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1914 vu par les journaux français - Pierre Aulas
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1914 vu par les journaux français

ALLART (Henri), « Faut-il annuler les brevets d'invention pris en France par nos ennemis ? », Le Temps, lundi 30 novembre 1914.

Au directeur du Temps

Parmi les questions que soulève la protection de notre industrie et de notre commerce contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, celle de la propriété industrielle et notamment des brevets d'invention présente un intérêt capital.
Dans un sentiment de représailles qu'expliquent les violations du droit des gens et les actes de vandalisme accumulés depuis le commencement des hostilités par un ennemi systématiquement brutal et sanguinaire, on a proposé l'annulation pure et simple des brevets pris en France par les Allemands, les Autrichiens et les Hongrois.
Cette mesure radicale ne me paraît pas, pour plusieurs raisons, devoir être envisagée.
Tout d'abord les brevets dont on demande l'annulation ont été pris en vertu de la convention de Paris du 20 mars 1883 consituant une Union internationale pour la protection de la propriété industrielle, convention à laquelle l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie ont adhéré postérieurement. (…)

[Le] remède est la licence obligatoire.
L'industriel ou le commerçant français qui a intérêt à exploiter le brevet étranger doit pouvoir le faire à la charge de payer une redevance dont le chiffre sera fixé et le réglement déterminé suivant une procédure organisée par les pouvoirs publics. La redevance sera naturellement séquestrées jusqu'à la fin des hostilités comme tous les biens appartenant aux ennemis.
Le titulaire du brevet en restera propriétaire, mais il subira en ce qui concerne son exploitation, une expropriation pour cause d'utilité publique moyennant une indemnité dont le principe enlève à la mesure tout caractère de spoliation.
D'ailleurs ce système de la licence obligatoire a été préconisée par les Allemands eux-mêmes dans les nombreux congrès de la propriété industrielle qui se sont tenus dans le cours de ces dernières années, notamment à Berlin même.
Les Boches, comme on les appelle depuis la guerre, seraient donc mal venus à protester contre l'application qui leur serait faire d'un système proposé par eux-mêmes.

HENRI ALLART, docteur en droit, avocat à la cour d'appel.

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« Réglementation sur la circulation dans la zone de l'intérieure et pour les parcours qui pénètrent dans la zone des armées », Le Figaro, dimanche 29 novembre 1914.

PIÉTONS, BICYCLETTES, MOTOCYCLETTES ET VOITURES [à cheval]

Zone de l'intérieur. – La circulation des piétons, bicyclettes, motocyclettes et voitures est libre dans cette zone. Toutefois les réfugiés Français et Belges, mis en résidence dans une commune, devront, pour s'en éloigner de plus de dix kilomètres, se munir d'un sauf-conduit délivré par le commissaire de police, ou, à défaut, par le maire.

Parcours allant de la zone de l'intérieur dans la zone des armées ou « vice-versa ». – Nul ne peut se déplacer à pied, à bicyclette ou en voiture, sur la partie de ce parcours située dans la zone des armées sans un sauf-conduit délivré par le commissaire de police, ou, à défaut, par le maire, permettant toujours de vérifier l'identité du détenteur et indiquant le mode de locomotion, l'itinéraire à suivre et la durée de la validité qui ne peut excéder quinze jours.
En ce qui concerne les motocyclettes, la réglementation est la même que celle indiquée ci-après pour les automobiles sur la partie du trajet située dan la zone des armées.

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« Le voyage du président de la République [Raymond Poincaré] », Le Figaro, dimanche 29 novembre 1914.

Hier, en quittant le grand quartier général des armées [situé à Chantilly et où il a remis la médaille militaire au général en chef Joffre], le président de la République, les présidents du Sénat [Antonin Dubost] et de la Chambre [Paul Deschanel], le président du Conseil [René Viviani] se sont rendus sur le front même des troupes.
Ils ont visité les bivouacs de plusieurs régiments et, comme la nuit était tombée, c'est à la lueur des falots placés par les soldats sur leurs faisceaux que les présidents ont parcouru les lignes. Ils ont été frappés de la bonne humeur et de l'admirable moral des officiers et des hommes.
Au cours de ces visites, le Président de la République a remis sur le terrain au général de Langle de Cary le grand cordon de la Légion d'honneur, et au généraux Sarrail et Ratier les insignes de grand-officier. (Havas.)

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« L'emploi des mines », Le Temps, samedi 28 novembre 1914.

Dans les opérations qui se déroulent dans l'Argonne, les Français font un grand usage des mines souterraines.
Il y a quelques temps, les troupes françaises qui occupaient un petit village près de Saint-Hubert furent très étonnées de recevoir l'ordre de battre en retraite. Elles abandonnèrent la position à regret, car le village était très agréable et nos hommes ne souhaitaient nullement le remettre aux Allemands.
Deux heures plus tard, les troupes qui avaient battu en retraite entendirent le bruit d'une formidable explosion, et leurs officiers leur déclarèrent, le sourrie aux lèvres alors, qu'elles pouvaient retourner sur leur positions. À la chute du jour, sans avoir tiré un coup de fusil, les Français réoccupèrent leurs positions qu'ils avaient évacués quelques heures auparavant, mais le petit village de V… avait disparu; à sa place, des ruines au milieu desquelles on apercevait des cadavres et des blessés, des chevaux et des fourgons abandonnés… Deux brigades bavaroises et des troupes saxonnes avaient disparu dans l'explosion.

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« Le cas Mussolini et les socialistes », Le Temps, vendredi 27 novembre 1914.

Rome, 25 novembre.

Hier soir à Milan, une assemblée socialiste a, après une séance orageuse, voté l'ordre du jour suivant :
« L'assemblée de la section socialiste milanaise, conqoquée pour discuter le cas Mussolini, devant la violation manifeste de la discipline du parti commise par Mussolini par la publication du quotidien Popolo d'Italia et par des écrits en opposition aux délibérations du parti affirme superflue toute discussion, décide son expulsion et adjure tous ses partisans au respect de la discipline. »
On sait que M. Mussolini s'était séparé de ses collègues socialistes sur la question de la neutralité de l'Italie. Non seulement il repoussait la neutralité absolue préconisée par le parti socialiste italien, mais il estime que son pays ne doit même pas reculer devant l'intervention éventuelle.

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« Le loyalisme de l'Inde », Le Figaro, jeudi 26 novembre 1914.

Elle donnera trois millions d'hommes s'il le faut.

Le Caire, 25 novembre.

Au cours d'un entretien qu'il a eu avec le correspondant du Daily Telegraph, le maharajah Idar a déclaré :
« Si l'Empereur nous demandait un, deux ou trois millions d'hommes, nous les lui donnerions. »
Le prince, qui se rend actuellement sur le front, a fait ensuite ressortir l'imporance de la vague de patriotisme qui soulève actuellement les Indes, où l'on souhaite ardemment le triomphe de la cause de l'Empire.
« Les Indes, dit-il, veulent faire leur devoir et elles savent que leur devoir est de combattre pour l'Empereur, aux côtés des troupes alliées. Nous ne voyons là qu'une chose bien naturelle, c'est pour nous un honneur que de pouvoir faire notre devoir envers l'Empereur qui a bien voulu accepter nos services.
L'Angleterre combat pour la civilisation et notre plus grand désir est de l'aider, par tous les moyens, dans cette lutte. C'est un sort magnifique de donner sa vie pour une cause aussi juste et les Indiens savent très bien que tous ceux qui tombent dans un combat honorable vont au Paradis. »
En ce qui concerne l'attitude de la Turquie, le Maharajah affirme que l'influence ottomane dans les Indes est absolument nulle.

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HENRIOT (Émile), « De Paris à la ligne de feu », Le Temps, mercredi 25 novembre 1914.

De notre envoyé spécial.
Samedi 21 novembre. – Dans d'excellentes automobiles militaires, sous la conduite d'officiers charmants, nous avons quitté Paris, ce matin, à l'aube, une quinzaine de journalistes. Le grand état-major a très aimablement convié la presse parisienne à venir visiter, sous ses auspices, les différentes parties du front. Nous commençons donc aujourd'hui par les armées du Nord, et nous voilà partis, correspondants de guerre impromptus, par Senlis et Creil, vers l'Artois et la Picardie. La consigne est de ne donner le nom d'aucun des endroits où nous passons. Obtempérons… Toutefois ce que je puis dire, c'est qu'on nous emmène sur certains points de la ligne de combat qui s'étend de Lassigny et Roye jusqu'à Albert, et au-dessus…
Vraiment la guerre change assez aisément d'aspect. L'autre jour c'était de la boue, de la pluie, la bourrasque. Aujourd'hui, les champs sont couverts de givre; un peu de neige de la nuit dernière gèle encore au bord des ruisseaux et ouatant les toits de brique rose, éclate sur le ciel très pur. L'autre jour les tranchées n'étaient qu'un affreux fossé qui s'écroulait en liquide argile ; ce main le pas y résonne, sur le sol gelé comme sur l'asphalte du boulevard en hiver. Et c'est bien heureux : nos soldats souffrent moins de ce froid sec que de l'humidité qui s'infiltre, perce les vêtements, et semble-t-il, va geler la moelle dans les os. Cette guerre est une guerre de tranchées : on en a choisi une, fort remarquable, et sérieusement constituée, pour nous la montrer. Mais comme ce pays-ci, que nous traversons, est fort plat, et que l'ennemi voit de loin, pour faire parvenir notre petite caravane jusqu'au front sans tenter le feu des fusils allemands ou les shrapnells de M. Krupp, nous sommes invités à prendre, sans bruit, à 4 kilomètres de la ligne de combat, un étroit boyau creusé de deux mètres dans la terre, remblayé de côté et d'autre. C'est un « cheminement » comme on dit, dont se servent les patrouilles de ronde, les soldats qui vont relayer les troupes de premières ligne et les cuisiniers qui leur apportent la soupe chaude, cuite à l'abri de la fusillade, dans le petit village situé à l'arrière. Pendant 4 kilomètres environ ce cheminement serpente à travers la campagne, échelonné ça et là de tranchées qui lui sont perpendiculaires. À quelque cent mètres en arrière de la première ligne, on a creusé dans le sol de vastes chambres, tapissées de rondins de bois, soutenues par d'épais piliers qui supportent des sacs de terre, des branchages entrecroisés, des madriers. C'est la que les compagnies se reposent en attendant leur tour de garde ou de combat. Il y a des puisards pour l'écoulement des eaux, des rigoles ; des chambres spéciales pour les officiers, d'autres pour les blessés ; et là-dedans, on fait du feu, pour réchauffer la soupe si elle arrive froide, et faire tu thé, pour donner du bon calorique aux soldats. (…)
Le cheminement s'arrête : c'est la première ligne. Tout à l'heure on n'entendait que du canon, assez éloigné. Maintenant ce sont les coups de fusil, espacés, qui donnent toujours l'idée d'une battue de chasse. Les hommes sont là, les uns assis sous des abris, se reposant ; d'autres à genoux sur une marche intérieure, tiraillent, des cartouches devant eux dans des paquets ouverts, le bout du Lebel passé dans d'étroites meurtrières. Par l'ouverture de l'une d'elles je regarde : la plaine s'étend, coupées de champs de betteraves. (…) À trois cent mètres environ de notre tranchée, un village s'étale. À l'œil nu, on voit des toits défoncés, des murs ébréchés, troués à jour. (…) [Les Allemands] occupent des tranchées devant le village (…). On ne les voit pas ; on ne peut pas les voir, nos soldats ne les voient jamais… Nos artilleurs ne les voient pas non plus, mais cela ne fait rien, ils les démolissent tout de même.

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FRANC, « L'encyclique », La Croix, mardi 24 novembre 1914.

La voix la plus puissante du monde, celle du Pape [Benoît XV], vient de se faire entendre. Cette puissance ne s'appuie sur aucune armée, sur aucun canon ; elle est toute morale, ne visant que les âmes, les intelligences et les cœurs. Mais comme l'homme est avant tout âme, intelligence, cœur, la souveraineté du Pontife romain est bien la première du monde.
Et tandis que par la suite de l'agression inouïe de l'Allemagne, un tel cataclysme guerrier s'est déchaîné sur le monde que tous les souverains n'ont sur les lèvres que le mot guerre, le Pape, lui, n'a sur les lèvres qu'un seul mot, celui de paix :
Qu'ils Nous entendent. Nous les en prions, ceux dans les mains desquels est placé le sort des États. S'il y a eu des droits violés, il y a certes d'autres procédés, il y a d'autres moyens de les réparer. Ces moyens, après avoir déposé les armes, qu'on les essaye en toute bonne foi et avec une volonté sincère. C'est leur intérêt, et nullement dans le Nôtre, que poussé par l'amour de toutes les nations, Nous parlons ainsi. Qu'ils ne laissent pas jeter en vain cet appel d'un ami et d'un père.
Chose étrange ! nous avons vainement cherché un écho fait à cet appel dans les journaux socialistes, ce qui prouve à quel point l'anticléricalisme domine chez eux l'amour de la paix dont ils se targuent ! Chose étrange aussi ! Il y a dans l'univers une institution dont l'existence paraît un paradoxe à cette heure, celle du tribunal de La Haye : or, le seul souverain qui à cette heure soit assez élevé au-dessus des conflits, assez désinteressé et assez pacifique pour jeter un appel pacifique au monde tout entier dévasté par la guerre, le Pape en est exclu !
L'heure présente, il est vrai, ne permet pas d'espérer une suite prochaine à cet appel venu de si haut. Mais, nous en avons la confiance cependant, l'heure viendra où la voix du Pape ne se sera pas élevée en vain.

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« Relations avec les prisonniers de guerre », Le Matin, lundi 23 novembre 1914.

Correspondance

Adresser directement les lettres aux prisonniers (via Pontarlier) en indiquant le numéro du régiment, de la compagnie et la mention complète du lieu d'internement.
Les enveloppes doivent rester ouvertes et les lettres ne contenir que des nouvelles de famille et de santé. La franchise postale est accordée jusqu'à 20 grammes.

Envois d'argent

Les envois d'argent pour les prisonniers se font par mandat-poste internationl adressé au « Contrôle général des postes à Berne » (Suisse).
L'adresse du prisonnier doit être inscrite au verso du mandat, à l'emplacement réservé à la correspondance.

Envois de colis postaux

Les colis postaux pour prisonniers sont expédiés en franchise : le seul droit à acquitter est un droit de 0 fr. 10, le coût de la feuille d'expédition.
Les paquets doivent être enveloppés dans de la toile et l'adresse écrite, autant que possible, sur la toile. Ils sont reçus, pour Paris, à la « gare de Lyon » et aux bureaux de ville des chemins de fer du P.-L.-M., et dans toutes les gares de province. Les envois doivent être accompagnés de deux feuilles de douanes sans déclaration de valeur. Il faut indiquer la nature du contenu.
Les paquets peuvent renfermer des vêtements. (N'envoyez ni tabac, ni allumettes, ni charcuterie.) Le poids ne doit pas dépasser 5 kilos.
Ces colis doivent porter l'adresse exacte du prisonnier (nom, prnom, grade, régiment, compagnie, lieu d'internement), et la mention « via Genève ».

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« Le retour de Paris à la vie normale », Le Petit journal, dimanche 22 novembre 1914.

Les théâtres de Paris vont rouvrir

M. Malvy, ministre de l'Intérieur, a reçu la Fédération générale du spectacle et lui a fait part des décisions suivantes prises par le gouvernement.
Le gouvernement autorise la réouverture des salles de spectacle en matinée, et le soir, jsuqu'à onze heures, sous certaines conditions, dont voici les principales : une partie importante de la recette sera affectée à des œuvres de secours aux soldats ou à des œuvres d'assistance et de solidarité nationale.
Le programme et la tenue de la salle seront l'objet d'une surveillance sévère.

Les restaurants resteront ouverts jusqu'à dix heures

D'autre part, M. Malvy a annoncé que le gouvernement a décidé de permettre aux restaurants, à Paris, de rester ouverts jusqu'à dix heures du soir, au lieu de neuf heures et demie.
Pour les cafés, rien n'est changé dans l'heure de la fermeture.
La modification pour l'heure de fermeture des restaurants sera appliquée dès ce soir.

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« Les opérations russes », Le Gaulois, samedi 21 novembre 1914.

Carte du front russe

Créé en 1868 par Edmond Tarbé des Sablons et Henri de Pène, le Gaulois est repris en 1882 par le monarchiste Arthur Meyer. Il devient alors un journal mondain influent parmi la noblesse et la haute bourgeoise. Boulangiste et antidreyfusard, le titre voit son influence s'amoindrir malgré quelques nouveautés comme une chronique sur le cinéma. Il disparaîtra en 1929, un an après son rachat par François Coty.

La grande bataille continue son développement sur la Vistule et la Warta, sur le front Soldau-Plotsk-Letchitza-Ouniejew. On sait que la contre-offensive allemande du général von Hindenburg, rapidement direigée de Thorn contre l'armée russe qui s'avance vers la Posnanie, a contraint l'avant-garde de cette armée à se replier un peu en arrière, sur le gros des froces russes.
Les chemins de fer et les routes que les Allemands avaient détruits dans leur retraite de Pologne ont été vite réparés, et les masses russes se portent en avant, derrière le rideau de la cavalerie et les avant-gardes qui se sont heurtées à l'armée du général von Hindenburg. La bataille se déroule sur le terrain choisi par le généralissime russe. On s'attend à ce qu'elle dure une dizaine de jours.

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« Nos artilleurs », L'Action française, vendredi 20 novembre 1914.

Fondé par Charles Maurras et Léon Daudet, l'Action française s'affirme rapidement comme le fleuron de la presse nationaliste et anti-républicaine. Son ton provocateur asseoit son succès. Violemment antisémite et antimaçonnique, il fédère l'ensemble de la droite conservatrice jusqu'en 1926, date à laquelle il est mis à l'index par le pape. Le soutien qu'il apporte à Vichy lui vaudra d'être interdit en 1944.

Si nos canons de 75 sont de merveilleuses machines de guerre, il faut convenir aussi que nos artilleurs qui les servent sont d'admirables soldats sachant faire rendre à leur pièce le maximum d'effet et les utiliser de la meilleure façon.
En voici [un] exemple saisissant :
Un jour une de nos batteries de 75 qui tirait à trois mille mètres sur de l'infanterie, est tout à coup repérée par une batterie lourde ennemie. Les marmites pleuvent bientôt sur nos artilleurs. Impossible de voir de quel point tire la batterie allemande. On se rend bien compte de la direction mais pas de la distance. Pour ne pas perdre trop de monde, l'officier fait mettre ses hommes à l'abri en arrière, tout en laissant les pièces en position.
À un moment tombe une marmite qui n'éclate pas. L'officier se glisse alors en rampant, malgré le feu intense, jusqu'à l'obus non eclaté et examine la fusée. Elle est réflée pour une distance de 6 000 mètres. Il se retourne alors vers ses hommes : « À vos pièces mes enfants, crie-t-il, à six mille mètres ». Sans crainte des obus, tout le monde se précipite; en un rien de tempsles pièces sont réglées et commencent à cracher. Dix minutes après, la batterie lourde adverse est réduite au silence.

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NOHAIN (Franck), « Sans atout… », L'Écho de Paris, jeudi 19 novembre 1914.

Lancé par Valentin Simond en 1884, L'Écho de Paris tarde à rencontrer le succès malgré un contenu varié traité de façon légère. Le journal mènera une campagne anti-dreyfusarde. Son contenu perd alors rapidement tout caractère grivois pour exprimer les idées de la droite nationaliste et conservatrice tout en faisant la part belle à l'actualité littéraire et artistique. Fortement patriote, le journal soutiendra Clemenceau durant la Conférence de paix de Versailles. En 1940, le titre se repliera en zone Sud avant de se saborder en 1942.

Ce qu'il faut envoyer aux soldats Mademoiselles, pour fêter la Sainte-Catherine ?
Telle est, en effet, la préoccupation touchante et charmante dont m'ont fait part bien des jeunes filles, soucieuses, cette année, de transformer leur patronne en une protectrice et bienfaitrice des soldats…
Ce qu'il faudrait leur envoyer et « qui leur ferait plaisir » ? (…)
Envoyez-leur donc des jeux de cartes.
Ils en réclament, ils en manquent, et c'est pitié de les voir, toute une journée, attendre et se passer jalousement un jeu pour quarante, dont s'était muni quelque camarade prévoyant, et qui a été neuf et complet la veille de la mobilisation…
Envoyez-leur des jeux de cartes : ils ne font déjà pas grande attention à la canonnade – mais je vous garantis bien que pour troubler et empêcher un « sans atout », un carré d'as, ou tout prosaïquement une coupe au manillon, il faudra que les Allemands trouvent autre chose que leur 420.
Envoyez-leur des jeux de cartes, Mesdemoiselles – et ne craignez pas sous l'égide de Sainte-Catherine, de les rendre joueurs, et d'avoir encouragé chez de futurs époux (espérons-le), ce vilain défaut, juste terreur des ménages…
Ils auront fait, grâce à vous, pour tromper la monotonie de cette « guerre de siège », tant de parties, tant de manilles ou tant de bridges – que vos fiancés vous reviendront – et vous aurez ainsi accompli une double bonne oeuvre - ils vous reviendront dégoutés des cartes pour la vie…

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« L'artillerie allemande : l'obusier de 28 centimètres », L'Humanité, mercredi 18 novembre 1914.

Obusier Krupp de 280

Fondé par le socialiste Jean Jaurès en décembre 1904, L'Humanité soutient les revendications ouvrières, marque son hostilité face à l'engagement français au Maroc et affiche son pacifisme. Après la mort de Jaurès, il soutient cependant le gouvernement de guerre. En 1920, à l'issue du Congrès de Tours, le journal rompra avec le réformisme pour rejoindre le communisme révolutionnaire. Le 26 août 1939, le journal sera saisi.

Une lettre publiée par le Times donne des détails techniques très intéressants sur l'artillerie allemande et notamment sur les obusiers de 28 centimètres.

Que l'obusier de 42 centimètres existe, il n'y a pas à en douter, dit le correspondant du journal anglais, mais on peut très bien se demander s'il y en a plus de deux actuellement engagés dans la guerre. S'ils ont été utilisés, c'est au siège de Liège. Ces engins réclament une plateforme de maçonnerie sur laquelle l'affût doit être fixé et leur transport ne peut être effectué que sur les meilleures routes et sur les ponts assez forts pour supporter un poids de 15 tonnes ou par chemin de fer.
C'est le 28 centimètres qui a fait tous les ravages aux coupoles en acier du général Brialmont. Ces pièces pèsent seulement 6 300 kilos; leur poids total, au combat, c'està-à-dire y comprus l'affût, les cylindres de recuel, etc. est de 14 800 kilos. Les roues sont munies de plaques d'acier qui permettent à l'obusier de voyager sur de bonnes routes et servent aussi à amortir le choc de la décharge, car il n'est besoin d'aucune plateforme, l'obusier étant tiré sur ses roues. Ce tir est rendu possible par le long recul que permettent les cylindres hydropneumatiques. Un crampon en avant fixe l'affût. Un wagon spécial amène rapidement le canon à son affût. Le 28 peut être tiré à un angle d'élevation de 65°; il a une portée maximum, à 43°, de 10 kilomètres. Le projectile pèse 344 kilos et porte une charge explosive de 45 kilos. On assure que le shrapnell n'entre pas dans son approvisionnement de munitions, mais ce n'est pas sûr.
Une certaine confusion, écrit le correspondant du Times, peut s'établir entre les canons et les obusiers; une simple définition de ces derniers enlèvera tout doute. L'obusier est une pièce qui en proportion de son poids lance un projectile beaucoup plus lourd que celui du canon mais avec une vitesse à la bouche beaucoup moindre et par suite une portée plus courte. Ainsi l'obusier de 28 centimètres pèse, comme il a été dit, 6 300 kilos et a une vitesse initiale en pleine charge de 335 mètres à la seconde, tandis qu'un canon moderne de ce calibre péserait à peu près 4 tonnes et développerait une vitesse de 900 mètres à la seconde. Le canon ne peut être établi qu'à bord d'un navire ou sur des fortifications permanentes et l'obusier peut être utilisé en campagne. Comparée à la portée de l'obusier déjà donnée, celle du canon serait plus du double, elle atteindrait 24 kilomètres.
(Plus simplement la différence entre le canon, l'obusier et le mortier est la suivante : le canon est une pièce d'artillerie de plus de 30 calibres de longueur, l'obusier a de 15 à 20 calibres de longueur et le mortier 10 calibres environ.)

NOTA-BENE : le général Brialmont (1821-1903) a conçu et réalisé les places fortifiées d'Anvers et de Liège qui ont largement ralenti l'avancée allemande en Belgique. Liège tombe le 16 août. Anvers résiste jusqu'au 10 octobre 1914.

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« Le canal de Panama », Le Journal des débats, mardi 17 novembre 1914.

Fondé en 1789 par l'imprimeur Baudouin, le journal rend compte des débats de l'Assemblée nationale. Racheté par les frères Bertin en 1799, il devient ensuite Journal de l'Empire puis retrouve son nom. La qualité de la rédaction et la diversité des thèmes traités, de la politique à la littérature, font de ce titre conservateur une référence. Réfugié à Clermont-Ferrand, il cessera de paraître en 1944.

D'une proclamation du président Wilson et d'un traité conclu entre les États-Unis et la République de Panama résulte en résumé ceci :
les navires de guerre de toutes les nations peuvent, moyennant paiement préalable des taxes d'usage, utiliser le canal.
Mais à aucun moment il ne devra y avoir plus de trois navires belligérants, soit dans le canal, soit dans un des deux ports terminus ou leurs environs. Ces navires n'auront droit qu'à 24 heures de mouillage et ne pourront embarquer ou débarquer ni troupes ni munitions ; ils ne devront se servir de la télégraphie sans fil que pour les affaires intéressant le canal, et l'usage de l'aéroplane leur est interdit.

NOTA-BENE : le canal de Panama, commencé par les Français en 1880, repris par des acteurs privés américain en 1903, est achevé par l'armée américaine en août 1914.

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« La suspension des élections », Le Temps, lundi 16 novembre 1914.

FLancé en 1861 par le libéral Auguste Neffzer, Le Temps est repris par Adrien Hébrard. Le journal se démarque par son important réseau de correspondants. Sa qualité et son sérieux sont unanimement reconnu. Républicain conservateur, il devient l'organe officieux de la diplomatie française. Il se sabordera en 1942.

La guerre soulève à tout instant des questions d'ordre intérieur que le législateur n'avait pu prévoir et auxquelles les pouvoirs publics ont le devoir de donner la solution la plus conforme à la fois aux circonstances et à l'intérêt général.
De ce nombre est la question des élections législatives et sénatoriales. Depuis le début des hostilités le Parlement a perdu une vingtaine de ses membres tant députés que sénateurs. En ce qui concerne les sièges législatifs les délais légaux impartis pour l'élection des nouveaux titulaires sont dans la plupart des cas expirés. Pour les sièges sénatoriaux, au contraire, la question des délais n'est pas encore posée, car elle se rattache à celle du renouvellement triennal du Sénat, mais elle va l'être très prochainement.
Le gouvernement et le Parlement ont donc devoir d'aviser. La solution d'ailleurs s'impose : c'est celle de la suspension des léections jsuqu'à la fin des hostilités. Nous savons qu'en ce qui le regarde, le gouvernement est déterminé à présenté un projet de loi tendant à consacrer en droit la suspension qui existe en fait. Le Parlement, nous en sommes certain, ratifiera purement et simplement ce projet de loi.

NOTA-BENE : le 23 décembre 1914 le Parlement français vote l'ajournement des élections jusqu'à la fin des hostilités.

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« Les ecclésiastiques exemptés sous la loi de 1889 », La Croix, dimanche 15 novembre 1914.

Mensuel fondé en 1880 par les Assomptionnistes, quotidien dès 1883, La Croix adopte le style et le contenu de la presse populaire. Titre conservateur, le journal est anti-dreyfusard mais aussi antisémite puis modère peu à peu ses positions. Réfugié en zone Sud, le titre refusera de se saborder et existe toujours.

M. Grousseau, député du Nord, vient de recevoir de M. le ministre de la Guerre [Alexandre Millerand] la lettre suivante :

Bordeaux, le 12 novembre 1914,
Monsieur le député et cher collègue,
Vous avez bien voulu appeler mon attention sur la situation des ecclésiastiques exemptés par les Conseils de révision sous l'empire de la loi du 15 juillet 1889*.
J'ai l'honneur de vous faire connaître que des instructions vont être données pour assurer l'affectation aux sections d'infirmiers militaires de tous les ecclésiastiques exemptés, réformés ou classés dans les services auxiliaires lorsque ceux-ci restent régis par la loi du 15 juillet 1889 et qu'ils ont été reconnus aptes au service armé après la visite médicale qu'ils ont à subir.
Agréez, etc.

NOTA-BENE : la loi du 15 juillet 1889 supprimait les exemptions pour les ecclésiastiques et les enseignants qui étaient désormais tenus à un an de service. On parla de loi des « curés sac au dos ».
En 1914, les curés des classe 1905 et suivantes étaient intégrés dans les unités combattantes, ceux des classes 1889-1905 étaient incorporés dans le service de santé. D'autres enfin servaient comme aumôniers militaires, dont le statut est défini par le décret Millerand du 5 mai 1913, dans une proportion d'un prêtre pour 10 000 combattants. La circulaire ministérielle du 12 novembre leur donne le rang d'officier et une indemnité journalière de 10 francs.

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« L'effort britannique : les fluctuations du recrutement », Le Figaro, samedi 14 novembre 1914.

Lord Kitchener, dans son discours du banquet du lord-maire, a officiellement annoncé que la Grande-Bretagne avait actuellement, en dehors des troupes qui sont sur le front, 1 250 000 hommes qui achèvent leur préparation et qui vont être progressivement acheminés sur le continent.
Il ajoutait que cela ne suffisait pas encore et faisait de nouveau un vigoureux appel en faveur du recrutement. Une fois de plus, le populaire ministre de la guerre a été entendu. Depuis mardi, l'affluence recommence dans les bureaux de recrutement des grandes villes anglaises. À Newcastle, par exemple, qui avait demandé l'autorisation de former un troisième bataillon écossais, ce bataillon était déjà formé lorsque l'autorisation est arrivée hier.
On ne comprends pas toujours bien comment fonctionne et a fonctionné le recrutement dans le Royaume-Uni depuis le début de la guerre. L'Angleterre a été prise absolument au dépourvu. Lorsque lord Kitchener a lancé son premier appel demandant un demi-million de volontaires, il n'y avait ni uniformes, ni armes, ni munitions à leur donner. Les magasins et les arsenaux étaient vides. Les camps d'instructions préparés pour un corps expéditionnaire de 150 000 hommes ne pouvaient recevoir un nombre aussi considérable de recrues. Or, l'appel de lord Kitchener trouvait dans le pays un admirable écho. Les bureaux de recrutement étaient assiégés.
Il devint indispensable d'enrayer pour un temps ce mouvement. On imposa donc aux recrues des conditions d'admission très sévères, surtout au point de vue de la taille, pour donner le temps à l'administration de fabriquer les uniformes et les armes. Les ateliers et les arsenaux, l'industrie privée et l'administration de la guerre se mirent à l'œuvre avec une énergie fébrile. Et maintenant tout est prêt. En trois mois, on a trouvé le moyen d'équiper, d'armer, d'instruire un million un quart de recrues, et on est prêt à en faire autant pour bien d'autres. Voilà pourquoi lord Kitchener lance son nouvel appel, voilà pourquoi les journaux l'appuient de toutes leurs forces, voilà pourquoi les conditions d'admission trop strictes de la première heure ont été abolies.
La Grande-Bretagne, qui a donné à lord Kitchener le premier million d'hommes qu'il avait demandé, va donner maintenant le deuxième million qu'il veut tenir prêt à envoyer sur le front, si cela devient nécessaire, pour achever d'écraser le militarisme allemand.

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« La grande-duchesse de Luxembourg a protesté devant son Parlement contre la violation de son territoire », Le Petit journal, vendredi 13 novembre 1914.

Lancé par Moïse Millaud en 1863, le Petit journal remporte un rapide succès grâce à son coût modique et son petit format. Plus que sur l'analyse de la vie politique, le journal mise sur le fait divers traité de manière sensationnelle. Son supplément hebdomadaire renforce sa popularité par l'emploi de couvertures illustrées. En 1937, il deviendra l'organe du Parti social français. Replié à Clermont-Ferrand en 1940, il sera supprimé en 1944.

Amsterdam, 12 novembre.

On mande de Luxembourg, qu'à l'occasion de la réouverture du Parlement, la grande-duchesse, dans le discours du trône, a déclaré :

« Nous sommes tous profondément émus du terrible spectacle de la guerre sanglante dans laquelle nos voisins sont engagés.
Notre neutralité a été violée et nous avons tout de suite adressé une protestation aux puissances garantes.
Une indemnité nous est promise et nous en avons déjà reçu une pour les ravages causés par le passage des troupes. »

La grande-duchesse a terminé au milieu d'un grand enthousiasme, en priant Dieu de protéger sa chère patrie. (Havas)

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« La lutte à Dixmude », Le Matin, jeudi 12 novembre 1914.

COMMUNIQUÉS OFFICIELS

10 novembre, 23 heures.
Au nord, la bataille continue, très violente.
Sur le reste du front, rien à signaler.

11 novembre, 15 heures.
À notre gauche, la bataille a repris hier dès le matin avec une intensité toute particulière entre Nieuport et la Lys. D'une façon générale notre front a été maintenu, malgré la violence et la force des attaques allemandes dirigées contre certains de nos points d'appui. Au nord de Nieuport, nous avons même pu réoccuper Lombaertzyde et progresser au-delà de cette localité. Mais vers la fin de la journée les Allemands ont réussi à s'emparer de Dixmude. Nous nous tenons toujours aux abords même de ce village sur le canal de Nieuport à Ypres qui a été solidement occupé. La lutte a été très chaude sur ces points.
Les troupes britanniques attaquées elles aussi sur plusieurs points ont partout arrêté l'ennemi.
Sur le reste du front, la situation générale reste sans modification, sauf quelques progrès de nos forces au nord de Soissons et dans la région de l'ouest de Vailly, sur la rive droite de l'Aisne.
En dehors de ces deux points, l'état de l'atmosphère n'a permis que des actions de détail heureuses pour nos armes. Nous avons notamment bousculé un détachement ennemi à Conicourt (3 kilomètres au nord de la forêt de Parroy).

NOTA-BENE : l'offensive allemande est enrayée à Ypres du fait de la résistance franco-anglaise. Le 5 novembre, le Kaiser Guillaume II qui pensait faire une entrée triomphale afin de marquer la conquête de la Belgique rentre en Allemagne. Les fusils à tir rapide britanniques ont raison des soldats allemands dont beaucoup d'entre eux sont des volontaires. La mort de 25 000 étudiants est appelée en Allemagne Kindermord (massacre des étudiants).

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« La fin de l'« Emden » », Le Figaro, mercredi 11 novembre 1914.

Une bonne nouvelle, et qui va désoler les Allemands : s'en est fait de l'Emden, le croiseur allemand qui piratait sur les mers, se déguisait, se transformait et, à la faveur de ces maquillages, coulait les navires marchands des alliés. L'Emden a été coulé à son tour.
C'est dans l'océan Indien, près de l'île de Keoling (île des Cocos), que le vaisseau australien le Sydney l'a mis à la côte et incendié.

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« Chiens sanitaires », Le Matin, mardi 10 novembre 1914.

Lancé en 1884 par Sam Chamberlain, Le Matin rencontre sous la direction de Maurice Bunau-Varilla, un vif succès grâce à son ton accrocheur et original. Nationaliste et antiparlementaire, il mène de grandes campagnes contre les « affaires ». Proche de l'extrême-droite, Le Matin se ralliera à l'occupant en 1940 et disparaîtra à la Libération.

Dès les premiers jours de la mobilisation, l'Institut de psychologie zoologique avait demandé aux ambulanciers à qui les chiens sanitaires ont été confiés de brefs rapports sur la « conduite au feu » de leurs auxiliaires et c'est seulement maintenant que de nombreuses lettres nous parviennent. (…)
Voici la lettre que nous écrit le président d'une section de chiens sanitaires du nord de la France. (…)

« Comme cette nuit là était calme, je sollicite la permission de battre les environs avec mon chien, ce qui m'est accordé immédiatement sous la condition de ne pas m'éloigner, car l'ennemi était à 300 mètres, et d'être de retour dans la demi-heure, car nous devions repartir aussitôt que tous les blessés seraient mis en voiture.
Sous un beau clair de lune et à une certaine distance d'une ferme, dans un champ de betteraves, mon chien qui me précédait de 50 mètres, fait subitement, autour d'un point qu'il fixait, un cercle qu'il répète cinq ou six fois. Croyant qu'il avait à faire à un blessé qui le menaçait, je cours ; ce que voyant, le chien s'assied près de l'homme couché sur le ventre et immobile, qui, blessé à la tête et pansé par un camarade probablement, n'avait plus de képi. Le chien avait eu une hésitation vis-à-vis de la coiffe anormale (bandage) ; car s'il avait touché le blessé à la tête, il aurait pu occasionner un malheur.
J'ai fait enlever l'homme et suis arrivé à la ferme juste à temps pour le mettre dans une voiture de secours qui devait partir aussitôt.
Ce résultat suffit pour encourager le dressage du chien sanitaire qui, bien mis au point, pourrait rendre des services très appréciables. »

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« En Orient* : les succès alliés continuent », Le Figaro, lundi 9 novembre 1914.

Les Russes avancent toujours en Arménie ; le gouverneur général du Caucase annonce la prise d'une position très puissantes à Koepriheuy ; pendant ce temps, les Anglais s'assurent quelques point sensibles. Après Akaba, sur la mer Rouge, ils se sont emparés de Fao, à l'embouchure du Chatt-el-Arab, au fond du golfe persique. Voilà déjà trois points extrêmes de l'empire ottoman où les Turcs ne sont plus chez eux. (…)
Les fortifications de l'entrée des Dardanelles sont détruites. Les forts de Koum-Ka'i, sur la côte d'Asie, et de Saddul-Baha, sur la côte européenne, construits sous la direction des Allemands et certainement commandés par des officiers allemands, ont été anéantis par les canons de la flotte anglo-française après trois jours de bombardement.

NOTA-BENE : l'empire ottoman est entré en guerre au côté des Allemands le 1er novembre 1914.

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« L'embusqué a du chagrin », L'homme enchaîné, lundi 9 novembre 1914.

Fondé en 1913, L'Homme libre puis L'Homme enchaîné fut le journal de Georges Clemenceau. Son directeur était un homme des milieux d'affaires, Nicolas Pietri. En raison de ses critiques, le journal fut censuré au début de la Première Guerre mondiale et transforma alors son titre en L'Homme enchaîné.

L'embusqué n'est pas content. Notre campagne commence à lui porter préjudice, et l'éclat de son képi, demeuré garance, perd peu à peu tout prestige. Les femmes ne lui dissimulent pas leur mépris. Les pères voudraient lui inspirer la honte de lui-même.
Dans le métro, un robuste embusqué de vint-cinq ans veut expliquer qu'il travaille. Il affirme :
— Je vous assure que c'est quelque chose de trier sans arrêter des colis et des colis, de l'aube à la nuit.
— Très dur ! convient ironiquement un voyageur. Et naturellement… vous couchez sur la paille ?
— Ah ! non. Nous avons des matelas !
— Allons ! allons ! conclut le voyageur, consolez-vous ! C'est encore moins dur que dans la tranchée !
L'embusqué en convient de bonne grâce, tandis qu'autour de lui les quolibets abondent, dépourvus de toute aménité.
L'embusqué descend à la plus prochaine station. Il n'a pas le sourire. Il nous en veut !

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« Les japonais s'emparent de Tsingtao », Le Figaro, dimanche 8 novembre 1914.

Apparu en 1826, Le Figaro renaît en 1854 avec Hippolyte de Villemessant. Le journal se caractérise par ses reportages en France et à l'étranger qui lui assure le succès. Il bénéficie de la collaboration de nombreuses personnalités du monde des lettres. Le journal cessera de paraître en 1942 à la suite de l'occupation allemande de la zone Sud. Il réapparait après la guerre.

Tsingtao* a capitulé. Les grands forts allemands des mers de Chine ont subi le sort des forts de Liège et d'Anvers. Les coupoles allemandes n'ont pas mieux résisté aux canons japonais que les forts belges aux canons allemands. Mais cette nouvelle preuve de l'infériorité défensive des fortifications les plus mordernes en regard des grosses pièces d'artillerie, n'est pas le seul intérêt de la défaite allemande. La chute de Tsing-Tao, c'est la fin de la colonie du Kiautschou, le plus beau fleuron du domaine colonial allemand.
Tsingtao en était la capitale et les travaux de défense considérables qu'y avaient effectués les Allemands prouvaient l'importance considérable qu'ils y attachaient.
Ils s'étaient fait concéder en 1898 ce morceau de terre chinoise et l'avaient bien choisi sur la côte sur de la presqu'île de Chang-Toung, dans la mer Jaune.
La baie de Kiautschou qui donne son nom à la colonie est un abri sûr pour la maine, et le port de Tsingtao que les Allemands avaient construit au fond de la baie avait rapidement acquis une importance considérable.
La colonie allemande proprement dite ne comprenait qu'un territoire assez restreint autour de la baie : l'Allemagne n'en était que locataire pour quatre-vingt-dix-neuf ans, suivant la formule récente. Mais elle avait su se faire attribuer en même temps un sphère d'influence considérable dans la province du Chang-Toung et par dessus le marché d'intéressantes concessions.
Tout cela est pris avec la forteresse. La chute de Tsingtao entraîne la perte de la colonie.
La capitulation a été le résultat de la prise d'un dernier fort qui s'est rendu avec ses 200 défenseurs qui ont été faits prisonniers. On ne sait pas ce qu'est devenu le reste de la garnison allemande qui comprenait normalement plus de 2 000 hommes*. Étaient-ils partis, déguisés, avec les non-combattants que les Japonais, qui ne sont pas des sauvages comme les Allemands, avaient invités à quitter la ville, avant de commencer le bombardement ?

NOTA-BENE :
- Tsingtao : la bière du même nom a été mise au point par les Allemands lors de leur courte période de colonisation.
- 4 500 hommes : prisonniers, ils seront rapatriés au Japon où ils seront traités de façon exemplaire, au point qu'un certain nombre d'entre-eux resteront au Japon à la fin de la guerre et y créeront leurs entreprises, notamment des boulangeries et pâtisseries à Kobe ou des charcuteries haut-de-gamme à Tokyo, lesquelles sont encore aujourd'hui tenues par des Allemands) [MESMER (Philippe), « Prisonniers allemands au Japon », Le Monde, 30 juillet 2014]

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« Le colonel Marchand », Le Petit journal, samedi 7 novembre 1914.

Parmi les récentes citations à l'ordre du jour de l'armée, je relève celle-ci »:

Marchand, colonel, commandant la 2e brigade coloniale (blessé le 1er octobre, en entraînant sa brigade à l'assaut d'une position fortifiée, défendit qu'on l'emportât et resta sur le terrain jusqu'à la fin de l'action, continuant à diriger le combat et à exciter le moral de ses hommes, n'a consenti à être évacué qu'à la tombée de la nuit sur ordre de ses chefs »; depuis sa prise de commandement a toujours fait preuve d'une bravoure exceptionnelle et a pris sur ses hommes un très grand ascendant moral).

Aucun de ceux qui connaissent le héros de nos expéditions africaines ne sera surpris de ce témoignage rendu à ses admirables vertus militaires. À peine guéri de sa nouvelle blessure (car il n'est plus à les compter) il a voulu regagner le front.
Il continuera d'entraîner ses hommes avec la pleine confiance de ses chefs, et d'y rendre les grands services que son pays était en droit d'attendre de lui.

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« Sous les roues du Métro, une femme inconnue », Le Matin, vendredi 6 novembre 1914.

Une foule compacte se pressait, hâtivement, hier après-midi, à la station du Métro la Motte-Picquet.
Le train arrivait en gare et déjà, les jeunes ouvrières impatientes, les boys scouts légers et tous les « gens pressés » se précipitaient pour prendre place, lorsqu'un grand cri retentit. Un bruit sinistre de serrement de frein, le sifflement de l'air comprimé se firent entendre.
Et tout le monde recula horrifié.
Une jeune fille venait de se précipiter sur la voie. Le mécanicien avait bien tenté d'éviter l'accident. Mais il n'avait pu réussir. On ne retira qu'un cadavre horriblement mutilé. Et à la Morgue, où on le transporta, il ne put être identifié.

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« La rupture avec la Turquie », Le Petit journal, jeudi 5 novembre 1914.

L'escadre franco-anglaise a bombardé les forts des Dardanelles

Londres, 4 novembre. — Hier matin, à l'aube, une escadre franco-anglaise a bombardé, à longue portée, les forts des Dardanellles.
Les forts ont riposté sans atteindre les navires.
Les alliés n'ont subi aucune perte. Un seul projectile est tombé près d'eux.
Il est impossible d'apprécier les effets matériel du bombardement ; mais une forte explosion, accompagnée d'un épais nuage de fumée, s'est produite dans le fort Holles. (Havas.)

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« La mer du Nord déclarée zone militaire », L'Humanité, mercredi 4 novembre 1914.

Londres, 3 novembre. — L'Amirauté publié le communiqué suivant, relatif aux mesures prises par le gouvernement britannique concernant la navigation dans la mer du Nord :

Durant la semaine dernière, les Allemands ont semé des mines en pleine mer, sur la route commerciale principale, qui va d'Amérique à Liverpool par le nord de l'Irlande. Ainsi, des navires marchands inoffensifs ont déjà été détruits et il y a eu des pertes en vies.
En conséquence, l'Amirauté fait connaître que toute la mer du Nord doit être considérée comme zone militaire. À l'intérieur de cette zone, la navigation marchande, quelle qu'elle soit, et tous les navires de pêche et autres seront exposés à de très graves dangers provenant soit des mines qu'il a été nécessaire de mouiller, soit des navires de guerre effectuant un service de vigilance jour et nuit contre tout ce qui semble suspect.
Les navires de commerce et de pêche de toutes espèces sont en conséquence avertis des dangers qu'ils encourent en pénétrant dans cette zone, excepté dans les parties strictement énoncées par l'Amirauté. On s'efforcera par tous les moyens de faire connaître cet avertissement aux nations ou navires neutres en mer. Mais à partir du 5 novembre, l'Amirauté annonce que tous les navires qui passeraient une ligne partant du point nord des îles Hébrides par les îles Ferroë pour aboutir en Islande, ne pourront le faire qu'à leurs risques et périls.

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« Aux Invalides », Le Figaro, mardi 3 novembre 1914.

Un service très solennel dans son émouvante simplicité a été célébré hier matin en la chapelle Saint-Louis des Invalides pour le repos de nos soldats morts au service de la patrie.
Le catafalque, entouré de cierges, est recouvert d'un drap tricolore et flanqué de quatre drapeaux aux couleurs nationales. L'église elle-même n'est décorée que de drapeaux étrangers, évoquant les uns d'anciennes victoires, les autres des succès d'hier qui préparent la victoire de demain. Les premiers sont suspendus de chaque côté de la voûte. Les seconds sous l'orgue, face à l'autel. (…)
Les stales du chœur sont occupées par les invalides, en uniforme, la poitrine barrée du grand cordon blanc. Les trophées jadis enlevés à l'ennemi sont placés tout juste au-dessus de ces témoins vivants d'un passé dont l'héroïsme du soldat de 1914 qui égale, a-t-on dit, toute l'histoire française, fait resplendir à nouveau la gloire.

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« Un quartier général allemand bombardé », Le Matin, lundi 2 novembre 1914.

Nord de la France, 30 octobre. — Une escadrille aérienne française composée de six biplans et de deux monoplans emportant 240 bombes, réussit à repérer la maison dans laquelle se trouvait un quartier général allemand près de Dixmude, et, la survolant, laissa tomber bome après bombe jusqu'à ce que l'immeuble fut en feu.
L'état-major alla se cacher dans les bois sur lesquels les bombes furent aussi lancées.
Les aviateurs qui prirent part à ce raid sont tous revenus sains et saufs. (Daily Mail.)

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« Les attentats turcs dans la mer Noire », Le Temps, dimanche 1er novembre 1914.

L'attitude de la Russie (Dépêche de notre correspondant particulier)

Bordeaux, 31 octobre. — Dès qu'il eût été informé de la triple aggression turco-allemande, commise jeudi dans la mer Noire, contre Odessa, Théodosie, et Novorossisk, le gouvernement russe a donné mandat à son ambassadeur à Constantinople d'obtenir immédiatement du gouvernement turc des excuses et des regrets et, comme première satisfaction, le renvoi de tous les officiers allemands employés dans l'armée et la marine ottomanes.
L'ambassadeur de Russie à défaut de ces satisfactions devra demander ses passeports. Cette démarche sera appuyée par les représentants de la France et de l'Angletere à Constantinople. On a la certitude que les trois navires qui ont coulé une canonnière russe et bombardé les Portugal à Odessa puis lancé des bombes sur Théodosie et Novorossisk sont les croiseurs allemands Gœben et Breslau, maquillé par une vente fictive en croiseurs turcs, et montés par des officiers allemands et le croiseur Hamidieh, l'ancien Brandebourg. Il étaient escortés par quatre torpilleurs.
Jusqu'à présent la Turquie, sans dégager complètement sa responsabilités dans les attentats de la mer Noire, ne l'a cependant pas encore affirmée.

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