logo Pierre AULAS
1914 vu par les journaux français - Pierre Aulas
 Parcours  |   Réalisations  |   Cours  |   Chroniques  |   Divers

1914 vu par les journaux français

« Le haut-commissaire anglais d'Égypte a passé par Paris », L'Écho de Paris, jeudi 31 décembre 1914.

Le haut-commissaire anglais pour l'Égypte, sir A. Mac-Mahon, qui va prendre possession de son poste, s'est arrêté hier à Paris, et a été reçu par M. Delcassé, ministre des affaires étrangères.

Haut de page

« Le baptême du feu. Pendant qu'on présente le drapeau », L'Humanité, mercredi 30 décembre 1914.

Le 20 décembre 1914, le 160e régiment se trouvait rassemblé à Wœsten. Son chef, le lieutenant-colonel Bablon, met à profit cette occasion assez rare dans la guerre de tranchées actuelle pour présenter le drapeau de leur régiment aux soldats de la classe 1914 nouvellement incorporés et pour procéder ensuite à la remise des décorations.
La cérémonie touchait à sa fin, lorsqu'apparaît un Taube ; il survole un instant au nord du village, puis pique droit sur le régiment. Le colonel fait aussitôt ouvrir le feu, mais l'avion n'est pas atteint.
Le régiment se préparait à rompre les rangs, lorsque du Taube trois bombes sont jetées. La première tombe derrière le premier bataillon, éclate avec un bruit formidable, mais n'atteint personne ; la deuxième frappe le sol derrière le troisième bataillon, fuse sans effet, en produisant une longue flamme jaune ; la troisième tombe à dix pas devant le colonel impassible. Pas plus que le chef, aucun homme n'a bronché et les recrues, les yeux fixés sur leur drapeau, reçoivent le baptême du feu avec la même crânerie que les anciens.

Haut de page

« Un Zeppelin sur Nancy », Le Temps, mardi 29 décembre 1914.

Notre correspondant de Nancy nous adresse les renseignements complémentaires suivants sur le bombardement aérien de samedi matin :
Un Zeppelin est passé samedi matin, entre cinq heures et quart et cinq heures ving-cinq minutes, au-dessus de Nancy. Il lança une douzaine de bombes sur notre ville, au-dessus de laquelle il navigua de l'ouest à l'est. Après quoi, il piqua sur Lunéville.
Ce bombardement a fait deux victimes : une domestique, Anna Goëb, d'une maison du quai Claude-le-Lorrain, mortellement blessée dans son lit, et un garçon du buffet de la gare, Louis Lantoine, domicilié cours Léopold. Atteint à la gorge par des éclats de vitre, le malheureux eut l'artère carotide tranchée et succomba bientôt ; sa femme, couchée près de lui, a été blessée légèrement.
D'autres bombes ont atteint plusieurs personnes dans divers quartiers, notamment des soldats logés dans une auberge de la Grand'Rue.
La maison habitée rue de la Source, 35 ; par le général de Lavilléon, a particulièrement souffert, ainsi que la basilique de Saint-Epvre dont les magnifiques vitraux ont été réduits en miettes. Une dizaine de magasins et de nombreux logements ont été plus ou moins sérieusement détériorés. Les arbres du cours Léopold ont eu leurs branches cassées par l'explosion de deux bombes tombées tout près du monument de pierre du président Carnot.
En s'éloignant de Nancy, les aéronautes du Zepellin ont laissé un « souvenir » ; c'est une enveloppe lestée d'une balle française et contenant deux photographies d'officiers boches faites l'une à Heidelberg et l'autre à Mulhouse, qui portaient ces spirituelles dédicaces : « Bon Noël, aimable envoi du Kaiser Guillaume II » et « Souvenir d'aviateurs allemand de la part du Kaiser ».
Ajoutons que dans la matinée de vendredi un Taube avait jeté sur Nancy deux bombes qui ne cuasèrent que des dégâts matériels sans importance.

Haut de page

« Le clergé et la guerre », Le Figaro, lundi 28 décembre 1914.

Le Journal de Rouen publie une lettre de Mgr Fuzet, archevêque de Rouen, à ses prêtres et séminaristes soldats ; nous en détachons le passage suivant :
Ce n'est pas que les préoccupations diocésaines nous manquent, nous ne l'ignorez pas. Bon nombre de vos confrères vont être mobilisés à leur tour. Nul ne le regrette, assurément. Mais comment empêcher que ce qui fait l'espoir de nos armées ne soit la désolations de nos paroissiens. Plus du quart de mon clergé militarisé ! Il s'agit de vaincre : tout donc pour atteindre au plus tôt ce but. Je fais des vœux, Messieurs, pour que les prêtres qui vont partir vous rencontrent ; vous leur communiquerez vos habitudes d'endurance.
Ceux qui demeurent assumeront double et triple charge ; Dieu, je l'espère, accroîtra proportionnellement leurs forces. Laïques de bonne volonté, dames catéchistes, dames de charité aideront, s'il est besoin. Le diocèse de Rouen conservera ainsi, j'en suis sûr, au milieu de l'épreuve générale, sa belle vitalité et sa régulière ordonnance.
Que tous mes prêtres bien-aimés sachent du moins la part que je prends aux peines qu'ils s'imposent et s'imposeront avec tant de dévouement.
À tous, mais à vous en particulier. Chers prêtres et séminaristes soldats, j'adresse la recommandation célèbre de saint Paul, si pleine de sens divers dans la circonstance présente : labora sicut bonus miles Christi, travaillez comme de bons soldats de Jésus-Christ.

Haut de page

« Les visites de Mme Poincaré aux enfants des écoles », Le Temps, dimanche 27 décembre 1914.

Continuant ses visites charitables aux enfants des familles parisiennes les plus nécessiteuses, Mme Poincaré s'est rendue hier matin à la mairie du premier arrondissement, où, dans la salle des fêtes, l'attendaient une centaine d'enfatns de mobilisés.
Elle a été reçue par MM. Joly et Chedeville, maires adjoints ; Le Menuet, Levée et Quentin, conseilliers municipaux ; Lefèvre. Après que M. Joly, maire adjoint, eut souhaité la bienvenue la remerciant de sa générosité, les enfants ont défilé devant Mme Poincaré qui a remis à chacun d'eux le paquet contenant un vêtement complet, des jouets et des friandises.
Dans le quatrième arrondissement, la distribution n'a pu se faire à la mairie, qui reste occupée par les conseils de révision. Les petits protégés de Mme Poincaré avaient été groupés rue Brise-Miche, dans une école dont le préau avait été élégamment décoré.
Arrivé à onze heures, Mme Poincaré a été saluée par M. Callé, maire du quatrième ; Galli, député, et Le Corbellier, conseiller municipal.
Mme Poincaré a embrassé une petite fille qui, fort émue, lui avait lu un compliment, et elle a ensuite procédé à la distribution qui apporte un peu de bien-être et de joie aux enfants et à leurs familles.

Haut de page

« La messe dans la tranchée », Le Matin, samedi 26 décembre 1914.

Français et Allemands ne peuvent plus s'approcher en terrain découvert. Le moindre « poilu » qui se montre déchaîne un tel ouragan de fonte que la terre en tremble à plusieurs lieues à la ronde. Pour cheminer, pour avancer, on se creuse donc des tranchées dont le réseau forme une véritable ville autour des ruines du village.
Nos tranchées touchent presque celles des Boches. Si on ne se voit plus, on s'entend.
L'autre dimanche, de notre tranchée la plus avancée nos sentinelles remarquèrent un mouvement insolite sur un point de la tranchée allemande. Une rumeur s'élevait de la ligne ennemie. On prêta l'oreille.
L'office ! C'était l'office du dimanche qu'un chapelain célébrait à l'abri du haut remblai.
Une idée diabolique germa dans le cerveau d'un homme. Il rampa jusqu'au fil téléphonique qui relie les avant-postes aux batteries de 75, et il appela :
Allo !… Allo…, c'est toi, l'artilleur ?… Bon… Dis donc, les Boches disent leurs prières dans la tranchée…, là…, oui…, devant nous… Vous ne pourriez pas leur sonner la messe ?…
Un silence, un silence terrible… Et puis, brusquement, déchirant l'air, le grand cri tragique de nos chers petits canons. Devant la tranchée française, du sol labouré une lourde motte de terre a jailli. Une flamme, de la fumée, des appels d'angoisse…
On lève un peu la tête : en face, un grand trou noir coupe la ligne de la tranchée allemande.
On leur avait sonné la messe !

Haut de page

« La nuit de Noël », L'Action française, vendredi 25 décembre 1914.

Le traditionnel et bruyant réveillon de la nuit du 24 au 25 décembre n'a pas eu lieu hier. Sauf de rares exceptions, assez mal accueillies d'ailleurs par les promeneurs, les Parisiens avaient compris que la nuit de Noël devait être, cette année, calme, digne et silencieuse. Elle l'a été. Dans toutes les paroisses de Paris, la messe de minuit a été célébrée comme d'habitude et dans toutes les églises, la foule a été considérable, pieusement émue et recueillie : partout on a remarqué dans l'assistance et notamment parmi les communiants qui ont été nombreux, quantité de militaires de tous grades. Comme toujours, la foule des fidèles s'était portée vers certaines églises, Sainte-Clotilde, Notre-Dame des Victoires, Saint-Germain des Près, Saint-Eustache, où la maîtrise s'est fait entendre dans plusieurs chants, le Gloria in excelsis, l'Adeste fideles, etc.

Haut de page

« Le choléra et l'armée turque », Le Temps, jeudi 24 décembre 1914.

Sofia, 19 décembre.

Selon des informations privées, mais de source sûre, reçues ici de Constantinople, une violente épidémie de choléra sévirait parmi les troupes turques actuellement campées à Boulaïr et à Gallipolli.
En dépit des efforts faits pour enrayer le fléau, celui-ci, qui trouve un terrain d'autant plus favorable que les soldats sont mal vêtus, à peine nourris et logés dans les plus déplorables conditions, ferait chaque jour un plus grand nombre de victimes.
Selon ces mêmes informations, plus de trois cents soldats seraient morts du choléra à Boulaïr et à Gallipolli, dans la première semaine de décembre.

Haut de page

« La guerre en Orient », Le Figaro, mercredi 23 décembre 1914.

Défaite turque en Arménie.

Petrograd, 21 décembre.

Le 20 décembre, dans la direction de Van, des combats ont eu lieu, qui ont abouti à la défaite des Turcs ; ceux-ci ont eu un grand nombre de tués et de blessés.
En poursuivant l'ennemi, nous nous sommes emparés d'une pièce de montagne avec 500 projectiles.
Dans la direction de Sarykamisch, quelques engagements sans importance se sont produits. (Communiqué officiel.)

« Un navire norvégien coulé », Le Figaro, 23 décembre 1914.

Londres, 22 décembre.

Une dépêche reçue par la Lloyd annonce qu'un vapeur norvégien s'est échoué après avoir touché une mine dans la mer du nord.

Haut de page

« Un raid aérien », Le Figaro, 23 décembre 1914.

Dunkerque, 21 décembre.

On annonce ici que nos aviateurs ont survolé Bruxelles et ont jeté des bombes sur un hanger de zeppelins qui a été incendié.
Les aviateurs seraient partis de nuit et auraient longé la côte à une faible altitude au-dessus des positions allemandes.
Les bombes auraient fait des dégâts considérables.
Les aéroplanes sont rentrés sans dommage à Dunkerque. (Daily Mail.)

Haut de page

« La vente du petit Drapeau belge », L'Humanité, mardi 22 décembre 1914.

Comme nous l'avons signalé, la vente du petit drapeau belge a obtenu avant-hier [dimanche 20 décembre], un vif succès à Paris et dans la banlieue. On estime que la recette réalisée dans cete seule journée a dépassé 200 000 francs.
Dans plusieurs départements, la pluie a contrarié la manifestation d'enthousiasme à laquelle tous auraient voulu participer. Mais il a été décidé que la vente serait, dans ce cas, reprise le jour de Noël et 85 000 petits drapeaux ont déjà été demandés à cet effet.
Les fonds recueillis sont centralisés à la Banque de France qui, très gracieusement, a ouvert quelques-uns de ses bureaux à ce service.

NOTA-BENE : l'argent recueilli était destiné au soulagement des réfugiés belges.

Haut de page

R. d'A., « L'Entente scandinave. Les résultats de l'entrevue de Malmœ », Le Gaulois, lundi 21 décembre 1914.

L'entrevue des trois souverains des États scandinaves qui vient d'avoir lieu à Malmœ et à laquelle assistaient les ministres des affaires étrangères des trois États a eu des résultats du plus haut intérêt au point de vue de l'attitude ultérieure du Danemark, de la Suède et de la Norvège dans le conflit européen.
Ainsi qu'on le verra d'après le communiqué que nous publions plus loin, les trois monarques qui avaient proclamé leur neutralité dès le début des hostilités ont jugé opportun de se mettre d'accord sur l'observation de cette neutralité et d'unir leurs efforts pour la faire mieux respecter. Cette mesure s'imposait en présence des agissements de l'Allemagne, qui, on le sait, ne tient aucun compte des stipulations de La Haye et qui dernièrement a causé d'irréparables catastrophes à la marine de commerce suédoise en semant des mines autour des côtes du royaume de Suède.
Rien ne dit, enfin, qu'elle ne violera pas, si elle estime que ses intérêts stratégiques l'exigent, la neutralités de ces petits États.
Aussi bien nous croyons savoir que ceux-ci se sont engagés solidairement à se défendre contre une attaque dirigée contre l'un quelconque d'entre-eux.

Haut de page

D. R., « Le village flottant du quai de la Gare », Le Temps, dimanche 20 décembre 1914.

L'œuvre de « Villages flottants » dont nous avons déjà parlé, et qui s'est réalisée à la suite d'une réunion tenue à la mairie du 1er arrondissement, vient d'aménager le premier « village » destiné aux réfugiés. Ce village sera inauguré demain. Il est composé de cinq chalands, amarrés au quai de la Gare, et pourra abriter trois cent personnes. La répartition des locaux est ainsi faite : deux chalands sont destinés au logement des familles ; deux contiennent les dortoirs (un pour les hommes, l'autre pour les femmes), et enfin le cinquième chaland servira de réfectoire, de cuisine et de salle de lecture.
Par les soins du comité et de M. Hector Lièvre, qui a établi les devis, l'aménagement intérieur présente le coup d'œil le plus souriant, et tout le confort possible s'y trouve réuni. L'air, la lumière et la chaleur – trois conditions de bonne hygiène – n'y manquent point. Les lavabos sont très bien installés, et les chalands, ainsi transformés, seront infiniment plus « habitables » que telles sordides masures des quartiers excentriques.

Haut de page

« La Grande-Bretagne a déclaré son protectorat sur l'Égypte », Le Matin, samedi 19 décembre 1914.

Londres, 17 décembre. – Officiel. – Le secrétaire principal de Sa Majesté britannique pour les affaires étrangères fait savoir qu'étant donné l'état de guerre résultant des actes de la Turquie, l'Égypte est placée sous la protection de Sa Majesté et constituera un protectorat britannique.
La suzeraineté de la Turquie sur l'Égypte prend ainsi fin et le gouvernement de Sa Majesté adoptera toutes les mesures nécessaires pour la défense de l'Égypte, ainsi que pour la protection de ses habitants et de leurs intérêts.
Il a plu au gouvernement de Sa Majesté d'approuver la nomination du lieutenant-colonel sir Arthur Henry Mac-Mahon, comme haut commissaire pour l'Égypte. (Havas.)

Haut de page

« Échos », L'Action française, vendredi 18 décembre 1914.

En se rendant chaque jour, malgré la température rigoureuse, à l'ambulance installée par ses soins au château de Randan, Madame la Comtesse de Paris a contracté l'affection qui a dégénré en broncho-pneumonie. La Princesse est aujourd'hui entièrement hors de danger. Le professeur Chassaigne, de Paris, qui se trouve actuellement à Vichy, est très satisfait de la marche que suit l'amélioration progressive depuis plusieurs jours. La Reine Amélie de Portugal, les Infants don Carlos, la princesse Louise et Madame la Duchesse d'Aoste sont auprès de leur Auguste Mère.

Haut de page

BARRÈS (Maurice), « Le réchaud du soldat », L'Écho de Paris, jeudi 17 décembre 1914.

La gaieté règne dans les tranchées ! Vous le savez par les journaux et par les lettres de vos enfants, maris et frères. Il ne faut rien exagérer cependant ; il ne faut pas les croire sur parole, les braves gens ; il ne faut s'imaginer qu'ils sont là, par ces longues nuits pluvieuses, comme dans un restaurant de fête. Sans doute, les hommes s'ingénient par des plaisanteries à charmer l'ennui. Et je sait telle région où, dans le labyrinthe de huit kilomètres que depuis un mois ils ont creusé, des chemins bien entretenus se nomment pompeusement l'avenue des Champs-Élysées, la rue Monsieur-le-Prince. Je sais tel « cagibi » d'officier qui possède un fauteuil de velours cramoisi, une table avec un bouquet de roses de Noël et des assiettes de vieux Strasbourg. Qu'est-ce que cela prouve ? Le courage moral, la tenue d'âme de notre armée. Les soldats, dans un village abandonné et bombardé, parmi les ruines, ont découvert un mobilier que les propriétaires retrouveront plus tard dans les tranchées. En réalité, on sauve la situation à force de vaillance et de bonne humeur. Camarades, vous êtes bien capables de vous tromper vous-mêmes, les uns les autres, mais vous n'arriverez pas à nous empêcher de vous plaindre et de vous admirer.

Haut de page

D. R., « La mainmise sur les établissements étrangers », Le Temps, mercredi 16 décembre 1914.

Salonique, le 14 décembre.

On mande de Constantinople que le gouvernement a ordonné la mainmise sur les établissements scolaires religieux et laïques appartenant aux sujets français, anglais et russes. Les élèves seront congégiés et les professeurs expulsés. Ces établissements seront transformés en écoles turques.
Les hôpitaux ont égalemetn été saisis et les médecins turcs en ont pris la direction. TOutefois, à l'hôpital français, les sœurs ont été autorisées à continuer à assurer leur service, et le conseil d'administration, essentiellement français, garde le droit d'administrer. Le médecin turc désigné pour administrer l'hôpital français a simplement le titre de contrôleur général.

Haut de page

D. R., « L'expulsion des Grecs d'Asie mineure », Le Temps, mercredi 16 décembre 1914.

Les persécutions dont les Grecs sujets ottomans viennent d'être et sont encore les victimes en Asie mineure et qui ont tout récemment provoqué une protestation du gouvernement hellénique, ne sont pas des faits isolés, ni nouveaux ; ils sont le fruit d'une politique et la suite d'un grand mouvement qui, dès le mois de juin dernier, ont porté la dévastation sur une région s'étendant de l'est de la mer de Marmara au sud de Smyrne, et qui ont atteint plus de 120 000 personnes. Ces événements, qui ont précédé de quelques semaines à peine la guerre européenne, sont peu connus ; les circonstances n'ont pas permis, à lépoque, que ces crimes, perpétrés par la jeune-Turquie, parussent au grand jour.
Un archéologue français, M. Félix Sartiaux, chargé de mission en Asie mineure par le gouvernement, donne dans (…) la Revue des deux mondes (…) une relation des événements dont il a été le témoin.

Haut de page

D. R., « " Les antipatriotes de Chambéry " », L'Humanité, mardi 15 décembre 1914.

Notre ami Chalopin, secrétaire du Syndicat des instituteurs de la Seine et de la Fédération nationale, a été tué à l'ennemi le 30 ocotbre, à Monchy (Pas-de-Calais).
Il y a quelques jours nous apprenions la mort de Berry, le trésorier du même syndicat et qui était comme Chalopin, un syndicaliste ardent et un socialiste passionné. (…)
Les instituteurs, nous l'avons dit et prouvé par de longues listes funèbres, donnent à la nation républicaine, dont ils sont les éducateurs, l'exemple du sacrifice et, dans l'action pour la défense nationale, comme hier dans les revendications corporatives, les syndicalistes sont au premier rang.
Pauvre Chalopin ! Celui qui écrit ces lignes apprit à le connaître au lendemain même de ce Congrès de Chambéry* dont tous les votes, tous les actes furent déformés par le plus cynique effort de calomnie qu'on puisse imaginer.
Les radicaux, trompés, égarés, emboitèrent le pas aux cléricaux pour marcher contre ces insituteurs qui n'avaient commis d'autre crime que de proclamer solennellement leur solidarité avec la classe ouvrière. Ce fut un déchainement d'une violence inouïe. Les meilleurs parmi les hommes politiques des partis bourgeois plaidaient avec M. Ferdinand Buisson les circonstances atténuantes. Sous la menace, les sections syndicales se dissolvaient, la Fédération, privée de son secrétaire n'existait plus.
C'est alors que Chalopin, secrétaire du syndicat de la Seine, avec le même tranquille courage qui le fit s'exposer à la mort pour la France et pour la République, prit pour lui toutes les responsabilités, tous les périls, et, aidé par la campagne ardente de l'Humanité et de la Bataille Syndicaliste, reconstitua et sauva l'organisation syndicale des instituteurs.
Ah ! comme il fut outragé et sali à cette époque par la presse réactionnaire et cléricale, par les marchands du patriotisme frelaté, le brave garçon qui vient de donner son sang pour la patrie !
Nous lui devions de rappeler sa belle conduite, nous qui l'avons apprécié dans ces jours de combat. Nous le devions aussi à ses camarades, les instituteurs syndicalistes de France, qui garderont son souvenir.

NOTA-BENE : suite à la décision de soutenir le « sou du soldat », un dispositif de propagande antimilitariste de la CGT, une circulaire du 23 août 1912 du ministre de l'Instruction publique prescrivit la dissolution des syndicats des instituteurs appartenant à la fédération des syndicats.

Haut de page

« Le président de la République à Reims », Le Temps, lundi 14 décembre 1914.

Le président de la République a quitté Paris avant-hier pour Châlons-sur-Marne, et de là il s'est rendu hier matin en automobile, dans la ville de Reims. Il était accompagné du général Duparge et du préfet de la Marne.
Il s'est arrêté à l'hôtel de ville et s'y est longuement entretenu avec le maire de Reims, le docteur Langlet, et avec les membres du conseil municipal. Il les a félicité du courage et du dévouement dont ils ne cessent de faire preuve dans l'administration d'une cité qui est tous les jours bombardée. Il leur a dit qu'il avait gardé un souvenir reconnaissant du chaleureux accueil que lui ont fait l'an dernier, en ces jours de fête, les habitants de la cité rémoise et qu'il a tenu à leur apporter, en des jours d'épreuve, le témoignage de sa sympathie.
Le maire a vivement remercié le président de sa démarche, dont la partie de la population qui n'a pas évacué la ville a été vivement touchée.
M. Poincaré a remis au maire, pour les pauvres de Reims, une somme de 5 000 francs. Le président est ensuite allé, avec le docteur Langlet, examiner en détail les ravages causés à la cathédrale par le tir systématique des batteries allemandes, et il a été profondément ému à la vue de ce qui reste de la vieille basilique.
Après être retourné à l'hôtel de ville et avoir pris congé du maire, le président est rentré directement à Paris.

Haut de page

« Jusqu'où peut aller la haine des curés », La Croix, dimance 13 décembre 1914.

Un conseiller municipal de Lherm (Haute-Garonne) avait tenu des propos diffamatoires contre le curé de la paroisse et les prêtres appelés sous les drapeaux. Mis en demeure par le maire et le curé de retirer ses paroles, il avait refusé. Alors les prêtres du diocèse mobilisés (108 en ce moment) poursuivirent le diffamateur devant le juge de paix de Catus. Le jugement est clair, précis, complet. Nous allons en citer les passages les plus importants :

… Attendu que les demandeurs se plaignent que le sieur Taurant s'est permis, le 13 août 1914, dans la mairie de Lherm, devant plusieurs personnes, et notamment devant le maire et les conseillers municipaux, de tenir les propos suivants : « Les curés ne vont sur le champ de bataille que pour se procurer de l'argent en dépouillant les morts et les blessés. » Qu'invité par le maire à retirer ces propos odieux, le sieur Taurant a déclaré les maintenir. Que Taurant invité quelque temps après par le curé de Lherm à rétracter une pareille diffamation s'y refuse… Attendu que de telles allégations sont, non seulement injustes, mais encore des plus graves dans les circonstances douloureuses que nous traversons, alors surtout que tous les Français sans exception font vaillamment leur devoir pour repousser l'envahisseur… Que c'est fort mal apprécier et encourager l'effort commun que fait peser sur une catégorie quelconque de citoyens le plus abominable des soupçons… Attendu que l'intention de nuire est bien caractérisée par le refus de Taurant de rétracter lesdits propos… qu'il y a lieu toutefois pour la fixation des dommages-intérêts à allouer de tenir compte d'abord des excuses exprimées par Taurant à l'audience, ensuite des frais élevés résultant du grand nombre des demandeurs et enfin de la modeste situation de fortune du défendeur…, condamnons le sieur Taurant à payer à chacun des demandeurs la somme de 1 franc à titre de dommage-intérêts.

Comment qualifier de telles aberrations, qui sont, hélas ! des faits notoires et trop fréquents ! Et voilà à quel degré de folie a conduit l'anticléricalisme !

Haut de page

« La neutralitié hollandaise », Le Figaro, samedi 12 décembre 1914.

La Haye, 10 décembre.

Parlant à la seconde chambre, M. Treub, ministre du commerce, a déclaré :
« Il arrive rarement qu'aux séances bi-hebdomadaires du cabinet, nous n'ayons pas à discuter la situation internationale. Cette situation peut, à tout moment, devenir aiguë. Le gouvernement ne craint certes pas d'être entraîné dans la guerre, mais cependant tout danger n'est pas encore passé.
En août, il s'est produit une panique qui, peut-être, était dangereuse, mais la grande indifférence actuelle pourrait aussi être une cause de danger.
Il est aussi nécessaire maintenant qu'au début de la crise que nous soyons prêts, aussi bien au point de vue militaire qu'au point de vue économique. »

Haut de page

« La bataille des Falkland », Le Gaulois, vendredi 11 décembre 1914.

Les cinq bâtiments de l'escadre de l'amiral von Spee formaient, avec le fameux Emden, la station allemande de l'Est asiatique et avaient quitté Tsingtao au moment de l'investissement du port par les forces anglo-japonaises. On sait qu'en quittant cette station, le Scharnhorst et le Gneisenau s'étaient rendus devant Tahiti, où ils avaient bombardé le port et coulé la petite canonière française Zélée, qui était désarmée. Leur trace avait été perdue pendant quelques temps, et par de fausses dépêches ils cherchaient à dissimuler leur route. Le 1er décembre, ils réapparaissaient et, dans une rencontre de la division anglaise de l'amiral Cradock, ils coulaient les deux croiseurs anglais Good Hope et Monmouth ; puis ils se rendaient sur la côte du Chili, à Valparaiso ; stationnaient ensuite aux îles Juan-Fernandez, et enfin se dirigeaient sur le cap Horn, d'où ils passaient dans l'Atlantique.
Le Gneisenau et le Scharnhorst dataient de 1906 ; ils avaient un tonnage de 11 420 tonnes et une très forte artillerie comprenant 34 pièces; leur équipage comprenait 765 hommes.
Le Leipzig appartenait à la classe des croiseurs protégés et avait un équipage de 286 hommes. C'est donc un total d'environ 1 800 hommes perdus.
On n'a aucun renseignement sur la composition de la flotte navale anglaise placée sous le commandement de l'amiral Sturdee. Il n'est pas risqué de croire qu'elle est composée de navires individuellement supérieurs en puissance d'artillerie et en protection aux deux croiseurs allemands Scharnhorst et Gneisenau, et qu'ils étaient aussi plus rapides que leurs adversaires, au moins aussi nombreux.

La victoire des îles Falkland est d'une grande importance, car elle permet de sauvegarder le commerce des alliés. Par le succès qu'il a obtenu en coulant trois des croiseurs allemands qui jouèrent un rôle actif dans la récente action malheureuse au large de la côte chilienne, le contre-amiral Sturdee a vengé d'une façon éclatante la marine anglaise de l'échec qu'elle avait subi. La marine anglaise désirait depuis longtemps, venger la mort des 1 500 hommes qui périrent à bord du Monmouth et du Good Hope. Le résultat de la bataille est un témoignage éclatant de l'efficacité du tir des navires anglais, car le Scharnhorst tenait le record du tir dans la marine allemande.
Les seuls navires de guerre allemands qui se trouvent actuellement en dehors des eaux de la mer du Nord sont les croiseurs Karlsruhe, Dresden, Nürnberg et Bremen, ainsi que les paquebots armés en croiseurs Prinz-Eitel-Friedrich et Kronprinz-Wilhelm, qui ne pourront pas rester longtemps en liberté.

À la suite de la victoire remportée par l'escadre britannique aux îles Falkland, le ministre de la marine française a adressé à sir Winston Churchill le télégramme suivant :
« J'adresse à Votre Excellence les félicitations enthousiastes de la marine française pour l'éclatante victoire et la bravoure de la flotte britannique ».

Haut de page

« Situation militaire », Le Temps, jeudi 10 décembre 1914.

L'occupation de Lodz par les Allemands nous semble confirmée par le télégramme de Pétrograd, où la défense de cette ville est présentée comme ayant de grands inconvénients au point de vue militaire. Quel sera le lendemain de cette occupation ? Les Allemands disposent-ils dans cette zone de forces assez nombreuses pour être en état, malgré leurs pertes, de rompre complétement le centre russe ? Ils paraissent avoir sur leur front est beaucoup plus de corps d'armée qu'on ne nous l'avait dit ; nous en trouvons en Prusse orientale, en Pologne russe, où le développement qu'ont pris leurs opérations exige qu'ils soient particulièrement nombreux entre Tschenstokhovo et Cracovie ; nous en trouvons même, d'après le communiqué de l'état-major général russe du 7 décembre, au sud de Cracovie où ils esquisseraient un mouvement enveloppant contre l'armée du général Radko Dimitrief ; qui poursuit l'investissement de cette place. Avec les 270 000 hommes dont il dispose, ce général doit être en situation de répondre à cet enveloppement. Nous n'avons guère le moyen de faire le dénombrement de tous ces corps d'armée ; nous nous demandons seulement où ils les ont pris. Depuis plusieurs jours on parlait de transports de corps d'armée allemand de l'ouest vers l'est ; c'était peut-être vrai. Alors le moment ne serait-il pas venu de vérifier ce qu'il reste d'ennemis dans les tranchées et en arrière des tranchées qui sont devant les nôtres ? La supériorité de notre offensive et les avantages très marqués que nos batteries de 75 et d'artillerie lourde ont pris dans presque toutes les circonstances sur celles de l'ennemi nous en donnent certainement la possibilité sans nous exposer à sacrifier trop de soldats.

Haut de page

« Académie de médecine », Le Figaro, mercredi 9 décembre 1914.

Le docteur Hartmann présente une note sur les plaies de guerre.
Un premier fait l'a frappé : la porportion considérable des plaies produites par les projectiles d'artillerie. Sur 311 blessés observés, il a constaté que 169 avaient été atteints par des éclats d'obus et de shrapnells, et 99 seulement par des balles de fusil : la cause des autres blessures était douteuse.
Un deuxième point mérite d'être relevé : la fréquence des fractures. On a constaté 112 fractures importantes, sans compter les fractures du pied, de la main et les lésions limitées à des extrémités osseuses entrant dans la composition du genou.
La mortalité a été assez élevée : 28 morts sur 311 cas, soit 9 %, ce qui tient à ce que la plupart des blessés observés étaient de ceux qu'on arrêtaient au moment du passage des trains à Paris, leur état paraissant trop grave pour permettre la continuation du voyage vers des formations sanitaire provinciales plus éloignées.
Deux causes de mort sont à noter : le tétanos et la gangrène gazeuse.
Pour le tétanos, le traitement par l'injection préventive de sérum suffit, mais il faut la faire à temps.
Pour la gangrène gazeuse, un traitement approprié peut, dans nombre de cas, prévenir son développement et dans d'autre enrayer sa marche. Lorsque la gangrène gazeuse est confirmée, il faut désinfecter le foyer initial et recourir à l'amputation lorsque le membre est pris dans toute son épaisseur.
Comme pansement des plaies de guerre, le docteur Hartmann n'a guère eu recours à la teinture d'iode, qui ne lui a paru convenir qu'aux rares cas de plaies par balle non infectées ; pour la presque totalité des plaies qui dès la vingt-quatrième heure arrivaient infectées, il a traité par l'eau oxygénée et la solution phéniquée forte, utilisant, les jours suivants, lorsque la plaie était très infectée, les grands bains locaux ou les pulvérisations antiseptiques.
En terminant, le docteur Hartmann insiste sur l'avantage qu'il y a à pratiquer, au moment de leur arrivée, l'examen radioscopique de tous les blessés.

« Exploit d'un aviateur français », Le Figaro, 9 décembre 1914.

Amsterdam, 8 décembre.

On mande de Turnhout au Telegraaf qu'un aviateur français tenta dimanche un dernier raid au-dessus des réservoirs à pétrole situés dans le Hainaut et que gardent de forts détachements allemands.
Une fusillade terrible fut ouverte contre l'avion, qui dut prendre de la hauteur.
Peu après, un biplan allemand s'élevait et commençait la poursuite de l'aviateur français.
Celui-ci réussit à s'échapper, non sans avoir jeté sur un train d'approvisionnement une bombe qui détruisit trois wagons.

« L'attitude de la Roumanie », Le Figaro, 9 décembre 1914.

Déclaration de M. Take Jonesco.

M. Take Jonesco, l'homme politique et patriote roumain, qui joua un rôle si important dans les négociations qui mirent fin aux deux guerres des Balkans et qui, ne faisant pas en ce moment parti du gouvernement, pouruit son énergique campagne en faveur d'une intervention roumaine.
D'une importante conversation qu'il a eue avec un correspondant du Temps, nous extrayons les passages suivants :
« Il n' a pas un d'entre-nous qui, dès sa plus tendre enfance, n'ait pensé qu'à une chose : la réunion de tous les Roumains dans un seul État. (…)
Nous nous devons à nous-mêmes d'aider cette victoire [de l'Entente] de toutes nos forces. Déjà notre neutralité a sérieusement servi à la Triple-Entente: je suis certain que sans elle, la Turquie, au liée par traité, se serait jetée dans la mêlée dès le commencement et que la péninsule balkanique aurait été en feu.
Mais la neutralité ne suffit plus. Il faut agir, je suis sûr qu'on agira. »

NOTA-BENE : la Roumanie, à l'image d'autres pays européens comme l'Italie, entre tardivement dans la Première Guerre mondiale. Le roi Carol Ier (1839-1914) monte sur le trône de Roumanie, une monarchie parlementaire, le 26 mars 1881. Ce roi issu de la dynastie allemande des Hohenzollern-Sigmaringen se met sous la protection de l'Allemagne par un accord secret qui n'est révélé qu'en août 1914 au moment de l'entrée en Guerre. Cependant, le conseil de la couronne refuse de s’engager aux côtés des puissances centrales et opte pour la neutralité. À la mort de Carol Ier, le 10 octobre 1914, c'est son neveu Ferdinand Ier qui monte sur le trône. Bien que faisant partie de la même dynastie germanique que son oncle, il est davantage imprégné de culture roumaine et tend à rejoindre les causes de l’Entente.
Le Conseil de la couronne ordonnera la mobilisation générale et déclarera la guerre à l’Autriche-Hongrie et à l’Allemagne le 27 août 1916.

Haut de page

« Comment sont soignés nos blessés », Le Temps, mardi 8 décembre 1914.

(De notre envoyé spécial sur le front)

Nous sommes dans un hôpital sur la zone des armées, au milieu des blessés et de ceux qui les soigent – ils les soignent admirablement, ils font des miracles de chirurgie et de médecine, – je demande qu'on m'explique le mécanisme du service de santé, la marche que suit un blessé, de l'endroit où il est tombé, jusqu'au lit d'hôpital où, bien tranquillement, il attendra sa guérison.
Le blessé est ramassé sur le champ de bataille par les infirmiers et les brancardiers, parfois sous le feu, parfois de nuit, quand le champ de bataille est trop inabordable pour ceux-ci. Sur place, avec le pansement individuel qu'il porte dans son sac, l'homme est iodé, bandé, puis amené au poste de secours établi sur la première ligne, dans la tranchée tout près du feu. Il reçoit les premiers soins que nécessite son état, puis, s'il est transportable, on le dirige sur l'ambulance, en automobile, en carriole, comme on peut, à l'arrière. Il se fait là un premier tri parmi les blessés. Ceux qui ne peuvent pas être transportés, on les opère, on les soigne sur place, du mieux que l'on peut ainsi. Les autres, blessés légers, grands blessés, malades, sont envoyés aussitôt de là dans des voitures d'ambulance automobiles sur les gares dites d'évacuation; chaque armée en possède trois ou quatre, situées en général à l'arrière, dans le voisinage d'un quartier général. J'en ai vu plusieurs, installées en un jour, avec rien, et où pourtant grâce à l'ingéniosité, à l'adresse des uns et des autres, on est parvenu à organiser un service utile, immédiatement efficace. Ainsi à V…, dans un hall de gare transformé en salle de garde, on a installé l'ambulance proprement dite dans un wagon, chauffé par un poële, éclairé électriquement, et où on trouve une petite chambre d'opérations, avec les instruments nécessaires. Là se fait un second triage des blessés que l'on répartit aussitôt en quatre lots : les blessés légers, que l'on évacue tout de suite au dépôt du lieu, où ils se rétablissent en attendant de retourner au feu; les blessés intransportables, à opérer tout de suite, que l'on envoie à l'hôpital militaire de la ville; les blessés graves que l'on peut évacuer, et enfin les contagieux (typhiques, dysentriques, etc.), que l'on commence par isoler. Le soir du jour où ils sont arrivés, blessés et malades transportables sont mis dans des trains sanitaires (actuellement tous les nouveaux trains sanitaires que l'on forme comportent une série de places couchées et une séries de places assises pour les blessés légers, ce qui fait gagner de la place car un wagon ne peut contenir que douze lits), et ces trains sanitaires emportent tous ces pauvres gens vers les gares régulatrices. C'est là que s'opère un dernier triage, d'où résultera la ventilation des blessés, suivant leur degré de blessure ou de maladie, entre les hôpitaux disponibles; – le principe est d'envoyer les moins blessés le plus loin possible pour éviter l'engorgement des hôpitaux les plus voisins de la ligne de feu. L'hôpital de Nancy est de ceux-ci. On y soigne des hommes qui ont été atteints à la tête ou au ventre, par exemple, et pour qui un transbordement eût été fatal; des typhiques, des fiévreux dont l'état nécessitait des soins immédiats. Dès qu'il sont mieux et susceptibles d'être transportés, on les évacue sur leur dépôts, ou bien, s'ils sont guéris, on les renvoie au front, ou bien on les met en congé de convalescence. Je n'ai point trouvé d'incurie dans ces gares, dans ces hôpitaux. Les médecins qui donnent leurs soins à nos blessés souffrent à la pensée qu'on peut critiquer leur service, blâmer leur organisation. Blessés français et allemands sont tous d'accord et n'ont qu'une voix pour proclamer leur gratitude envers les hommes dévoués qui, par des soins de tous les instants, clament leurs souffrances et les arrachent à la mort. Le mal ne vient donc point d'eux; c'est dans la lenteur des transports qu'il est tout entier. C'est sur ce point qu'ils sont les premiers à appeler l'attention des pouvoirs publics et de l'administration.

Haut de page

« Les allocations », Le Journal des débats, lundi 7 décembre 1914.

Une loi du 5 août dernier a, comme on sait, accordé une allocation journalière de 1 fr. 25, avec majoration de 50 centimes oar ebfabt âgé de moins de seize ans, aux familles des militaire appelés sous les drapeaux quand ces militaires remplissaient les devoirs de soutien indispensable de famille. La même allocation était déjà due en vertue de la loi du 7 août 1913, mais uniquement aux familles des jeunes gens appelés en exécution de cette loi, et seulement en temps de paix. La loi du 5 août a généralisé la mesure en l'étendant pour la durée de la guerre aux familles de tous les hommes qui sont présents à l'armée et qui ont le caractère de soutiens de famille. Mais comme elle se compose d'un seul article, et comme elle a donné lieu à une foule de difficultés d'application, il a fallu un grand nombre de décrets, d'arrêtés, de règlements et de circulaire pour en préciser la portée. Avant même le vote de la loi, une longue circulaire aux préfets, datée du 4 août, leur a donné des instructions sur la mise en vigueur d'un décret du 2 août qui avait établi provisoirement des dispositions analogues. Une autre circulaire du 23 août a complété et remplacé celle du 4 août. Une autre encore du 13 octore, est venue trancher diverses questions qui étaient posées dans la pratique. (…)
D'après la loi de 1913, les demandes étaient adressées au maire de la commune; le Conseil municipal émettait sur chacune d'elles un avis motivé; puis le dossier était transmis au préfet qui, après une enquête de la gendarmerie, formulait à son tour son avis. La décision était prise par un Conseil composé du juge de paix, président, du contrôleur des contributions directes et du receveur de l'enregistrement. Elle était motivée et rendue en séance publique; le demandeur et le préfet, chacun de son côté, pouvait interjeter appel devant le tribunal civil. Cette procédure offrait de sérieuses garanties; mais il faut en convenir, elle était assez compliquée, et devenait d'une application difficile alors qu'il était question d'étendre le bénéfice de l'allocation à toutes les familles nécessiteuses de mobilisés. Aussi a-t-elle été mise de côté après le vote de la loi du 5 août 1914. On l'a remplacé par une organisation toute différente dont voici les traits principaux. La demande est, comme précédemment, adressée au maire de la commune; mais celui-ci ne la soumet plus au Conseil municipal. Il la transmet, avec son propre avis, à une commision cantonale de trois membres; ces trois membres sont désignés par le préfet, qui n'est tenu de les prendre ni dans telle catégorie de personnes, ni en dehors de telle ou telle catégorie de personnes. Les décisions de la commission peuvent être attaquées, soit par le demandeur dont la requête a été repoussée, soit par le préfet en cas d'admission de la demande, devant une commission de cinq membres qui siège à la sous-préfecture et qui est, elle aussi, formée par le préfet à sa guise. (...)
C'est là, on le reconnaîtra, une façon de procéder qui témoigne de beaucoup de confiance dans l'impartialité des préfets, mais qui offre bien peu de garanties pour les familles des mobilisés. Confier aux fonctionnaires administratifs la mission de composer, selon leur caprice, des milliers de commissions qui auront le pouvoir d'accorder ou de refuser des subsides à des milliers de familles, c'est mettre entre leurs mains un formidable instrument d'arbitraire; c'est exposer beaucoup d'entre eux à la tentation de servir docilement les intérêts, les amiétis ou les rancunes du député local et des politiciens de chef-lieu d'arrondissement ou de canton qui forment la clientèle du député.

Haut de page

« La nomination de M. de Bülow à Rome », L'Écho de Paris, dimanche 6 décembre 1914.

(De notre correspondant particulier)

Rome, 5 décembre.

Le gouvernement allemand (…) a fait annoncer presque officiellement la nomination du prince de Bülow comme ambassadeur près le Quirinal. L'ancien chancelier occupe ici une très haute situation. Il possède des relations étendues dans le monde politique et parlementaire et on sait qu'il a épousé une Italienne , la princesse de Campo-reale, la fille d Laura Minghetti, veuve de l'homme d'État de ce nom. Le prince de Bülow est en outre un diplomate habile et un homme très séduisant. On se flatet à Berlin que l'ancien chancelier, grâce à ses rares qualités eprsonnelles et aux influences multiples dont il dispose ici, sera à même d'agir très efficacement sur le gouvernement italien.
C'est la dernière carte de l'Allemagne pour maintenir l'Italie dans la neutralité.

« Un démenti de lord Kitchener », L'Écho de Paris, 6 décembre 1914.

Lord Kitchener dément les assertions publiées par les journaux du matin d'après lesquelles il serait allé en France cette semaine.
Quant à l'interview de lui qui a été publiée, il a vu, en effet, quelques minutes, un journaliste américain, mais cette entrevue n'a rien eu de commun aveec une interview spéciale, et le langage qu'on attribue au ministre de la guerre est purement imaginaire.

« La rentrée du gouvernement et des chambres », L'Écho de Paris, 6 décembre 1914.

On mande de Bordeaux que les membres du gouvernement s'apprêtent à rentrer à Paris. Déjà M. Briand, garde des Sceaux, est parti aujourd'hui. MM. Ribot, ministre des finances; Malvy, ministre de l'intérieur; Doumergue, ministre des colonies, quitteront Bordeaux aujourd'hui. M. Thomson, ministre du commerce, partira lundi, ainsi que M. Sembat, ministre des travaux publics et M. Jules Guesde.

Haut de page

« Une interview de lord Kitchener », La Croix, samedi 5 décembre 1914.

Une interview a été accordée par lord Kitchener au représentant du Saturday Evening Post de Philadelphie. Le ministre de la Guerre anglais a déclaré que la guerre ne prendra fin que lorsque l'Allemagne sera complétement battue sur trre et sur mer. Il ne croit pas que la guerre se terminera avant six mois, mais plus probablement dans trois ans.
Les Allemands pensent toujours qu'ils ne gagneront point leur campagne dans l'Ouest. Leur insuccès deviendra de plus en plus complet. Quand l'armée d'invasion aura cessé d'envahir, cette armée aura perdu son principal objet.

« L'ambassadeur des États-Unis présente ses lettres de créance », Le Gaulois, 5 décembre 1914.

Le président de la République a reçu hier matin en audience solennelle [à Bordeaux] M. William G. Sharp, qui lui a remis ses lettres l'accréditant en qualité d'ambassadeur des État-Unis.

« La convocation des Chambres », Le Gaulois, 5 décembre 1914.

Le décret de convocation des Chambres en session extraordinaire, à la date du mardi 22 décembre prochain, sera promulgué demain au Journal officiel.
Les députés et sénateurs mobilisés – ils sont au nombre de deux cents environ – auront la possibilité de remplir les devoirs de leur mandat, aussi bien pour siéger comme membres de la représentation nationale que pour participer aux travaux des commissions parlementaires dont ils font partie.
L'autorité militaire va, en effet, sur les instructions du ministre de la guerre, délivrer un congé d'un mois, du 20 décembre au 20 janvier prochain, à tous les membres du Parlement qui sont sous les drapeaux. Cependant, les sénateurs ou députés mis ainsi en congé ne devront pas siéger en uniforme.
Les membres du gouvernement quitteront Bordeaux, à partir du début de la semaine prochaine, individuellement. Les uns raméneront à Paris leurs services, d'autres les laisseront quelque temps encore à Bordeaux. Le président de la république rentrera à Paris vers le 10 décembre, mais vraisemblablement il retournera à Bordeaux aussitôt après la clôture de la session. Sa réinstallation définitive à l'Élysée n'aura lieu qu'en janvier, au moment où s'ouvrira la session ordinaire de 1915, si toutefois la situation militaire le lui permet.

Haut de page

« Le prix Nobel de la paix pour les réfugiés belges », Le Matin, vendredi 4 décembre 1914.

Copenhague, 30 novembre.

Toute la presse scandinave fait le meilleur accueil à la porposition norvégienne de distribuer le montant du prix Nobel de la paix aux réfugiés bleges.
Les journaux déclarent, en effet, qu'il ne pourrait être fait un meilleur usage de cette somme et que sa distribution aux réfugiés belges entreraot certainement dans les vues du fondateur du prix. (Daily Telegraph.)

« Conseil des ministres. La convocation du Parlement. La rentrée du gouvernement à Paris », Le Matin, 4 décembre 1914.

Bordeaux, 3 décembre.

Les ministres se sont réunis ce matin en conseil sous la présidence de M. Poincaré.
Ils se sont entretenus de la rentrée du Parlement ainsi que de la situation diplomatique et militaire.
Le décret convoquant les Chambres en session extraordinaire paraîtra incessaemment au Journal officiel.

Les Chambres se réuniront à Paris en session extraordinaire; elles seront convoquées pour le 22 décembre, en prévision de la reprises des travaux parlementaires.
Les membres du cabinet se rendront à Paris dans le courant ou la fin de la semaine prochaine, afin de se mettre à la disposition de la commission sénatoriale des finances et de la commission du budget de la Chambre.
Le président de la République sera à Paris vers la même date. (Havas.)

NOTA-BENE : M. Poincaré revient de sa visite sur le front britannique dans la nuit du 3 au 4 et arrive vers neuf heures. Il est attendu la descente du train par les membres du conseil. Son automobile l'amène ensuite à l'hôtel de la rue Vital-Carles où il arrive à 9h30.

Haut de page

« Une rencontre de M. Poincaré et du roi George », Le Temps, jeudi 3 décembre 1914.

Le président de la République, accompagné de M. Viviani, président du conseil, et du général Joffre, s'est rendu hier au grand quartier géénral de l'armée britannique où il a rencontré le roi d'Angleterre.
Après avoir eu ensemble une longue et cordiale conversation, le roi Georges et le président sont partis dans la même automobile pour le front de l'armée anglaise.
Dans toutes les localités qu'ils ont traversées, la population est accourue sur leur passage et les a chalareusement acclamés.
Le roi et le rpésident ont passé la journée au milieu des troupes britanniques.
Le soir, le roi George a retenu le préisdent à dîner au quartier général anglais avec le prince de Galles, le maréchal French, M. Viviani, le général Duparge et les colonels Huguet et Pénelon.
Le général Joffre avait rejoint son quartier général avant le dîner.
Le président et M. Viviani sont repartis dans le nuit pour Paris où ils sont arrivés ce matin.

« Les médecins militaires et leur rôle », Le Temps, 3 décembre 1914.

Il y a un service dont le fonctionnement a, pendant quelques semaines, soulevé, plus que tout autre, des critiques, provoqué de justes récriminations. C'est celui du service de santé, qui avait, il est vrai, cette sérieuse excuse d'avoir à suffire à l'évacuation d'un nombre de blessés dépassant toutes les prévisions. Mais progressivement et par de très louables efforts, on était arrivé à de sérieuses améliorations. Les médecins militaires avaient, pour leur part, singulièrement aidé à une meilleure organisation administrative en se prêtant à toutes les besognes, en donnant leur concours sans la moindre réserve.
Aussi quelle déception lorsqu'à l'heure où ils pensaient avoir triomphé des premières difficultés et n'avoir qu'à maintenir, par une activité constante et soutenue, une organisation qui devait enfin leur permettre de suffire aux exigences d'une guerre terriblement meurtrière, ils se sont vus tout à coup imposer de nouvelles obligations* et, ce qui est plus grave, menacer de l'introduction d'éléments susceptibles d'affaiblir la résistance sanitaire des troupes confiées à leurs soins !

NOTA-BENE : désormais les hommes employés dans les services auxiliaires, accusés par l'opinion d'être des embusqués, sont soumis à des inspections médicales périodiques visant à les renvoyer dans les unités combattantes.
L'auteur craint que ces hommes, faibles, renvoyés au front malgré tout, ne viennent encombrer les services sanitaires.

Haut de page

« Le roi Georges V en France », Le Figaro, mercredi 2 décembre 1914.

L'ambassade britannique communique un télégramme du Foreign Office, annonçant que le roi Georges V s'est rendu au quartier général du corps expéditionnaire britannique en France.
Il était accompagné de lord Stamfordham et du commandant Wigram.
Reçu par le prince de Galles, le roi a visité les hôpitaux militaires.

« Éphéméride », Le Figaro, 2 décembre 1914.

Nos lecteurs ont eu connaissance hier matin de la lettre en date du 22 novembre par laquelle M. Cambon, notre clairvoyant ambassadeur à Berlin, informait nos pouvoirs publics du caractère menaçant pour la paix de l'Europe qu'avait prise la visite faite à S. M. Albert Ier par l'empereur Guillaume accompagné par son chef d'état-major.
Cette lettre précisait et complétait des renseignements déjà fournis en mars de la même année sur les intentions belliqueuses de l'Empire allemand. Il y a un an, ces intentions fusaient de toutes parts.
Pendant que le Kaiser et le général Moltke dévoilaient au roi des Belges le fond de leur pensée, la discussion du budget au Reichstag montrait que celui de la guerre était en augmentation de 174 387 044 marks sur les dépenses de l'année précédente. (…) Enfin le prince de Bülow publiait un livre : la France et l'Allemagne, où il prétendait démontrer que notre haine pour son pays était arrivée à son paroxysme et qu'il était urgent pour l'Allemagne de se prémunir contre une agression de notre part.

« Chiquito « place » des bombes », Bulletin des armées de la République. Zone des armées, 2 décembre 1914, p. 3.

Voilà certainement un usage de la chistera qui n'avait pas été prévu avant cette guerre. Chiquito, de Cambo, le roi de la pelote, utilise aujourd'hui sa force et son adresse en lançant chez les Boches des bombes qui tombent au bon endroit.
Ce passage d'une lettre adressée de Craonne à Bayonne par un brigadier d'artillerie en témoigne.
« Nous avons ici Chiquito, de Cambo, qui, des tranchées françaises, lance des bombes « à la chistera » » dans les tranchées allemandes. Je t'assure qu'il fait du bon travail !

Haut de page

« La classe 1915 », Le Temps, mardi 1er décembre 1914.

Les opérations de la formation de la classe 1915, commencée le 7 octobre dernier, se sont terminées aujourd'hui par la séance de clôture des conseils de révision, tenue au chef-lieu de chaque département.
Bien qu'exécutée dans un délai très court, la tournée des conseils de révision s'est effectuée dans les conditions les meilleures grâce à l'empressement mis par les jeunes gens à se faire inscrire et à se présenter devant le conseil de révision. L'effectif de la classe 1915 se trouvera donc sensiblement égale à celui de la classe 19114.
En outre, les membres des conseils de révision ont eu l'agréable surprise de constater qu'au point de vue de l'aptitude physique les jeunes gens de la classe 1915, dont beaucoup depuis la mobilisation, s'étaient entraînés à la marche et à la gymnastique, n'étaient nullement inférieurs à leurs camarades de la classe 1914 âgés cependant d'un an de plus. Le pourcentage des hommes de la classe 1915 déclarés aptes au service sera à peu près aussi élevé que our la classe 1914.
Immédiatement après la clôture de la révision, les commandants de recrutement vont procéder à l'établissement des feuilles de route. La très grosse majorité du contingent de 1915 va être affectée à l'infanterie. Seuls les jeunes gens exerçant des professions spéciales ou ayant l'habitude reconnue du cheval seront affectés à la cavalerie et aux autres armes. La mise en route du contingent va être effectuée très rapidement, de façon à être terminée vers le 20 décembre.

Haut de page
Plan du site  |  Mentions légales  |  Crédits  |  Aide