; la censure ne les laisserait plus passer.
Vous recevrez le communiqué officiel de l'état-major. Je crains que cette dépêche soit mon dernier télégramme de guerre. — DEWINNE.

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« La situation militaire », Le Temps, mercredi 19 août 1914.

Sur le théâtre belge, nous en sommes toujours réduits à des conjectures. On signale des cavaliers allemands sur toute la ligne de Louvain à Givet ; leur service de découverte se serait montré à Wavre, Gembloux, Dinant ; un avion a survolé Givet ; on l'a descendu à coups de fusil ; il est tombé à Hastières, en territoire belge. Qu'y a-t-il derrière ces éléments de découverte ? Il peut se faire que ce ne soient que les prémisses d'une action secondaire, ayant pour objet de détourner l'attention de l'effort principal. Il est possible aussi que ces patrouilles de découverte précèdent une forte armée.
Nous répétons un peu ce que nous avons dit hier : nous ne pouvons faire autre chose, tant que les coups de fusil et de canon n'auront pas déchiré le voile tendu entre les deux armées. L'attente est toujours pénible. Que nos lecteurs prennent patience ; la méthode, la science et le calme avec lesquels nos armées ont été réunies à la frontière doivent leur donner la grande confiance que nous avons.

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« L'offensive russe », Le Figaro, mardi 18 août 1914.

Patiente parce qu'immense et inépuisable, la Russie n'a voulu entrer en ligne qu'avec son premier ban, au complet, de quelques millions d'hommes. Elle l'a mobilisé, concentré ; elle le porte à la frontière. Elle commence, à l'heure dite, son offensive contre l'Allemagne et l'Autriche.
Le plan, bien connu, de l'Allemagne, révélé par elle-même, écrit en toutes lettres dans ses ouvrages militaires, ses documents parlementaires, le dispositif de ses forces, le thème de ses plus récentes manœuvres, c'était d'accabler l'adversaire de l'ouest avant de se retourner contre l'adversaire de l'est, plus lent à se mettre en mouvement.
La condition première du succès éventuel de ce plan, c'était donc le succès de l'attaque brusquée par la Belgique et celui de l'attaque brusquée par la Lorraine.
L'attaque ayant échoué là où elle a été tentée et n'ayant pas été tentée là où l'échec était devenu certain, l'Allemagne a perdu l'avantage qui pouvait résulter pour elle de « la différence de temps » ; la manœuvre napoléonienne n'est plus réalisable ; c'est sur deux frontières à la fois que l'Allemagne doit faire face à des armées également prêtes et également fortes.

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« Le Japon attendra jusqu'au 23 août », Le Matin, lundi 17 août 1914.

Tokyo, 16 août. — Le terme fixé pour l'expiration de l'ultimatum remis par le gouvernement à l'ambassadeur d'Allemagne expirera le 23 août à midi. (Havas.)

Les intentions du Japon

Tokyo. — Le gouvernement japonais a fait savoir que, fidèle au principe du respect de l'intégrité de la Chine, il bornerait son action éventuelle en territoire chinois aux limites du protectorat allemand de Kiao-Tcheou.

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« En Alsace : nos soldats s'emparent d'un drapeau allemand », L'Action française, dimanche 16 août 1914.

Un corps bavarois battu à la frontière lorraine

Le ministère de la guerre communique les informations suivantes :
Une affaire importante a été engagée dans la région de Blamont, Cirey, Avricourt, où nos troupes avaient devant elles un des corps d'armée bavarois.
Les villages de Blamont, Cirey et les hauteurs au-delà ont été brillamment enlevés. Actuellement les colonnes allemandes se replient, laissant des morts, des blessés et des prisonniers.
Nos troupes continuent à progresser dans les Hautes-Vosges où les Allemands reculent.

Nos soldats s'emparent d'un drapeau allemand

Dans la Haute-Alsace, Thann a été repris par nous. Les prisonniers que nous avons faits affirment que le général Von Delmling, qui commande le 15e corps et avait son quartier général à Thann, aurait été blessé à Sainte-Blaise dans la vallée de la Bruche. Un drapeau allemand a été pris.

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« Celles qu'il ne faut pas oublier », L'Écho de Paris, samedi 15 août 1914.

Les femmes et les enfants des mobilisés recevront incessamment l'allocation qui leur a été promise par l'État. Mais rien n'est prévu encore pour les veuves et les femmes non mariées. Pour le plus grand nombre d'entre elles, le seul soutien de leur existence était leur travail journalier. Rien que pour Paris, les personnes les plus compétentes m'ont cité le chiffre de 36 000 ouvrières filles ou veuves qui ont vu brusquement se fermer devant elles l'atelier ou le magasin où elles gagnaient leur pain quotidien. Elles n'ont plus rien, rien ; et rien encore n'est prévu pour secourir leur détresse.
Les patrons ne pourraient-ils pas s'entendre pour fournir de l'ouvrage à celles qu'ils employaient ? Tous les magasins restés ouverts à Paris ne manquent pas en ce moment de clients. Ceux qui ont fermé l'ont fait parce que les hommes sont partis à l'armée. Ne peut-on pas les remplacer par des femmes ? Il y a là une organisation à trouver et les patrons ont trop le sentiement de leur devoir pour ne pas chercher à la réaliser.

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« La France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Autriche », Le Gaulois, vendredi 14 août 1914.

C'en est fait. Notre gouvernement a dissipé l'équivoque où l'Autriche se complaisait. Les relations diplomatiques étant rompues entre la France et le gouvernement austro-hongrois, la déclaration suivante a été remise mercredi soir au comte Mensdorf-Pouilly, ambassadeur d'Autriche à Londres :

Après avoir déclaré la guerre à la Serbie, et pris ainsi la première initiative des hostilités en Europe, le gouvernement austro-hongrois s'est mis, sans aucune provocation du gouvernement de la République française, en état de guerre avec la France :
1° Après que l'Allemagne eut successivement déclaré la guerre à la Russie et à la France, l'Autriche-Hongrie est intervenue dans ce conflit en déclarant la guerre à la Russie, qui combattait déjà aux côtés de la France ;
2° D'après de nombreuses informations dignes de foi, l'Autriche-Hongrie a envoyé des troupes sur la frontière allemande, dans des conditions qui constituent une menace directe à l'égard de la France.
En présence de cet ensemble de faits, le gouvernement français se voit obligé de déclarer au gouvernement austro-hongrois qu'il va prendre toutes les mesures qui lui permettront de répondre à ces actes et à ces menaces.

En remettant cette note, sir Edward Grey a dit au comte Mensdorf que la Grande-Bretagne s'y associait et qu'en conséquence l'état de guerre existerait entre l'Angleterre et l'Autriche-Hongrie à partir de minuit. Toutes ces mesures ont été prises dans le plus parfait accord entre la France et l'Angleterre.

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« Les prisonniers allemands », L'Humanité, jeudi 13 août 1914.

Quatre cents sont passés hier à Champigny

Hier matin, une cinquantaine de uhlans prisonniers de guerre, sont passés à Champigny, dirigés sur Poitiers. À en juger d'après l'expression de leur physionomie, les soldats allemands ne paraissent nullement attristés de leur sort. Ils ont éclaté de rire quand on leur a montré des caricatures de Guillaume II.
Les officiers ont l'air plus renfrognés. Ils sont peut-être sensibles à l'ironie des choses qui les fait passer à Champigny-la-bataille, où les troupes allemandes arrivaient victorieuses il y a quarante-quatre ans.
Dans la journée, plus de quatre cents prisonniers allemands ont dû passer en gare de Champigny pour la destination qui leur est fixée.

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« Les mines », Le Temps, mercredi 12 août 1914.

Le Danemark, la Suède, préviennent officiellement les navires de toutes catégories de ne pas s'aventurer dans le Grand-Belt ou dans les ports suédois sans pilote. Des mines y ont été placées et ces mines présentent un danger considérable pour les navires, leur explosion les éventre. C'est le premier engin de guerre navale qui se soit manifesté. Le croiseur anglais Amphion a été coulé avec la plus grande partie de son équipage.
Pour la sécurité de la navigation les conventions de La Haye ont tracé un programme pour les mines. La convention VIII interdit de placer des mines automatiques de contact non amarrées (…).
De même on ne doit pas placer des mines devant les côtes et les ports de l'adversaire dans le seul but d'intercepter son commerce.
La convention règle les devoirs des neutres en ce qui concerne les mines.
Toute puissance neutre, dit-elle, qui place des mines automatiques de contact devant ses côtes doit observer les mêmes règles et prendre les mêmes précautions que celles qui sont imposées aux belligérants.
La puissance neutre doit faire connaître à la navigation, par un avis préalable, les régions où seront mouillées des mines automatiques de contact. Cet avis devra être communiqué d'urgence aux gouvernements par voie diplomatique.
Les gouvernements danois et suèdois se sont donc conformés aux prescriptions de La Haye et ils les observent encore en proposant des pilotes. L'article 11 de la 13e convention dit en effet :
Une puissance neutre peut laisser les navires de guerre des belligérants se servir de ses pilotes brevetés.

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« Sur le front », Le Figaro, mardi 11 août 1914.

Communiqué officiel

Dans la Haute-Alsace

Au cours de la nuit dernière, des forces allemandes très considérables venant de Mulheim et de Neuf-Brisach ont attaqué les avant-gardes françaises qui avaient été poussées en flèche sur Cernay et Mulhouse.
Devant cette attaque le commandant des troupes françaises a quitté Mulhouse et a rassemblé ses forces légèrement en arrière, sur des emplacement où il a arrêté l'offensive de l'ennemi supérieur en nombre.
Les actions de détail ont été très brillantes pour nos troupes qui restent maîtresse de la Haute-Alsace.

Entre Lunéville et Baccarat

De nombreux mouvements de troupes vers Morhange. Dans la région de Blamont, une tentative a été faite sur Rogerwillers et Hablainville ; grâce à l'appui du canon de Manonvillers, cette tentative a complètement échoué.

Dans les cols des Vosges

D'après les derniers renseignements relatifs à notre action contre les cols de Sainte-Marie-aux-Mines et du Bonhomme, que nous avons mentionnée hier, ces deux affaires font le plus grand honneur à nos troupes.
En toutes circonstances, l'infanterie française comme la cavalerie et l'artillerie se sont montrées bien supérieures aux troupes adverses.

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« Le bombardement de Liège », L'Action française, lundi 10 août 1914.

Tous les forts tiennent encore, malgré l'intensité du bombardement qui a duré 48 heures sans discontinuer.
Les canons longs allemands de 13 cm et de 15 cm ainsi que les obusiers lourds de 15 cm (pour tir court) n'ont produit aucun effet sur les coupoles des forts. Les Allemands seront amenés, évidemment, à employer des obusiers de 28, qui jusqu'ici ne sont pas entrés en jeu et dont l'action sur les coupoles sera beaucoup plus efficace que celle des canons utilisés depuis 4 jours.
Au surplus, même si les coupoles étaient immobilisées, les forts résisteraient encore grâce à l'excellente disposition des fossés et des contre-escarpes.
Depuis deux jours, les intervalles ont été hérissés de retranchements de campagne par 53 000 ouvriers civils.
La place ainsi complétée est très forte quoiqu'il arrive. Les officiers belges n'hésitent pas à la déclarer imprenable.

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« L'occupation du Togo par les forces franco-anglaises », Le Matin, 10 août 1914.

Un télégramme du gouverneur général de l'Afrique occidentale française a rendu compte au ministre des colonies des conditions dans lesquelles la coopération d'un croiseur anglais et de la garnison française de Grand-Popo (Dahomey) vient d'assurer la prise de possession du Togo allemand.
Le croiseur anglais arrivé devant Lomé, à l'ouest de la colonie allemande, a sommé la ville de se rendre dans les 24 heures et a reçu sa soumission. En même temps, la garnison française de Grand-popo franchissait la frontière et s'établissait à Petit-Popo, à l'est de la colonie allemande.
Des mesures seront prises d'accord entre les autorités françaises et anglaises pour assurer l'occupation totale du Togo.

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« Entrée des troupes françaises à Mulhouse », L'Écho de Paris, dimanche 9 août 1914.

(Communiqué de guerre à 17h30.)

Les troupes françaises ont franchi la frontière.
Elles ont livré à Altkirch un combat très violent. Elles se sont emparées d'Altkirch et ont poursuivi les troupes allemandes en retraite ; elles continuent leur mouvement dans la direction de Mulhouse.
Le succès remporté a été extrêmement brillant. Dans leur joie de voir arriver les troupes françaises, les Alsaciens-Lorrains ont arraché tous les poteaux-frontière.

(Communiqué de guerre à 23h30.)

Les troupes françaises occupent Mulhouse, après Altkirch.
L'entrée de l'armée française en Alsace est un événement historique que saluent les acclamations d'un peuple et la justice de l'histoire.

Le général Joffre a adressé à l'Alsace une proclamation qui a été aussitôt affichée et lue avec passion par les Alsaciens. Voici le texte de cette proclamation :

Enfants de l'Alsace,
après quarante-quatre années d'une douloureuse attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de votre noble pays. Ils sont les premiers ouvriers de la grande oeuvre de la revanche: pour eux quelle émotion et quelle fierté !
Pour parfaire cette œuvre, ils ont fait le sacrifice de leur vie ; la nation française unanimement les pousse, et dans les plis de leurs drapeaux sont inscrites les noms magiques du droit et de la liberté.
Vive l'Alsace !
Vive la France !

Le général en chef des armées françaises,
JOFFRE

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« À l'institut de France », L'Écho de Paris, 9 août 1914.

Discours patriotique de M. Bergson

M. Bergson, président de l'Académie des sciences morales et politiques, a prononcé hier, à l'ouverture de la séance de cette compagnie, un émouvant discours. Après avoir dit l'admiration de l'Académie pour la nation belge, il continua : « Gloire à la Belgique ! Saluons le petit peuple à la grande âme !
La lutte engagée contre l'Allemagne est la lutte même de la civilisation contre la barbarie. Tout le monde le sent. Mais notre Académie a peut-être une autorité particulière pour le dire.
Nous savons, nous avons appris par la philosophie et par l'histoire quelle force les peuples puisent dans la conscience de leurs droits. Nous sommes sans crainte.
Avec une inébranlable confiance nous irons jusqu'au bout de la lutte. Vive le droit ! Vive la France ! »

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« Débarquement des troupes anglaises en Belgique », L'Humanité, samedi 8 août 1914.

(Communiqué officiel du ministère de la guerre)

Le débarquement des troupes anglaises est commencé.
Les unités débarquées ont été saluées par les acclamations des populations.
Le débarquement s'est opéré vite et en très bon ordre, sous la directioon de missions d'officiers français parlant couramment anglais.
Les hommes ont pris très rapidement leurs cantonnements.
Les propos qu'ils tiennent montrent que l'exaspération du peuple anglais contre l'Allemagne est à son comble.
Les soladts anglais sont joyeux de venir combattre sur le continent à côté de leurs camarades français et belges.
Les accords des deux états-majors ont assuré une exécution impeccable du programme de débarquement.

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« Débarquement des troupes anglaises », Le Gaulois, 8 août 1914.

Le débarquement des troupes anglaises continue dans un ordre parfait. L'Angleterre a mis sur pied 200 000 hommes ; 20 000 ont déjà débarqué à Ostende, Calais et Dunkerque. Ils doivent se porter sur Namur, pour aider l'armée belge à refouler les Allemands au-delà de la frontière.

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« Les neutres », Le Gaulois, 8 août 1914.

Portugal. — L'Allemagne ayant sommé le Portugal de prendre une attitude nettement définie dans le conflit européen, le gouvernement a immédiatement convoqué les Chambres, qui, à l'unanimité, ont voté les mesures proposées pour assurer la défense du pays*. Les séances ont été levées aux cris de : « Vive l'Angleterre ! Vive la France ! Vive la Russie ! » Les socialistes ont voté avec tous les autres partis.

Italie. — Une dépêche de Rome annonce que l'Allemagne et l'Autriche ont renouvelé leur pression sur le gouvernement et aussi directement sur le roi Victor-Emmanuel pour obtenir la participation de l'Italie au conflit, même en lui promettant des avantages territoriaux. L'Italie a refusé avec fermeté, déclarant que non seulement les obligations du traité de Triplice ne lui imposaient pas sa participation à la guerre, mais qu'il lui serait impossible d'aller à l'encontre de la volonté nationale qui jamais ne permettrait l'ouverture d'hostilités contre la France et l'Angleterre.

Suède et Norvège. — Les gouvernements de Stockholm et de Christiana ont proclamé qu'ils sont fermement résolus à observer, chacun de son côté, durant la guerre, la neutralité. En outre, les deux gouvernements ont échangé des assurances en vue d'empêcher que l'état de guerre de l'Europe puisse occasionner des mesures hostiles de l'une des deux puissances contre l'autre.

NOTA-BENE : contrairement à ce que peut laisser entendre l'article, le Portugal n'entre pas en guerre. Ce n'est qu'en mars 1916 que l'Allemagne déclare la guerre au Portugal, l'obligeant à entrer dans le conflit.

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« La ville de Liège reçoit la croix de la Légion d'honneur », L'Humanité, 8 août 1914.

L'Officiel publie ce matin un décret conférant à la ville de Liège la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
Ce décret est précédé d'un rapport adressé au président de la République par M. Gaston Doumergue, ministre des affaires étrangères. Nous en extrayons les passages essentiels :

Au moment où l'Allemagne, violant délibérement la neutralité de la Belgique reconnue par les traités, n'a pas hésité à envahir le territoire belge, la ville de Liège, appelée en première ligne à subir le contact des troupes allemandes, vient de réussir dans une lutte aussi inégale qu'héroïque à tenir en échec l'armée des envahisseurs.
Ce splendide fait d'armes constitue pour la Belgique, et la ville de Liège en particulier, un titre admirable de gloire dont il convient que le gouvernement de la République perpétue le souvenir mémorable en conférant à la ville de Liège la croix de la Légion d'honneur.

Liège est, croyons-nous, la première ville étrangère qui ait été décorée de la Légion d'honneur.

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« Aux femmes françaises », Le Matin, vendredi 7 août 1914.

Un appel de M. Viviani
Le président du conseil vient d'adresser aux femmes françaises un appel dont voici le texte :

Aux femmes françaises,
La guerre a été déchaînée par l'Allemagne, malgré les efforts de la France, de la Russie, de l'Angleterre pour maintenir la paix. À l'appel de la patrie, vos pères, vos fils, vos maris se sont levés et demain ils auront relevé le défi.
Le départ pour l'armée de tous ceux qui peuvent porter les armes laisse les travaux des champs interrompus ; la moisson est inachevée ; le temps des vendanges est proche. Au nom du gouvernement de la République, au nom de la nation toute entière groupée derrière lui, je fais appel à votre vaillance, à celle des enfants que leur âge seul, et non leur courage, dérobe au combat. Je vous demande de maintenir l'activité des campagnes, de terminer les récoltes de l'année, de préparer celles de l'année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la patrie un plus grand service. (…)

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« 7 août 1913 – 7 août 1914 », Le Matin, 7 août 1914.

Le premier anniversaire de la loi des trois ans tombe aujourd'hui. À l'abri de cette loi, qui a si considérablement fortifié nos troupes de couverture, la mobilisation de la France se poursuit avec ordre, calme, exactitude.
Déjà la France est récompensée du lourd sacrifice qu'elle s'est imposé il y a un an. Aucune surprise n'est désormais possible. La loi a reçu dans les jours qui ont précédé la guerre une application merveilleuse, puisque parmi les trains qui transportaient les centaines de mille hommes dont sont composées les armées de couverture, un seulement a eu une heure de retard et que les autres n'ont pas eu plus de cinq minutes.

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« La bataille de Liège », Le Matin, 7 août 1914.

Les troupes allemandes sont entrées dans Liège. Mais aucun des forts n'a succombé. La position continue donc à dominer les routes. Le combat dans les rues a été d'une extrême violence.

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« Les modifications ministérielles », Le Temps, jeudi 6 août 1914.

Le Journal officiel publie aujourd'hui les décrets consacrant les modifications apportées à la composition du cabinet, que nous avons fait connaître dès hier en rendant compte du conseil des ministres.
Nous rappelons que M. Viviani, en gardant la présidence du conseil, cède le portefeuille des affaires étrangères à M. Gaston Doumergue ; que M. Augagneur devient ministre de la marine en remplacement de M. Gauthier, démissionnaire, et enfin que M. Albert Sarraut, député, gouverneur général de l'Indochine, remplace M. Augagneur au ministère de l'Instruction publique.
Aucun décret n'a été nécessaire pour le maintien de M. Viviani à la présidence du conseil qu'il exerce en vertu du décret antérieur promulgué lors de la formation du cabinet actuel.

Instructions ministérielles

M. Malvy, ministre de l'intérieur, a renouvelé aux préfets ses instructions antérieures en vue d'assurer une immédiate et sévère répression de tous actes susceptibles de troubler l'ordre public.

Réintégration des cheminots révoqués

Au cours de la séance que le conseil a tenue hier après-midi, il a été décidé que le gouvernement demanderait aux directeurs des compagnies de chemin de fer la réintégration des cheminots révoqués. M. Renoult a réuni hier après-midi les représentants de tous les réseaux. Il leur a montré la nécessité de réaliser l'union de tous les Français. Répondant à la pensée du gouvernement, les directeurs ont consenti.
Il y a quelques jours, M. Aristide Briand avait fait une démarche auprès de M. René Viviani pour lui demander, étant donné les circonstances, la réintégration de tous les cheminots révoqués.

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« L'invasion barbare », Le Figaro, 6 août 1914.

Les Allemands sont entrés sur le territoire belge par la province de Liège sur trois points : à Dolhain, à une douzaine de kilomètres au nord-est de Liège ; à Francor-Champs, à Stavelot, environ douze kilomètres plus loin. En même temps ils débouchaient du nord, par le territoire hollandais, dont ils avaient également violé la neutralité et se portaient sur la ville belge de Visé. Ce double mouvement et ses premières conséquences sont précisées dans les dépêches suivantes de l'Agence Havas :

Liège, 4 août. — Les Allemands, se heurtant aux ponts et ouvrages d'art détruits, sont obligés de remonter vers le nord. Ils ont violé le territoire hollandais à Tilbourg et ont franchi la Meuse à Eijsden.
Le 10e corps se trouverait à Eijsden. Le 7e corps, fort de 40 000 hommes, serait à Verviers. Le 6e corps se trouve à un endroit inconnu.
Visé et Argenteau sont en feu. Des particuliers auraient tiré sur les Allemands ; ceux-ci auraient alors décimé la population et mis le feu à Visé.
Cent mille Allemands marcheraient sur Liège où on s'attend à une attaque pour demain matin.
Un officier allemand fait prisonnier se montre stupéfait de la résistance que les Allemands rencontrent en Belgique, car on leur avait affirmé à Berlin qu'aucune résistance ne leur serait opposée en Belgique.

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« Neutralité hollandaise violée », Le Figaro, 6 août 1914.

La reine proclame l'état de guerre

Après le Luxembourg, la Belgique, après la Belgique, la Hollande.
Le petit Luxembourg, sans armée, a dû se soumettre à la violation de sa neutralité.
La Belgique s'est levée pour se défendre et on a vu comment.
La Hollande, à son tour, a vu son territoire violé par les barbares allemands affolés, à qui la réprobation universelle ne suffit plus, qui ameutent successivement contre eux tous les neutres.
Et la Hollande comme la Belgique ne se laisse pas faire.

La Reine vient de déclarer une partie du pays en état de guerre.

Ce n'est pas encore la déclaration de guerre : c'est une première étape.

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« L'Allemagne a déclaré la guerre à la France », Le Temps, mercredi 5 août 1914.

Le départ de l'ambassadeur d'Allemagne

M. de Schœn est enfin parti. Hier soir, à 17h45, l'ambassadeur d'Allemagne s'est rendu au ministère de affaires étrangères, où il a été reçu par M. Viviani en présence de M. de Margerie, directeur politique au ministère.

La déclaration de guerre

M. de Schœn, en proie à une émotion dans laquelle entraient une bonne part d'embarras et sans doute quelque honte, a fait connaître à M. Viviani que l'Allemagne se déclarait en état de guerre avec la France. Et d'une voix qui tremblait, l'ambassadeur allemand a donné les raisons invoquées par son gouvernement pour motiver cette déclaration. M. de Schœn n'a pas craint de dire, dans une conversation officielle, que des aviateurs français avaient survolé la Belgique ; que d'autres aviateurs français, survolant le territoire allemand, avaient fait tomber des bombes à Nuremberg, et que ces faits constituaient une agression caractérisée, une violation du territoire de l'empire.

Protestation du président du conseil

Cette incroyable déclaration fut écoutée dans le plus profond silence. Puis, gravement, M. Viviani protesta. Il dit que tout, dans les faits allégués par l'ambassadeur, était entièrement faux. Jamais aucun aviateur français n'a survolé la Belgique ni l'Allemagne. Et M. Viviani a ajouté que le gouvernement de la République, au contraire, a justement protesté dans une note remise à M. de Schœn lui-même contre la violation du territoire français, commise par des détachements allemands, commandés par des officiers allemands, et contre le meurtre d'un caporal français.
Le président du conseil a rappelé à l'ambassadeur allemand que le gouvernement français avait donné l'ordre à ses troupes de rester à dix kilomètres de la frontière pour éviter tout incident, et que les détachements allemands, franchissant cette zone, ont pénétré jusqu'à onze kilomètres en territoire français. (…) M. Viviani et M. de Margerie ont reconduit l'ambassadeur jusquau perron du ministère. M. de Schœn les a salués à plusieurs reprises, sans parvenir à dissimuler une intense émotion. Puis il est remonté dans son automobile qui l'a reconduit rue de Lille.

M. de Schœn quitte Paris

Dès huit heures, la rue de Lille était barrée entre le boulevard Saint-Germain et la rue de Solférino. Dans la cour de l'ambassade d'Allemagne, des voitures du service des chemins de fer de l'État étaient mises à disposition de l'ambassade pour le chargement des bagages. Sur chaque voiture un gardien de la paix était assis à côté du conducteur.
M. de Schœn est parti le dernier, à 21h45, pour la gare du Bois-de-Boulogne, avec une escorte de quinze automobiles et de 80 personnes.
Sur le quai de la gare, avant de monter dans le train spécial qui lui était réservé, M. de Schœn a tendu la main à M. William Martin, directeur du protocole. M. William Martin a rendu cette poignée de main, mais sans dire un mot. À dix heures, le train spécial partait. M. de Schœn rentrera en Allemagne par Namur.

Le rappel de M. Jules Cambon

Immédiatement après le départ de M. de Schœn du ministère des affaires étrangères, M. Viviani a télégraphié à M. Jules Cambon, notre ambassadeur à Berlin, de demander ses passeports, avec ceux du personnel de l'ambassade et du consulat de France.
M. Jules Cambon a remis, avant de partir, les archives de l'ambassade et le soin de protéger les Français restés en Allemagne à l'ambassadeur des États-Unis. À Paris, M. de Schœn a fait une démarche analogue, en remettant les intérêts allemands et la garde de ses archives aux soins de l'ambassade des États-Unis.

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« La neutralité italienne », Le Temps, 5 août 1914.

On télégraphie de Rome :
Dans la délibération qu'il a eue hier matin, le conseil des ministres a fait remarquer que quelques puissances européennes se trouvent en état de guerre, mais que l'Italie est en état de paix avec tous les belligérants. En conséquence, gouvernement, citoyens, sujets du royaume sont obligés d'observer les devoir de la neutralité.

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« L'Allemagne déclare la guerre à la France », Le Figaro, mardi 4 août 1914.

M. Viviani, prédident du Conseil, a reçu hier, dans l'après-midi, la visite de l'ambassadeur d'Allemagne,.
M. de Schœn lui a remis une note dans laquelle le gouvernement allemand le charge de déclarer que désormais, il se considérait comme en état de guerre avec la France.
En conséquence, il a demandé au gouvernement de lui remettre immédiatement ses passeports pour quitter le territoire français.
La note de M. de Schœn argue de faits notoirement faux pour motiver la déclaration de guerre au gouvernement français.
C'est ainsi qu'elle prétend – ce qui est absolument inexact – qu'un aviateur français aurait survolé au-dessus de Nuremberg et lancé des bombes sur la ville.
D'autres faits, également faux, sont aussi allégués.

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« L'Allemagne, sans déclaration de guerre, engage les hostilité contre la France », Le Matin, lundi 3 août 1914.

Ses troupes pénètrent sur notre territoire par sept endroits

Les troupes allemandes ont pénétré hier sur le territoire français en sept endroits.
1° Une colonne venant du Luxembourg a passé au sud de Longwy et entrant sur le territoire français y a fait quatre ou cinq kilomètres. Elle a été canonné par les batteries de la place de Longwy. Sa marche en avant a été arrêtée.
2° À Cirey-sur-Vezouze, à 39 kilomètres de Lunéville, un détachement de cavalerie allemande a également franchi la frontière, a occupé un instant Bertrambois, qui se trouvait à 1 800 mètres de la frontière, et a été repoussé.
3° À Montreux-Vieux, une compagnie de cyclistes allemands a attaqué le poste frontière, occupé par une vongtaine de douaniers. Après une fusillade qui a laissé de part et d'autre des blessés sur le terrain, elle a dû se replier sur le territoire allemand.
4° Près de Delle, un escadron de cavalerie a fait une incursion qui n'a pas eu plus de bonheur.
5° À Suarce, à trois kilomètres de Petit-Croix, un escadron de cavalerie est arrivé dans le village pendant que le maire, en vertu de l'ordre de mobilisation, préparait la réquisition des chevaux. Les cavaliers allemands ont fait prionniers brutalement les hommes de complément qui avaient amenés les cheveaux et ont emmenés les hommes et les chevaux de l'autre côté de la frontière. Jolie victoire !…
6° À la tête d'une reconnaissance de cavalerie allemande du 5e chasseur, deux officiers sont arrivés au galop hier matin vers dix heures à Joncherey. Or Joncherey se trouve à dix kilomètres de la frontière. Un des officiers a tué le caporal qui commandait le poste de l'entrée du village d'un coup de revolver. Le poste a répondu, a tué les deux officiers et a pris deux cavaliers, pendant que le reste de la troupe s'enfuyait.
7° On signale à la fin de la journée que dans la région des Vosges, de multiples détachements de cavalerie et d'infanterie ont franchi la frontière et engagé le feu avec nos avant-postes. Or nos avant-postes, sur ce point comme tous les autres, étaient hier encore, en l'absence de toute déclaration de guerre, maintenus à 10 kilomètres en arrière de la frontière.

La France est en effet un peuple civilisé. Elle respecte les lois de la guerre. Mais pour l'Allemagne, la guerre n'a pas de lois.

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« La guerre austro-serbe et la tension européenne », Le Temps, dimanche 2 août 1914.

Les efforts de la Triple-Entente auxquels l'Italie a joint les siens n'aboutissent pas. Ces initiatives médiatrices ont été systématiquement contrariées et déjouées par l'Allemagne, qui maintenant ne cesse de manoeuvrer pour accréditer l'impression que les responsabilités de la conflagration générale incombrent précisément à ceux qui ont le plus généreusement travaillé à l'éviter.
Toute cette duplicité ne trompera personne. L'ultimatum allemand survenant au moment même où, à la demande du gouvernement britannique, on acceptait à Saint-Pétersbourg d'importantes concessions et où l'Autriche paraissait impressionnée par la gravité de la situation, démontre en effet d'une façon caractéristique ce qu'il y a de voulu et de prémédité du côté allemand dans la marche fatale des événements.
Les délais qui s'écoulent avant l'heure décisive ne laissent malheureusement pas grand espoir de pouvoir conjurer cet attentat contre la liberté de l'Europe.

« Dans les gares », Le Temps, 2 août 1914.

Une extrême animation règne dans les gares du Nord, de l'Est et de Lyon. Sans un instant d'arrêt, les automobiles et les fiacres y déversent une foule énorme qui, sans recourir aux porteurs, place-elle-même ses bagages sur les bascules. Peu de cris, aucun désordre : l'heure n'est pas aux querelles. Cette foule affairée garde un silence impressionnant. Les étrangers partent en masse sans que leur présence sur les quais provoque aucune manisfestation discourtoise. À la gare de Lyon plusieurs groupes d'ouvriers italiens attendent, placidement, assis près de leurs pauvres bagages, l'heure du départ de leur train. Certaines des grandes lignes internationales ont d'ailleurs été interrompues. C'est ainsi qu'à la gare de l'Est un long placard barre le quai. On y lit l'avis suivant :
« Les trains se dirigeant sur l'Allemagne sont limités : à Lunéville par la voie d'Avricourt, à Belfort par la voie de Mulhouse. La circulation des trains sur les lignes d'Alsace-Lorraine est interrompue. »
À la gare du nord, un avis est affiché près du quai d'embarquement, indiquant que le train se dirigeant vers Cologne s'arrête désromais à Verviers. À la gare de Lyon, les trains à destination de la SuIsse et de l'Italie partent jusqu'ici dans des conditions normales.

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« Jaurès assassiné », L'Humanité, samedi 1er août 1914.

Comment l'horrible chose s'est-elle passée ? Il faut fixer ici pour l'histoire la scène épouvantable.
Jaurès était venu au journal un peu avant huit heures. Il venait du ministère des affaires étrangères ou, délégué par le groupe socialiste, il avait vu M. René Viviani. Renaudel et Longuet l'accompagnaient.
Il s'entretint un instant avec notre administrateir Philippe Landrieu et quelques-uns de nos amis. Il n'avait pas dîné et il avait beaucoup à travailler.
— Allons d'abord dîner, dit l'un de nous.
— Allons dîner…
Nous descendîmes au restaurant du Croissant, à deux pas de l'Humanité et nous prîmes place à la longue table qui est à gauche de l'entrée. Jaurès avait Landrieu à sa droite, Renaudel à sa gauche. Étaient encore assis à cette table tragique le citoyen Poisson et la citoyenne Poisson, AMédée Dunois, Du Quercy, Daniel Renoult et son frère André, Georges Weil, Maurice Mertre et Jean Longuet… La gravité de l'heure mettait en nous une émotion profonde. Non loin denous, à une autre table, le citoyen DOlié, du Bonnet rouge, dînait avec sa jeune femme.
Le Croissant est un établissement fréquenté. On entrait, on sortait, nous ne prêtions attention à personne. La citoyenne Poisson fit toutefois cette remarque que Jaurès était comme toujours un sujet de curiosité.
Jaurès parlait de sa belle voix grave… Il donnait quelques instruction à ses collaborateurs politiques, à Dunois, à Daniel Renoult. Les instructions de Jaurès ! Il faut les avoir entendues pour savoir de quelle voix caressante Jaurès donnait ses instructions.
Nous achevions de dîner. À cet instant, le citoyen Dolié se lève et vient auprès de nous, une photographie en couleur à la main. Il la tend à Landrieu en disant :
— Voyez, c'est ma petite fille.
— Peut-on voir, dit Jaurès avec un bon sourire.
Il prit la photographie, l'examina un instant, demanda l'âge de l'enfant, fit au jeune père un compliment flatteur…
Il était dix heures moins vingt.
Tout à coup – souvenir atroce ! – deux coups de feu retentissent, un éclair lui, un cri de femme, épouvantable : Jaurès est tué ! Jaurès est tué !
Jaurès, comme une masse, venait de s'effondrer sur le côté gauche, et tout le monde était debout, criant, gesticulant, se précipitant. Ce fut une minute de confusion et de stupeur. Tandis que quelques-uns d'entre nous se précipitaient dans le rue – car les deux coups de feu avaient été tirés du dehors, par la fenêtre ouverte contre laquelle Jaurès se trouvait adossé, on étendit l'assassiné sur la banquette. Il respirait à peine et il avait les yeux fermés. A-t-il eu conscience du crime ? Nous ne suarons jamais…
Il ne mourut pas tout de suite. En attendant le médecin qu'on était allé chercher, un dîneur, pharmacien de son état, s'approcha, tâta le pouls du mourant, puis secoua la tête. On ouvrit la chemise, le cœur ne battait plus qu'à peine. Le corps fut placé sur une table. Compère-Morel, accouru, tenait en pleurant la main inerte. Renaudel, avec des serviettes, épanchait le sang qui sortait de la blessure, un tout petit trou rouge à l'arrière du crâne, avec, autour, un peu de matière blanchâtre.
— Messieurs, dit le médecin qui venait d'arriver, je crains qu'il n'y ait rien à faire.
Des sanglots roulaient dans nos gorges serrées. Rien à faire ! Se peut-il qu'il n'y ait rien à faire ? Se peut-il que cette grande vie soit brisée, brisée à jamais ?
Trois minutes s'écoulèrent encore.
— Messieurs, dit le médecin, M. Jaurès est mort.
Les sanglots contenus éclatent. Tout le monde se découvrit, pour saluer celui qui venait d'expirer.
— Et quand même, dit l'un de nous, il faut aller faire le journal ; il faut paraître à l'heure, comme s'il était encore là….

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