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1914 vu par les journaux français - Pierre Aulas
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1914 vu par les journaux français

« La fête des morts », L'Humanité, samedi 31 octobre 1914.

On sait que la ville de Paris a fait établir, à l'occasion des fêtes de la Toussaint, un monument très simple, dédié aux morts pour la patrie, dans chacun des trois cimetières de Bagneux, d'Ivry et de Pantin, où sont enterrés les blessés qui sont morts dans les hôpitaux et ambulances de la capitale.
Demain dimanche, le général Galliéni, gouverneur militaire de Paris, ira déposer une couronne de fleurs sur ces monuments.

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« Le congé de la Toussaint dans les écoles de la Seine », L'Humanité, 31 octobre 1914.

Conformément aux dispositions réglementaires, le congé de la Toussaint dans les écoles primaires élémentaires et les écoles maternelles du département de la Seine comprendra cette année les 1er et 2 novembre. — (L'Information.)

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« Progrès de la téléphonie sans fil », Le Petit journal, vendredi 30 octobre 1914.

Les impressions de L. Alphonse Berget

Nous avons dit que d'intéressantes expériences de téléphonie sans fil avaient été faites avec succès, la semaine dernière à la tour Eiffel. Le son de la voix a pu être porté et entendu nettement à plus de 6 000 kilomètres, distance énorme qui n'avait pu être franchie jsuqu'à présent.
M. Alphonse Berget, l'éminent professeur de l'Institut océanographique, dont les travaux scientifiques sont appréciés par le monde entier et qui a suivi avec passion les recherches relatives à la télégraphie et à la téléphonie sans fil, a bien voulu nous recevoir dans son laboratoire de l'Institut, et nous dire ce qu'il pense de cette grande découverte de la science moderne, qui vient d'être mise en application.
Il n'a pas assisté aux expériences de la Tour Eiffel et il ne sait que très peu de choses de ce qu'elles ont été.
Cependant, nous a-t-il dit, les expériences qui viennent d'avoir lieu à la Tour Eiffel sont la réalisation très intéressante d'une idée déjà dans l'air.

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« Règlement de comptes des métayers », Le Matin, jeudi 29 octobre 1914.

Bordeaux, 27 octobre. — Dans un rapport qu'il adresse au président de la République, le ministre de l'agriculture constate que nous approchons de l'époque où a lieu, dans la pluaprt des régions de France, le règlement anuel des comptes d'exploitation des métairies.

« La famille du métayer, dit le ministre de l'agriculture, pourrait parfois se trouver en mauvaise posture pour défendre ses intérêts lorsque son chef a été mobilisé. » Aussi bien le ministre a-t-il fait signer un décret pour accorder au métayer ou à sa famille la faculté d'ajourner la reddition des comptes dont les éléments demeureront consignés sur les registres. Toutefois, le métayer n'aura pas le droit de différer le règlement si le bail venant à expiration n'a pas été prorogé conformément à l'article 1er du décret du 19 septembre 1914. Lorsque le métayer, mobilisé ou non, aura été obligé d'embaucher des ouvriers pour remplacer des membres de sa famille appelés sous les drapeaux, il devra en aviser le bailleur et tenir un compte spécial des frais qu'il aura supportés de ce chef. À défaut d'entente spéciale, le métayer saisira le juge de paix qui appréciera, s'il y a lieu, d'en mettre une partie à la charge du bailleur. (Information.)

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« L'offensive russe à Przemysl », L'Écho de Paris, mercredi 28 octobre 1914.

Przemysl, 27 octobre. — Les déerteurs de Przemysl rapportent que les maladies épidémiques déciment la garnison et la population. Les médicaments et les vivres touchent à leur fin. Tous les habitants mâles sont obligés de travailler à la réparation des ouvrages défensifs que le feu russe détruit infatigablement. Les Russes bombardent sans cesse la ville ; grâce à de puissants projecteurs, le bombardement continue même la nuit. Les femmes et les enfants vivent dans les caves.

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« Pour les ouvriers réfugiés », L'Humanité, mardi 27 octobre 1914.

Une circulaire du ministère de l'intérieur

Bordeaux, 26 octobre. — Le ministre de l'intérieur a invité les préfets à établir par classement et par nature les professions des ouvriers réfugiés dans les départements fraçnçais.

« En vue de hâter l'établissement de ces listes, dit la circulaire ministérielle, nous signalons aux ouvriers français et belges en chômage l'intérêt qu'il y a pour eux à faire rapidement une déclaration à la mairie pour permettre de leur procurer du travail. Ils indiqueront d'une façon précise leur résidence actuelle, leur profession et les stages faits dans la dernière usine où ils auront travaillé.
Dès maintenant, il nous est signalé qu'un travail rémunérateur pourra immédiatement procuré aux ouvriers exerçant la profession de tourneurs sur métaux, ajusteurs métallurgistes et forgerons. » (L'Information.)

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« Le pillage d'un château », Le Temps, lundi 26 octobre 1914.

Le 2 septembre, à l'approche de l'armée allemande, M. Javal, propriétaire du château d'Épluches, en Seine-et-Oise, partit avec tout son personnel. Dès que son départ fut connu, le château reçut la visite de nombreux pillards. L'argenterie, le linge, les habits, une quantité considérable de poulet et de canards, – M. Javal se livrait à l'élevage – disparurent. Le préjudice peut être évalué à une trentaine de mille francs.
Le 3, cinq mécaniciens du Chemin de fer du Nord, du dépôt d'Épluches, furent trouvés dans le château par un officier qui y venait en mission, et hier, ces cinq mécaniciens comparaissaient devant le 3e conseil de guerre sous la prévention d'avoir participé au pillage.
Ils protestaient énergiquement de leur innocence. Profitant de quelques heures de repos à la garde d'Épluches, et ayant entendu dire que le château voisin avait été pillé, ils y étaient allés poussés par la curiosité.
Après la plaidoirie de Mes Lucien Leduc, Lebreton et Henriot, le conseil les a acquittés à l'unanimité.

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« Prenons le jouet », La Croix, dimanche 25 octobre 1914.

L'Allemagne est le pays du jouet !
C'est inouï, mais c'est ainsi !
Cette chose légère, gracieuse, innocente, vers laquelle se tendent les menottes avides des tout petits, la grosse Allemagne, pétroleuse et sanglante, la patrie de la choucroûte et des obusiers de 420 en possédait le monopole.
S'il n'y avait pas la guerre, toutes les hottes de tous les pères Noël se prempliraient déjà de jouets de Nuremberg et de la Forêt-Noire : et les tirelires de nos petites choux serviraient une fois de plus à faire des canons pour massacrer leurs papas.
Or le jouet allemand est fini.
Chacun va le repousser avec horreur car il est une tartufferie… car il dégoute du sang des femmes et des enfants ; il épouvantera toutes les mères.
Il y a donc, d'ici un mois, une place mondiale à prendre.

Maintenant, méditez ces vérités considérables :
Le jouet est une nécessité universelle. Même chez les plus pauvres, Noël passe dans la cheminée.
Le jouet est une chose gentille, facile, rémunératrice ; il correspond admirablement au tempérament léger de notre race.
DONC IL FAUT FAIRE DU JOUET.
Il y a deux moyens d'en faire :
Le moyen privé, qui consiste à inventer un jouet et à le vendre à son propre compte.
Ici, la perspective est déjà immense.
Voyez-vous, ce mois-ci, les soirées familiales ? Tout le monde est réuni autour de la table ; on cherche l'idée originale à réaliser avec des matériaux qui ne coûtent rien. On y a rêvé la nuit et le jour… Tout d'un coup, ça y est ! le jouet va surgir… là… entre les doigts du Gaulois né malin, ou de la petite Gauloise plus maligne encore ! (…)

Le second moyen est plus général : les associations charitables demandent à des artistes de talent de créer des modèles comme autrefois Caran d'Ache : elles en font un dépôt légal, pour en garder la propriété ; puis elles les donnent à répéter par de pauvres gens, après s'être entendues avec les grands magasins de France et de l'étranger, pour les commandes et la vente. (…)
Des grands commerçants m'affirment que si on prend sérieusement l'occasion aux cheveux, il y a là, pour les petites mains françaises, pour nos midinettes, pour nos avisées petites paysannes, une industrie qui peut devenir une des solution du travail à domicile. (…)

Donc, femmes de France, à l'oeuvre !
On ne détruit que ce que l'on remplace.
Remplacez le jouet allemand !… Pas demain… tout de suite !… car la vente de Noël approche.

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« Une flottille belge à Lyon », Le Figaro, samedi 24 octobre 1914.

Lyon. — Les habitants des rives de la Saône n'ont pu moins faire de remarquer une véritable flottille de bateaux pontés accostés soit au port Saint-Antoine, soit au port Neuville, soit surtout le long du quai de l'Industrie. Ces bateaux sont des péniches belges – le pavillon national de Belgique flotte d'ailleurs au sommet de leurs mâts – qui viennent de Charleroi et sont habitées par une nombreuse population de mariniers. Ces braves gens font ordinairement le service des marchandises par canaux de Charleroi à Montereau. Ils se trouvaient dans ce port fluvial au moment de la déclaration de guerre.
À ce moment le gouvernement réquisitionna ces péniches et les fit venir à Sens pour embarquer d'importants approvisionnements de grains, principalement de l'avoine, sur lesquels on redoutait de voir les Prussiens mettre la main. De Sens les péniches de Charleroi descendirent à Lyon. Depuis cette époque, Lyon possède une colonie assez importante des mariniers belges. Ce sont de très dignes familles où les enfants abondent.
À l'instar du Havre, notre ville sert ainsi de refuge à une partie de ce peuple admirable qui s'est sacrifié nobelement pour couvrir la France contre l'invasion.

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HENRY (Albert), « Défense de parler français à Colmar », Le Petit journal, vendredi 23 octobre 1914.

Bordeaux, 22 octobre. — On lit dans la Gazette de Cologne du 16 octobre le télégramme suivant de Colmar : « Dès le début de la guerre, le gouvernement militaire avait en différentes localités fait prévenir la population qu'il était dangereux de parler français en public, puisque l'usage de cette langue pouvait entraîner de regrettables confusions. Le commandant de la place de Colmar vient de rendre l'arrêté suivant :
Toute personne qui parlera français dans la rue ou en un lieu public sera considérée comme un ennemi et arrêtée. »

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« Encore les mines de Normandie », L'Action française, jeudi 22 octobre 1914.

En félicitant M. Marcel Sembat, ministre des travaux publics, des mesures enfin prises au sujet de la mine de Diélette et des hauts-fourneaux de Caen, nous l'engagions à poursuivre une tâche qui est loin d'être terminée. En effet, même en Normandie, il s'en faut que les établissement mis sous séquestre par le ministre soient les seuls dont le minerai alimentait l'industrie allemande et servait à fondre les canons et les obus qu'on emploie aujourd'hui contre nous. Tout le sous-sol normand et breton, qui est riche en fer, avait été accaparé, sous des formes diverses, par MM. Krupp et Thyssen.
C'est pourquoi nous avons le devoir d'insister et de demander notamment à M. Marcel Sembat quelle décision il a prise au sujet de la Société française des mines de fer, qui exploite les riches concessions de Jurques, Bourberouge, Mortain et Ondefontaine, et dont le fondateur et administrateur délégué est l'armateur hollandais Jos de Poorter.
C'est au sujet de ces mines que le rapport présenté par le Préfet de la Manche au Conseil général s'exprimait ainsi (pp. 114-115) :

Les expéditions de minerai grillé à destination de l'Allemagne, embarquées à Caen et à Saint-Malo, et provenant des seules mines de Bourberouge et Mortain, se sont élevées, pour 1913, à 41 388 tonnes !
Soit 34 553 tonnes pour Bourberouge.
Et 3 835 tonnes pour Mortain-le-Neufbourg.

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« Le gibier aux Halles », Le Matin, mercredi 21 octobre 1914.

La chasse n'ayant pas été ouverte cette année, beaucoup de personnes s'étonnent de voir en vente aux Halles et exposés à la devanture de certains magasins, des lièvres, des perdreaux et des faisans. Des chasseurs surtout se sont émus et on crie au braconnage.
En réalité la provennce du gibier à Paris est parfaitement licite.
Au mois d'août, en effet, lorsqu'un décret supprima pour 1914 l'ouverture de la chasse - même mesure, du reste, fut prise en 1870 - il fut bien stipulé que le gibier étranger, expédié dans des wagons plombés en douane, pourrait librement entrer dans Paris et être vendu dans l'intérieur des fortifications seulement.
La plupat des lièvres, faisans et perdrix actuellement sur le marché viennent d'Angleterre et quelques autres de Hollande.
Les chasseurs peuvent donc se rassurer puisque aucune pièce tuée en France ne pourrait être introduite dans la capitale.
Le seul gibier français dont la vente est autorisée est le lapin de garenne et la sanglier qu'on peut, avec une autorisation spéciale, chasser en tout temps, étant donné qu'ils sont, en certains cas, considérés comme animaux nuisibles.
Les gourmands les plus scrupuleux peuvent donc se rassurer, puisque c'est encore l'entente cordiale qui leur permet de satisfaire leur passion.
Bon appétit, messieurs.

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« Les avions allemands », L'Écho de Paris, mardi 20 octobre 1914.

Malgré le brouillard, la pluie et la grêle dans les hautes sphères aériennes, nos aviateurs militaires ont survolé hier Paris et sa périphérie pendant toute la journée. Pas un instant le service ne s'est arrêté. Il continuera sans répit.
Plusieurs incidents ont marqué ces reconnaissances. Un avion français, monté par deux officiers, est sorti du brouillard à 50 mètres au-dessus de la basilique de Montmartre, en pleine tempête aérienne. Les deux aviateurs ont pu cependant rentrer à leur camp. Un autre appareil, emmenant un autre offcieri aviateur comme passager, a évolué dans une brume tellement épaisse que les deux pilotes se croyaient dans la nuit la plus obscure. Ils en sont sortis, accomplissant courageusement leur mission.
Le résultat de ces reconnaissances a été qu'un avion allemand nettement reconnu, signalé de Compiègne, se dirigeant sur Paris, a dû rebrousser chemin.

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« La crise du charbon », L'Humanité, lundi 19 octobre 1914.

Les moyens d'y porter remède

Le syndicat de la presse nous adresse sur la crise du charbon et les moyens d'y porter remède une comunication d'importance dont voici l'essentiel:

Les causes de la crise du charbon sont connues. Aujourd'hui, les charbons de Belgique et d'Allemagne n'arrivent plus et les huoilles du Nord de la France ne peuvent plus être expédiées que très partiellement, par suite de l'arrêt des tains et de la batellerie dans les départements occupés par les armées combattantes.
Il en résulte que la houille, pour les besoins de Paris, doit être demandée à l'Angleterre et spécialement au bassin de Cardiff, car, par suite des mines flottantes mises dans la mer du Nord, d'abord par les Allemands, ensuite par les Anglais, ce trajet est devenu trop dangereux pour compter sur les arrivages de charbon de Newcastle, Yorkshire, etc.
En conséquence, c'est seulement la côté de l'ouest de l'Angleterre qui peut approvisionner Paris, mais c'est surtout Cardiffqui, par sa situation la plus rapporchée de nos côtes et aussi parce que ses produits sont plus spécialement demandés, est notre founisseur spécial.
Ce charbon de Cardiff est transporté actuellement par des steamers de Cardiff à Rouen, déchargé sur des péniches (300 tonnes) ou des chalands (500 à 600 tonnes) qui viennent à Paris par la Seine.
Comme Paris ne peut être approvisionné en charbon que par les transports fluviaux puisqu'on ne peut le faire par chemin de fer, il faudrait mettre à disposition de la batellerie le personnel qui lui fait défaut actuellement et que l'on pourrait recruter parmi les mariniers mobilisés que détacherait momentanément de leur service, ou même choisir des hommes de bonne volonté parmi certains réfugiés qui serient aptes à faire ce métier.
L'attention du gouvernement doit se porter encore sur l'organisation des tansports par steamers. La hausse du fret a augmenté le prix de la marchandise. La question se pose de savoir si l'on ne pourrait pas obtenir du gouvernement anglais l'arrêt de la spéculation par la tarification obligatoire des transports, comme cela se fait pour le prix des vivres.
Notons qu'en temps normal, la consommation dans le département de la Seine pour usage domestique, est de 500 000 tonnes environ par mois d'hiver et de 500 000 tonnes également dans les départements de Seine-et-Oise et Seine-et-Marne réunis.

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« Dans les tranchées anglaises », Le Temps, dimanche 18 octobre 1914.

Le bureau anglais de la presse donne quelques détails sur l'existence des soldats anglais dans les tranchées. Afin de pouvoir dormir ils ont creusé dans le flanc des tranchées de véritables demeures souterraines auxquelles ils ont donné des noms somptueux ou familiers tels que Hôtel Cecil, Hôtel Ritz, Billet Doux, rue Dormir (sic).

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« Mortier allemand de 420 », La Croix, samedi 17 octobre 1914.

Schéma du moriter allemand de 420, publiée dans la Croix du 17 octobre 1914

Ce schéma représente le fameux mortier allemand capable de forcer, avec le temps des forts réputés jusqu'ici inexpugnables.
Le canon B (B' lorsqu'il est incliné pour le tir) est monté sur un truck (A A'). Chaque truck comporte deux boggies à trois essieux. La longueur totale est de 18 mètres. Le poids du truck est de 120 tonnes environ. Les boggies sont réunies par une plate-forme portant la pièce et formée de deux poutres rivées surbaissées en leur milieu. L'affût peut tourner sur un rail circulaire. Cette rotation et le pointage en hauteur se font au moyen d'un moteur hydraulique. La mise à feu se fait à distance au moyen d'un câble électrique. Le projectile pèse de 600 à 800 kilos. Il est chargé en acide picrique. Pour le tir, afin de dégager les boggies, on fait reposer la plate-forme sur les rails au moyen d'un verrin hydraulique. (E E'). — (C) Grue tournante à munitions. Elles les puise dans le wagon à munitions attelé au truck. — (D) l'obus.

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« La destruction de l'hôtel de ville d'Arras », Le Figaro, vendredi 16 octobre 1914.

Comme ,ous l'avons dit, les Allemands, en bombardant Arras, ont mis le feu à l'Hôtel de Ville, qui était un des joyaux de l'art espagnol du XVIe siècle.
L'Hôtel de Ville, ainsi que d'admirables panneaxu, également du seizième siècle, qui paraient une des palces de la ville, ont été entièrement détruits.
L'Hôtel de Ville, de style gothique, était un des plus beaux monuments du nord de la France. Il avait était construit en majeure partie au commencement du seizième siècle.
Le bâtiment, donnant sur les rues latérales et, derrière, sur la place de la Vacquerie, étaient de très riches constructions du style de la Renaissance.
Le beffroi, haut de 75m.36, était le plus élevé des monuments de cette espèce que possédait la France. Il remontait au milieu du seizième siècle.
Le beffroi contenait un carillon et trois vieilles cloches ; la principale, « la Bancloque » ou « Joyeuse », de 1728, pesant 9 000 kilos et qu'on frappait sans la remuer, pour ne pas ébranler l'édifice.
Il y avait, au premier étage de l'Hôtel de Ville d'Arras, deux grands salons à boiseries gothiques et cheminées monumentales.
Tout cela, pour la gloire des Kulturman, les soldats de Guillaume l'ont détruit !

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« La mort de Charles Péguy », L'Action française, jeudi 15 octobre 1914.

Écho de l'Intransigeant :

La mort de Charles Péguy.
Un blessé du 276e, qui servait sous les ordres de Charles Péguy, a vu mourir l'auteur duMystère de Jeanne d'Arc.
« Péguy, nous dit-il, s'était fait adorer des hommes de sa section. Plusieurs parmi nous l'ont pleuré. Il a été tué d'une balle à Villeroy, pendant la retraite de l'armée du Nord. Il était sur la ligne de feu, en avant de ses hommes.
Très calme, très froid, il avait grand soin de ne pas exposer la vie de ses hommes, mais s'exposait lui-même sans forfanterie. »

Ainsi, nous nous en doutions bien, cette mort sublime a été honorée des plus dignes préparations.

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« Le siège du gouvernement belge transféré au Havre », L'Écho de Paris, mercredi 14 octobre 1914.

Bordeaux, 13 octobre. — On nous communique la note suivante :
Le gouvernement belge, pour assurer sa liberté d'action, ayant décidé de se rendre en France, une partie de ses membres, accompagnés d'un certain nombre de fonctionnaires, se sont embarqués ce matin à Ostende pour le Havre, oùle gouvernement français a pris toutes les mesures nécessaires pour leur installation.
Les autorités d'Ostende ont eu soin d'assurer l'évacuation de tous les blessés et convalescents.
Le roi Albert est demeuré à la tête de l'armée.

Les conditions du transfert

Le transfert au Havre du gouvernement belge et des membres des corps diplomatiques accrédités auprès de lui constitue un événement dont il est superflu de souligner l'importance.
Ainsi que l'indique le communiqué officiel, le gouvernement français a pris toutes les mesures nécessaires pour l'installation des ministres belges eût lieu dans les meilleures conditions et que le service de leurs départements respectifs fût complètement assuré. Seuls des membres du cabinet belge, le ministre de la guerre ne s'est pas rendu au Havre et est resté provisoirement avec le roi Albert.
Ce transfert soulève des questions de droit international qui ont été naturellement résolues de manière à donner complète satisfaction à nos alliés.
Le gouvernement belge jouira de l'exterritorialité et aura en matière télégraphique la franchise et la priorité. Il bénéficiera en somme des mêmes droits que ceux donnés au Saint-Siège par l'Italie, dans la loi des garanties.

Au Havre (De notre correspondant particulier)

Le Havre, 13 octobre. — La navire amenant les membres du gouvernement belge au Havre a été signalé à 5h30 par sémaphore.
Les passagers débarqueront ce soir.
Par voies d'affiches, le maire a lancé un pressant appel à la population pour l'engager à recevoir dignement nos hôtes. Toutes les dispositions nécessaires ont été prises.

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« Les commerçants affameurs », L'Humanité, mardi 13 octobre 1914.

On nous prie d'insérer l'ordre du jour suivant :
Les habitants de Saint-Gratien (Seine-et-Oise), réunis place Gambetta, le 4 octobre, à 14 heures, sur convocations du maire,

Considérant :
Que le lait est aliment de première nécessité, particulièrement pour les enfants, les vieillards et les malades ;
Que rien ne justifie l'augmentation de son prix, porté à 0 fr. 40 par le syndicat régional des patrons laitiers ;
Que si l'on a pu dire que, pour la Prusse, la guerre est une industrie, il est honteux qu'on puisse dire que des Français en font un commerce à l'égard de leurs concitoyens ;
Décident de demander à la municipalité de taxer le prix du lait ;
S'engagent à ne plus se fournir chez les laitiers qui auront refusé d'abaisser leur prix.
Considérant d'autre part, qu'à quelques honorables exceptions près, les commerçants vendent les denrées alimentaires au-dessus du cours normal, si bien qu'à Saint-Gratien la vie est au moins 25 % plus chère qu'à Paris :
Décident d'étudier la création dans le plus bref délai, d'une coopérative de consommation, et profitent de leur réunion pour adresser à tous les citoyens sous les drapeaux le tribut de leur reconnaissance et de leur admiration.

Contre de telles pratiques, dont se préoccupe la Commission d'action formée par le P.S. et la C.G.T., il faudra bientôt que les autorités compétentes prennent des mesures qui s'imposent parmi lesquelles se place naturellement la taxation des produits sur lesquels porte la spéculation de gens éhontés.

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« Académie des sciences », L'Humanité, 13 octobre 1914.

Le secrétaire perpétuel a donné lecture d'une note de M. Alfred Angot, directeur du bureau central météorologique: à l'aide du sismographe Galitzine, l'Observatoire du parc Saint-Maur enregistrait un violent tremblement de terre, dans la nuit du 3 au 4 octobre : les calculs des observateurs établissaient que l'épicentre de ce tremblement de terre devait se trouver à 2 600 kilomètres dans la direction sud-est, c'est-à-dire en Asie mineure, aux environs des ruines d'Antioche. Quelques jours après, les renseignements qui parvenaient sur ce tremblement de terre montraient que son centre avait été entre les villes de Bouldour et d'Isbarta, à 150 kilomètres à peine du point établi par les calculs.

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« La chute d'Anvers », Le Temps, lundi 12 octobre 1914.

La chute d'Anvers est un fait accompli. Le « réduit national » belge est tombé aux mains des Allemands vendredi soir à minuit. Le fait est déconcertant dans sa brutalité. Les spécialistes les plus autorisés considéraient qu'Anvers était à même de résister de longues semaines et que sa triple ceinture de forts détachés lui permettait de défier un adversaire réolu aux assauts les plus furieux. Les Allemands avaient commencé l'attaque d'Anvers le 30 septembre ; la place a donc résisté pendant dix jours, et ce la confirme que dans la guerre moderne, les fortifications les plus puissantes ne résistent pas aux effets de l'artillerie lourde de siège quand elles ne sont pas soutenues par une défense mobile suffisamment nombreuse. L'expérience d'Anvers est concluante, après celle faite déjà à Liège et à Namur.
Les Allemands, au lieu d'investir méthodiquement le camp retranché belge, ont réussi à le forcer sur un point donné par une attaque en masse, alors que la petite armée de campagne belge avait à défendre un front immense. L'ennemi trouva le point faible du camp à hauteur de Lierre, donc à l'extrême est du secteur compris entre la Senne et la Nèthe. Tandis qu'il n'était pas parvenu à enfoncer le front sud, il réussit ici à franchir la Nèthe, à pénétrer à l'intérieur du camp retranché en contournant la zone inondable. (…)
De là, le bombardement de la ville d'Anvers devenait chose aisée. Ce bombardement fut accompli par deux cents canons de 28, de 30 et des obusiers de 42. La grande gare du sud, le palais de justice et la belle avenue de l'Industrie furent gravement endommagés dès les premières heures. Plusieurs obus tombèrent sur la prison de la rue des Béguines. Certaines parties de la cathédrale ont été endommagées, ainsi que l'hôpital de Stuyvenberg. Les rues Darciles et Vanbrée ont beaucoup souffert. (…)
Vendredi à midi, le commandant en chef belge décida la retraite, mais on maintint un feu violent sur le front, afin de permettre à l'armée de campagne d'opérer sa retraite en bon ordre. Quand elle fut à une distance suffisante des forts, on fit sauter ceux-ci.

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« Anvers est pris », Le Figaro, dimanche 11 octobre 1914.

On annonce qu'Anvers a été pris hier, sans qu'on connaisse actuellement les conditions dans lesquelles la place aurait enlevée par l'ennemi.

FITZ-MAURICE (A.), « Mort du roi de Roumanie », Le Figaro, 11 octobre 1914.

Le roi de Roumanie est mort hier, à l'âge de soixante-quinze ans. Sa maladie n'était donc pas purement diplomatique, comme on l'avait dit. Il disparaît à une heure grave pour son pays, où son nom pourra désormais rester honoré sans aucune restriction, et qui pourra lui garder toute la reconnaissance due à d'immenses et incontestables services.
Appelé à régner en 1866 sur les principautés réunies de Moldavie et de Valachie, le prince Charles de Hohenzollern s'était identifié, autant que lui permettait son origine et ses attaches de famille, au peuple qui lui aussi l'avait adopté et qui a prospéré avec lui pendant les cinquante années d'un règne qui ne fut pas sans grandeur.
Diplomate avisé, politique preudent et habile, le souverain roumain, qui avait transformé sa couronne princière en couronne royale en 1881, – bénéfice qu'il avait obtenu, à défauts d'autres, de sa participation victorieuse à la guerre russo-turque – avait louvoyé avec une prodigieuse dextérité pendant les longues années de paix que vécut la Roumanie jusqu'à la guerre balkanique. Il consacra tous ses efforts au développement économique et industriel de la Roumanie, et s'appliqua à en faire un pays riche pour en faire un pays fort. Car il sut aussi lui donner une armée dont le poids se fit sentir à l'heure décisive.
Le rôle de la Roumanie dans les derniers événements balkaniques est encore présent à toutes les mémoires, et la paix de Bucarest imposée par elle à la Bulgarie avait fait du roi Carol l'arbitre des affaires d'Orient.
Ce rôle, il l'avait rempli d'accord avec la Russie à laquelle il avait longtemps gardé rancune ; une réconciliation qui paraissait sincère l'avait personnelement rapproché de la famille impériale russe et semblait orienter définitivement la Roumanie dans le sens de ses aspirations nationales.
On eut donc quelques mécomptes à cet égard lorsque l'on apprit les résistances qui s'opposèrent en haut lieu, à Bucarest, à la réalisation du vœu unanime de la nation en faveur d'une intervention contre l'Autriche en Transylvanie et quand on eut compris que ses cinquante années de règne en Roumanie n'avaient pas fait compètement oublier au roi Carol qu'il était né Prussien et Hohenzollern.
On espère que cette … (censure) aura moins d'emprise sur son neveu et héritier, le prince Ferdinand, qui est d'ailleurs marié à une princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, anglaise par son père, le duc d'Édimbourg, et russe par sa mère, la grande-duchesse Marie, la propre tante du tsar.
Le nouveau roi de Roumanie ne saurait, d'ailleurs, manquer de comprendre que ce serait un fâcheux début de règne que de s'opposer à l'accomplissement des destinées du pays, … (censure)

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« Lutte violente à notre aile gauche », Le Matin, samedi 10 octobre 1914.

Communiqué officiel du 9 octobre (15 heures). — La situation générale n'a pas subi de modifications.
À notre aile gauche, les deux cavaleries opèrent toujours au nord de Lille et de la Bassée et la bataille se poursuit sur la ligne jalonnée par les régions de Lens-Arras-Bray-sur-Somme-Chaulnes-Royes et Lassigny.
Au centre, de l'Oise à la Meuse, on ne signale que des actions de détail.
À notre droite, en Woëvre, il y a eu une lutte d'artilleriesur tout le front.
En Lorraine, dans les Vosges et en Alsace, pas de changement.

Les Allemands viennent de s'appliquer à bombarder et à détruire la propriété que M. Raymond Poincaré possédait à Sampigny, dans la Meuse. Cette fureur imbécile qui s'en prend aux choses, faute de pouvoir triompher des hommes, est du meilleur augure pour notre cause, et nous ne commettrons pas la faute d'adresser à ce propos à M. le président de la République nos condoléances attristées : nous le félicitons respectueusement au contraire d'avoir attiré plus particulièrement la haine et les coups d'un ignoble ennemi.

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« Le ravitaillement des armées », La Croix, vendredi 9 octobre 1914.

Il est un sujet dont on n'a guère parlé jusqu'à présent: le ravitaillement des armées en vivres et en munitions. (…)
Le ravitaillement en campagne est assuré par la coopération de l'état-major, organe du commandement, qui donne les ordres, et l'intendance, agent technique, qui les exécute. Au début de la guerre, un communiqué officiel a précisé le détail des divers échelons de vivres constitués de l'avant à l'arrière. L'homme porte sur lui deux jours de vivre de réserve, destinés à être consommés lorsque les troupes n'ont pas pu être rejointes par leurs trains réglementaires. Ceux-ci portent également deux jours de vivres. Il y en a encore quatre jours aux convois administratifs de corps d'armée et d'armée. Soit au total huit jours de vivres transportés par les troupes à leur suite.
Le pain provient des boulangeries de campagnes, des centres de fabrication établis dans les localités importantes et des stations magasins.
La viande est fournie par le troupeau de bétail du corps d'armée. Une section automobile est affectée à ce service et sert à transporter la viande abattue, depuis les centres d'abat, organisés à proximité du troupeau, jusqu'aux centres de livraison, où les corps viennent la prendre. La plupart de ces sections automobiles sont constituées par les autobus de Paris : Madeleine-Bastille et Panthéon-Courcelles sillonnent les routes en arrière du front et apportent jsuqu'à proximité des tranchées les quartiers de bœufs, dont les morceaux passeront de la marmite de l'escouade dans la gamelle individuelle.
Le taux de ration est fixé à 750 grammes de pain, 500 grammes de viande, 100 grammes de légumes secs, 32 grammes de sucre. (…)
Le ravitaillement des troupes se trouve bien simplifié quand elles stationnent ou combattent à proximité de la voie ferrée. Alors les trains régimentaires vont s'approvisionner chaque jour aux stations désignées. À mesure qu'on s'éloigne du chemin de fer, la solution du problème se complique ; il faut recourir aux voitures des échelons successifs, convois administratifs de corps d'armée ou même d'armée. Mais enfin de compte, l'organe essentiel du ravitaillement est toujours la voie ferrée ; c'est elle qui permet d'établir, entre l'intérieur du pays et les armées, un courant assez abondant pour fournir aux besoins.
On se fera une idée de l'importance de ces besoins quand on saura que le poids d'un jour de vivres pour un corps d'armée, sans compter la viande, atteint environ 130 tonnes, réparties en 22 wagons : 8 de pain, 2 de petits vivres, 12 d'avoine. En principe, chaque armée doit avoir sa ligne de communication particulière. Chaque jour, la gare régulatrice dirige un train de vivres sur chacun des corps d'armée, auquel est attaché une gare de ravitaillement. Le déchargement des wagons dans les 182 fougrgons des trains régimentaires demande huit heures. (…)
Les chemins de fer jouent aussi un rôle essentiel pour le ravitaillement en munitions. Les canons modernes, à tir rapide, sont de gros mangeurs et ont besoin d'être alimentés presque quotidiennement, une batterie tirant facilement, en quelques heures les cartouches qu'elle porte dans ses coffres ; les rafales successives dont on couvre le terrain sur une profondeur de 400 mètres consomment de grandes quantités de projectiles. Disons seulement que les arsenaux, qui travaillent jour et nuit, et les établissement métallurgiques, grands et petits, livrent un nombre d'obus suffisant pour satisfaire aux besoins. Grâce au fonctionnement parfait des services de l'arrière, ils arrivent régulièrement sur le front ; nous ne nous sommes pas vus obligés de ralentir le feu, faute de munitions, comme les Allemands l'ont été à plusieurs reprises et nous sommes assurés de n'en pas manquer.

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« M. Poincaré aux armées », Le Gaulois, jeudi 8 octobre 1914.

Le chef de l'État au grand quartier général. — Il rend visite au général Joffre et au maréchal French.

Le président de la république, accompagné du président du conseil et du ministre de la guerre est arrivé en automobile au grand quartier-général lundi matin. Il n'avait aucun e suite, en dehors du géénral Duparge, secrétaire général militaire.
Il a passé quelques heures auprès du général Joffre et s'est ensuite rendu au quartier général anglais où il s'est entretenu avec le maréchal French. Mardi, il a visité deux de nos armées.
Le président de la République, le président du conseil et le ministre de la guerre se sont renseignés sur les conditions dans lesquelles fonctionnent les correspondances, le service sanitaire et l'évacuation des blessés.
Le président de la république est arrivé à Paris mardi à la fin de la journée. Hier matin, il a visité le camp retranché de Paris avec le ministre de la guerre et le général Galliéni.
Le Président a rapporté à Paris les six drapeaux allemands qui lui avaient été envoyés à Bordeaux et qui avaient été gardés à l'hôtel de la préfecture. ils ont été portés aux Invalides.

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« Université de Paris. — Faculté des lettres », Le Gaulois, 8 octobre 1914.

Avis très important.

Baccalauréat. — Les candidats au baccalauréat (1re partie A B C et 2e partie Philosophie) qui n'auraient pas reçu leur bulletin de versement sont priés de se présenter au secréatariat de la Faculté des lettres pour régulariser leur situation, la veille du jour fixé pour l'examen auquel ils se sont fait inscrire.
Les candidats qui n'auraient pas reçu leur lettre de convocation devront se présenter, munis de leur quittance, dans une des salles de composition, à sept heures du matin, au jour fixé pour l'épreuve écrite de l'examen qu'ils doivent subir.
Dates des épreuves écrites. — 1re partie : latin, grec et latin langues : 15 octobre ; 2e partie : latin, sciences : 19 octobre. Salles Y, Z, L, H, 3.
2e partie : philosophie, 26 octobre. Mêmes salles.
Les anciens admissibles subiront les épreuves orales : pour la 1re partie, latin, grec, le 15 octobre, à neuf heures ; latin, langues, le 15 octobre, à deux heures ; latin, sciences, le 16 octobre, à neuf heures ; pour la 2e partie : philosphie, le 24 octobre, à neuf heures.

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« En Belgique », L'Action française, mercredi 7 octobre 1914.

La défense d'Anvers

Anvers, 5 octobre. — Les attaques allemandes sur les défenses d'Anvers ont été repoussées samedi avec des pertes sérieuses pour l'ennemi.

Anvers, 5 octobre. — Dimanche à 2h20, on annonçait officielement qu'il n'y avait rien de changé dans la situation des positions fortifiées d'Anvers. (Daily Mail.)

Anvers, 5 octobre. — Officiel. La situation de la position fortifiée d'Anvers est stationnaire.

Vaine tentative

Anvers, 5 octobre. — La situation est inchangée. Malgré des efforts désespérés, les Allemands ont échoué complètement dans le passage de la rivière, près de Waelhen.
Dans la journée de samedi, ils avaient réussi à construire un pont près de Waelhen et avaient essayer de traverser la rivière, avançant comme toujours, en masses compactes. Mais les canons belges firent feu à ce moment une besogne si terrible que le pont vola en morceaux. (Herald.)

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« Les colonies allemandes », L'Action française, 7 octobre 1914.

Les Japonais s'emparent des îles Marshall

Tokyo, 6 octobre. — Officiel. — Un détachement japonais s'est emparé de Jaluit, siège du gouvernement allemand des îles Marshall.
Les Allemands n'ont fait aucune résistance.
Les navires anglais retenus dans le port ont été relâchés.
Le département de la marine dit que l'occupation, faite en raison des nécessités militaires, ne sera pas permanente.

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« Bulletin commercial », L'Écho des matins, mardi 6 octobre 1914.

Marché aux bestiaux de La Villette

Il a été amené : bœufs, 1 362 ; vaches, 895 ; taureaux, 118 ; veaux, 747 ; moutons, 7 479 ; porcs, 3 845 .
Arrivages étrangers : moutons, 1 721 africains ; porcs, 110 belges et 170 hollandais.
Renvois figurant dans les arrivages : bœufs, 854 ; vaches, 446 ; taureaux, 45 ; moutons, 764 ; porcs, 77.
Vente un peu meilleure sur le gros bétail, surtout pour les qualités de choix, dont les cours gagnent de 10 à 20 fr. par tête, les ordinaires étant trop nombreux, les prix se maintiennent difficilement. Sur les veaux, offres modérées, cours fermes en progrès de 3 à 6 fr. par tête. Sur les moutons, prix plus faibles, par l'importance des arrivages, les frigorifiés étrangers continuant à arriver tempèrent l'ardeur des vendeurs, baisse de 2 à 4 fr. par tête. Sur les porcs, vente lente ; les gras, recherchés, atteignent 0 55 pour certains lots de choix ; mais les sortes maigres, moins en faveur, varient de 0 46 à 0 53 au demi-kilog, poids vid.

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« Les repas populaires », L'Humanité, lundi 5 octobre 1914.

La solidarité socialiste et ouvrière du XIVe arrondissement.

Puissent les lignes que nous écrivons sur l'organisation des soupes communistes et de repas populaire tomber sous les yeux des ouvriers et des socialistes de Paris aux prises avec le sauvage envahisseur ! Elles leur apprendront que les camarades des syndicats et des sections du Parti sont, eux aussi, à l'œuvre pour atténuer les répercussions de l'horrible fléau qui désole notre pays, – qu'ils dépensent sans compter leur temps et leur peine pour subvenir aux besoins des familles des travailleurs qui forment l'immense majorité de notre armée. Et les travailleurs, après avoir lu nos petits bulletins de bataille contre la misère et le chômage, auront le cœur plus ferme et le courage plus viril.
Au XIVe arrondissement, la section socialiste et les syndicats ont obtenu de merveilleux résultats dans leur organisation des repas populaires, sous les auspices et avec le contrôle de la municipalité qui mérite, elle aussi, les plus grandes éloges.
C'est au 23 de la rue d'Alésia, dans les amples locaux d'une ancienne fabrique d'eau de Seltz, que l'organisation d'alimentation populaire de la XIVe section de la Seine, est installée.

Des détails

À l'heure présente on y distribue 550 repas par jour en moyenne, des repas complets, un demi-litre de bouillon, une portion de boeuf, une portion de légumes, une demi-livre de pain par personne. De temps à autre le menu varie, s'agrémente d'un ragout aux pommes, de saucisses aux choux.
Comme partout, dans nos œuvres semblables, chaque repas coûte vingt centimes. La section joint les deux bouts sans trop de peine. Et même il est possible qu'elle économise un peu, parce que le personnel qui achète les marchandises et prépare les repas, donne tout son travail gratuitement.
Presque tous les repas sont emportés à domicile. Une soixantaine sont pris sur place, à des tables d'une propreté irréprochable. Il y a dans le grand et clair réfectoire une atmosphère de fraternité. Et cependant, malgré la gaieté d'un tiède soleil d'arrière-saison qui s'épanouit là-haut, dans un ciel bleu tendre, et pénètre par les croisées, on mange vite, vite et l'on cause à peine. La sourde inquiètude qui hante les cerveaux se reflète dans la mélancolie des regards.
Nous avons complimenté la municipalité pour son aide généreuse. Donnons aussi deux mots de juste éloge à M. Maisy qui a offert le local, aux commerçants du Soldat laboureur et des Élégants qui ont offert la verrerie, aux citoyens Tréfaut et Charpentier qui vont installer gratuitement un hangar pour abriter la clientèle contre les intempéries des jours noirs qui vont venir.
Et que dire des camarades qui sont à la tête de cette œuvre de solidarité ? Ils nous ont expressément défendu de donner leurs noms. Ils ne font que leur devoir tout simplement.

Paroles de militants

Sous l'impulsion du même esprit, des efforts semblables ont produit d'aussi beaux résultats, dans le même arrondissement, au 111 de la rue du Château, à la Maison commune où d'autres repas populaires fonctionnent sous la direction des camarades des syndicats.
Pour le même prix de vingt centimes, on y distribue trois cents repas le matin, autant le soir, des repas simples, mais substantiels et savoureux.
Dès les premiers jours, l'œuvre a été parfaite. L'organisme des soupes communistes, créé pour les jours de grève, n'a eu qu'à se remettre en train pour l'œuvre de solidarité issue de la guerre. On avait sous la main tout le matériel et un personnel de vieux militants expérimentés.

« Oui, bien sûr, nous dit le camarade du bâtiment qui dirige l'œuvre et nous interdit de le nommer, nous rendons ici de grands services aux familles des "copains" qui sont partis, aux chômeurs qui demeurent.
Quand ceux qui sont là-bas, à la grande souffrance, à la grande peine reviendront – ceux qui reviendront – pour reprendre l'outil de travail, ils verront que nous aussi, nous avons fait notre devoir.
Grâce à notre œuvre, les familles peuvent économiser sur le montant de l'allocation ou des secours de chômage de quoi acheter un tas de petites choses nécessaires dans un ménage.
Elles n'ont pas faim. Il ne faut pas, non plus, qu'elles aient froid. Il leur faudra du charbon. Nous leur donnerons du charbon.
Ce qui m'attriste, c'est de songer que dans quelques communes de la banlieue, à Clamart ou à Malakoff par exemple, les municipalités ne font pas ce qu'elles doivent faire. Battez donc un peu de ce côté-là le rappel des bonnes volontés, c'est nécessaire. »

On nous cite, avant que nous ne prenions congé, des commerçants du quartier qui apportent à l'œuvre commune leur aide personnelle. M. Clairet, avenue du Maine, qui donne de la viande, le propriétaire du Bazar de l'Industrie qui a donné du matériel. Un ouvrier, le citoyen Hennel, donne cinq francs par semaine, un Russe deux louis par mois. C'est le bon exemple.

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« Le port des insignes de la Croix-Rouge », L'Humanité, 5 octobre 1914.

La préfecture de police communique la note suivante:
« Des personnes étrangères à toute organisation sanitaire circulent en tenue d'ambulancière, avec des insignes de la Croix-Rouge, et pénètrent dans les gares et sur les quais au moment du passage des trains militaires.
Le préfet de police vient de rappeler les dispositions qui limitent le droit de porter ces insignes et d'inviter le eprsonnel de la police municipale à réprimer toute usurpation de qualités.
On devra exiger notamment à l'entrée des gares la présentation de la carte d'identité avec la photographie délivrée par l'administration de la guerre ou par une des associations reconnues françaises ou étrangères et portant le tombre du ministère de la guerre ou du service de santé du gouvernement militaire de Paris. »

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« Les troupes hindoues à Marseille », Le Temps, dimanche 4 octobre 1914.

Les troupes hindoues, arrivées … (censure) à Marseille, ont été présentées … (censure) par leur chef au général commandant de la 15e région. Elles ont défilé … (censure) où leur velle tenue a fait grande impression. Elles ont été acclamées avec enthousiasme par la population. On leur a jeté des fleurs et on leur a offert des fruits et du tabac. Les femmes épinglaient des fleurs aux tuniques et aux turbans des soldats sikhs, qui sont de taille gigantesque, dépassant de la tête les spectateurs, et des petits soldats gourkhas, des punjabis et des beloutchis, auxquels on distribuait des petits drapeaux tricolores qu'ils fixaient à leurs fusils. Ils répondaient par de chaleureux : « Vive la France ! » aux cris de : « Vivent les Anglais ! Vivent les Hindous ! » lancés par la foule et alternant avec la Marseillaise, très bien exécutée par les musiques militaires hindoues composées d'instruments étranges.
L'accueil fait aux Hindous par les Marseillais a dépassé, s'il est possible, celui fait aux zouaves, aux turcos, aux sénégalais et aux marocains. La belle ordonnance et la magnifique apparence de ces troupes, qui ont à leur tête plusieurs princes de l'Inde, reconnaissables aux ornements en or de leurs turbans et au riche harnachement de leurs superbes chevaux, ont fait l'admiration de nos officiers.
Ces troupes sont merveilleusement organsiées dans tous les détails et prêtes à l'action. … (censure)

La foule a surtout applaudi quand ont défilé les sikhs, magnifiques types d'hommes, hauts de six pieds, et les régiments britanniques des Indes qui sont venus avec les troupes indigènes et qu'a bronzés le soleil oriental.
Ces troupes ont gagné les campements préparés pour elles. Le correspondant du Times qui donne le récit de leur arrivée ajoute ce détail pittoresque que les jeunes soldats hindous sautaient en agitant les drapeaux anglais et français, dans l'exubérance de leur joie devant l'accueil enthousiaste qui leur était fait.
L'Evening Standard, commentant l'arrivée des troupes de l'Inde dit :
« Le débarquement des troupes hindoues a une signification importante : non pas seulement au point de vue des renforcements utiles, mais parce qu'il répond à l'ambition des Indes que ses soldats soient admis à combattre aux côtés de leurs camarades anglais. »
Certaines appréhensions se sont manifestés au sujet de la faculté de résistance des troupes hindoues au climat européen, au cas où une campagne d'hiver serait nécessaire.
Ces craintes ne sont pas fondées. En effet le gouvernement britannique, toujours prévoyant, a pris soin de recruter les troupes hindoues dans les détachements des montagnes, de sorte que ces hommes ne seront nullement incomodés par notre climat européen. … (censure)

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« La rentrée », Le Figaro, samedi 3 octobre 1914.

La rentrée. C'est d'ordinaire au Palais [de justice] une journée d'animation et de bonne humeur. Après s'être oubliés un peu durant deux mois, les avocats se retrouvent avec un vrai plaisir ; ils se racontent leurs voyages d'été ; ils reprennent avec entrain la besogne délaissée. Il y a, dans l'air de la salle des Pas perdus, du sourire, de la gaieté cordiale.
Que le Palais était grave hier! Qu'il était calme! On s'était séparé dans le bruit d'un procès si scandaleux* et qui révélait tant de désordres qu'on désespérait du pays. Mais dès le lendemain, la France, qui vivait dans l'ignorance de ses ressources d'héroïsme, s'était levée d'un seul élan… et les vacances de 1914, ce furent ces admirables soixante premiers jours de la guerre.
Il n'était question que d'elle dans les couloirs où ne circulaient ni les stagiaires no les jeunes, tous partis aux armées. Beaucoup de moins jeunes ont repris du service. Que d'absents !
Que d'absents dont on s'inquiète dans les groupes où les propos s'échangent pareils, où le sujet des conversations est partout le même : les deuils glorieux, trop nombreux déjà, et la proche victoire de nos troupes…

À midi et demi, l'audience de la Cour était ouverte sous la présidence du premier président, M. Émile Forichon, assisté de MM. Bidault de l'Isle et Saint-Aubin. Le long défilé de tous les magistrats, gagnant leur place en la vaste salle, ce défilé qui d'habitude semble une mise en scène d'une noblesse un peu inutile prenait hier une émouvante signification. La justice suivait son cours, et l'abominable invasion ne troublait pas la sérénité de ses rites traditionnels. Oui vraiment, les magistrats de la Cour, groupés dans leurs robes rouges et sous l'hermine, les présidents de chambre, les conseillers, les avocats généraux, les substituts et, à la barre, le conseil de l'Ordre, le bâtonnier Henri-Robert assisté de la plupart des anciens bâtonniers (…) et de presque tous les avoués, les greffiers, de la Cour, tous ces hommes aux cheveux blancs ou blanchissants, réunis dans le vaste décor de la première Chambre, faisaient penser à quelque assemblée antique réunie pour défier les Barbares.

NOTA-BENE : à la veille de la guerre, le procès de Mme Caillaux qui a assassiné le directeur du Figaro qui menait contre son mari, député, une campagne de diffamation, fait la une de tous les journaux.

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« Échos et nouvelles », Le Matin, vendredi 2 octobre 1914.

Les nègres de la Martinique sont soulevés par le même enthousiasme que les paysans de France ou les ouvriers de Paris à la nouvelle des succès de nos armées. Mais leur enthousiasme se manifeste d'une façon plus particulière.
Le jour où l'on apprit, à Fort-de-France, notre victoire de la Marne, un nègre se présentait aux bureaux de l'état civil pour faire enregistrer la naissance d'un enfant, son fils.
— Quel prénom lui donnez-vous ?
— Joffre ! répondit le nègre.
Et l'employé, habitué à inscrire des « Napoléon » et des « Alexandre » et des « Annibal », inscrivit « Joffre ».

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Un médecin canadien français, qui garde l'anonymat, a offert au gouvernement une somme de 250 000 francs pour contribuer à la formation d'un régiment exclusivement composé de Canadiens français pour servir en Europe.

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« Le premier numéro de l'"Homme enchaîné" », L'Humanité, jeudi 1er octobre 1914.

Bordeaux, 30 septembre. — L'Homme libre ayant été suspendu pour huit jours par l'autorité militaire de Toulouse, M. Clemenceau a fait paraître ce matin l'Homme enchaîné.
Dans l'article de l'ancien président du conseil attaché à la question des blessés alsaciens, aucune allusion n'est faite à la mesure prise contre l'Homme libre. M. Clemenceau conclut à l'urgente nécessité d'isoler et de grouper les prisonniers alsaciens en vue de leur assurer le traitement auquel ils ont droit « en qualité de Français, et de Français ayant soufferts pour la patrie ».

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