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1914 vu par les journaux français - Pierre Aulas
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1914 vu par les journaux français

« Les Sénégalais à la bataille », Le Matin, mercredi 30 septembre 1914.

La veille, nous avons vu débarquer de fortes unités de Sénégalais.
En passant la rivière sur un pont de bois, ils faisaient sonner le pas avec un grand orgueil. Vêtus, coiffés de bleu sombre, ils semblaient, tous ensemble, un morceau de nuit en marche, dont leurs mâchoires auraient été le clair de luine.
Ils n'aiment pas la bière. Les habitants, sur la route, leur tendaient des verres. Ils ne prenaient que le vin. Pas tous. L'un déclara :
— Moi suis comme chameau.
Il y en avait d'immenses. Quand ils tendaient le bras et qu'on leur remplissait la timbale, on restait stupéfait de la distance qui séparait le liquide de leur bouche.
À chaque enjambée, ils abattaient beaucoup de chemin.
L'étape étant finie, ils établirent leur camp pour la nuit.
La chéchia retirée, on vit qu'ils s'étaient fait dessiner par la tondeuse des agréments dans la chevelure. L'un avait la moitié du crâne rasé ; l'autre y portait un huit, et leurs voisins, des figures inconnues de la géométrie.
— Où c'est-y, les Prussiens ? nous demandèrent-ils.
— Tout près, à vingt kilomètres.
— Vingt kilomètres ! Y'a bon !
Ils allèrent à la corvée deau. Il nous disaient en relevant le menton :
— Avons laissé Mme Sénégal pour défendre France.
Sous la voûte du canon, cela vous mouillait les yeux.
Ils s'endormirent avec la nuit.
C'est le lendemain.
Nous montions vers la bataille, qui avait commencé ce jour à 2h.05 du matin. Nous avions appris que Guillaume avait donnée l'ordre à ses armées de prendre une offensive générale, d'en finir. Nous grimpions une petite route rude quand nous revîmes nos Sénégalais. Ils préparaient leur fusil amoureusement. Par instant, ils le posaient et se hissaient sur les épaules d'un camarade pour mieux voir la fumée des obus. Quand une de ces fumées était plus large, ils riaient d'énervement.
Ils nous criaient :
— Coupe, coupe la cabèche à Guillaume et la manger !
Ils ne veulent pas d'autre mal aux soldats ennemis que de les tuer loyalement. Ils disent qu'ils ne leur arracheront même pas un poil. Ce qu'il leur faut, c'est la cabèche à Guillaume.
MM. Dalimier et Népoly observant la bataille, publié dans le Matin du 30 septembre 1914 Nous atteignons un sommet qui plonge sur la plaine de combat. Nous y trouvons M. Dalimier, ministre des beaux-arts, et M. Népoly, préfet des Ardennes, ce préfet qui guette son département pour le gagner mètre par mètre.
En face de nous, les batteries allemandes, dont on voit distinctement les éclaires et les flocons. En bas, une batterie française. Les feux ennemis s'allument sans arrêt. Ce sont les forges de la mort. Les shrapnells volent dans l'espace comme des oiseaux au sifflement inconnu.
À droite des positions d'artillerie, entre deux champs, nous voyons la route s'animer. Il semble qu'il lui soit poussé des cheveux que le vent secoue. Ce sont les Sénégalais qui vont s'établir. La route bouge jusqu'à un champ vert et s'arrête. Le champ se boise aussitôt d'arbres minuscules: le régiment se déploie en sections. Il nous faut prendre la jumelle. Les petites rangées d'hommes s'avancent, s'immobilisent, se couchent. Nous fixons longuement une section pour l'avoir dans les yeux. On voit de gros points se dresser, pareils à des touches de piano lâchées par le doigt, puis se recoucher aussitôt. C'est qu'à chaque coup d'obus, ils veulent bondir. On devine la puissance du geste qui les maintient.
La bataille ! C'est cette plaine nette, ce sont ces deux fronts enfumés, ces feux qui jaillissent et qui semblent des fers rougis à blanc, brandis au-dessus de la terre par un homme en courroux qui ne peut plus se faire entendre. Ce sont ces petites rangées noires qui allaient hier à la corvée d'eau et qui n'en boiront peut-être plus.
La pluie d'usines continue. Elle n'effraye pas. Elle n'arrache l'âme aux morts que pour l'ajouter à celle des vivants.
La nuit cache graduellement les fumées et ravive les éclairs. Nous ne pouvons plus voir l'œuvre des Sénégalais.
Nous marchons sur l'herbe pour laisser filer les ambulances. Deux autos les dépassent. Elles emmènent cinq officiers allemands prisonniers. Ils sont aussi raides que la pointe de leurs casques.
Les coups se sont ralentis. Nous repassons à l'endroit où bivouaquaient nos noirs. Nous heurtons deux gamelles oubliées. Qui nous dit qu'elles ont été oubliées? Ils ont quitté ce champ, allant se battre. Ils le savaient. C'est peut-être joyeusement qu'ils les ont jetées en l'air comme objet désormais inutile.
— Tout pour France ! Tout pour France !
Un soldat nous appelle. Il répète son cri. Les voitures ne l'ont pas entendu. Se fera-t-il voir de nous ?
Il a le bras labouré. Il nous remercie et en reconnaissance nous raconte son histoire :
Blessé depuis trois jours, en avant-postes, se traînant sans direction, il se retrouve sur un terrain de combat. Un éclat lui abîme le pied. Le lendemain, quatre blessés allemands sont couchés près de lui. Au soir, l'ennemi vient « nettoyer » le terrain. Un blessé allemand se tourne vers le nôtre et lui dit :
— Bouge pas, fais le mort.
Il fait le mort, les pieds dans le ruisseau.
Les Allemands passent, ramassent les leurs, voient le pantalon rouge.
— Ah ! un cochon !
— Ne le pique pas, dit le blessé, il est crevé.
Obscure complexité des sentiments humains !
Le blessé plie sous notre bras.
La route de l'ambulance nous a paru longue pour lui.

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« Pour la prochaine récolte des betteraves », L'Humanité, mardi 29 septembre 1914.

Les mesures prises par les autorités

Bordeaux, 28 septembre. — En vue de la prochaine récolte des betteraves, une entente est intervenue entre les ministères de la guerre, de l'agriculture et du commerce, pour faire mettre en sursis d'appel les territoriaux indispensables aux usines sucrières pendant la durée de la campagne.
Les préfets ont été invités à faire dresser, d'accord avec les fabricants de sucre, les listes des unités spéciales nécessaires, et l'autorité militaire statue sur leur cas au fur et à mesure qu'elle est en possession de tous les renseignements.
En outre, les ministres se préoccupent de la question d'arrachage des betteraves et du point de savoir si la main d'œuvre locale sera suffisante. Cette question a été signalée également à l'autorité locale pour qu'on puisse aviser en temps utiles aux mesures qu'il y aurait lieu de prendre pour éviter que notre récolte soit compromise.

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« La rentrée des classes », L'Humanité, 29 septembre 1914.

La rentrée des classes au lycée Victor Duruy aura lieu le 12 octobre, à 8 heures 30 du matin. La directrice recevra les familles tous les jours à partir du 29 septembre, sauf le dimanche, de 14 heures à 17 heures (35, boulevard des Invalides).

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« Vers le canon », L'Écho de Paris, lundi 28 septembre 1914.

Quand on entend le canon, une sorte d'instinct irrésistible vous pousse à courir vers ce bruit. On veut voir, on veut savoir. Quelle souffrance pour un journaliste d'être condamné par la rigueur d'un règlement impitoyable à ne psa sortir du camp retranché de Paris, alors qu'à la distance de quelques heures, en automobile, il se passe tant de choses intéressantes !…
J'ai réussi, non sans peine, à tourner la consigne, et si je n'ai pu, à mon gré, circuler sur les routes ni m'approcher du front, j'ai cependant parcouru une partie des régions où sont les champs de bataille de la Marne et j'ai eu la joie, en passant à l'arrière de nos lignes, de rencontrer des troupes magnifiques et d'entendre le canon.
L'auto rapide qui m'emmène ayant une mission à remplir, ceci ne peut être le compte rendu ni d'une visite, ni d'une enquête, mais simplement le récit de ce que j'ai vu en passant :
À Creil, première vision de guerre. Le pont de fer jeté sur l'Oise, coupé en deux par le milieu, trempe ce milieu dans l'eau, tandis que ses bouts rigides s'appuient et se dressent contre les rives hautes. On dirait un jouet brisé. Il faut descendre le long de la berge pour passer la rivière sur un solide plancher posé en travers d'une demi-douzaine d'énormes péniches amarrées l'une contre l'autre. Dans les rues, les passants sont rares, les volets sont clos. Des femmes sont groupées devant des portes, mal peignées, en chaussons, vêtues comme à la hâte et sans goût. Un lendemain d'incendie. Tout à coup, en longeant la grande rue, je m'aperçois que les maisons, à droite et à gauche, semblent percées à jour, les toits et les planchers descendus derrière les murs ; quelques fenêtres et quelques portes seulement sont béantes, la plupart des boutiques ont leurs volets presque intacts. Toutes ces maisons ont brûlé, mais leurs ruines ne sont pas noires, il n'y a pas de traces de fumée. C'est qu'elles avaient été abondamment et méthodiquement arrosées d'essence avant qu'on y mît le feu. On dirait qu'enragés de trouver le pont brisé, d'être arrêtés dans leur élan par l'Oise, les barbares ont incendié toute la rue menant au pont, par simple plaisir de vengeance.
En sortant de la ville, des murs de briques et des rideaux de fer baissés et percés comme des écumoires sont tout ce qui reste de quelques villas élégantes qui souriaient jadis au bord de la forêt. Celle-ci, dans le matin ensoleillé, poursuit son rêve mystérieux. De loin en loin, des arbres abattus avec toutes leurs branches vertes, qu'on avait jetés sans doute au travers de la route et qui gisent maintenant dans les fossés, et puis, sous bois, de petits tas de cendres, attestent le passage des hordes.
À Liancourt, agréable petite ville, les rues sont animées par la présence de nos soldats, un va-et-vient de grandes manoeuvres. Quelle plume pourrait décrire tout ce que contiennent de joie pour les yeux et pour l'âme les évolutions d'un dolman bleu de ciel dans le décor d'un village français !

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« Bon de la défense nationale », L'Écho de Paris, 28 septembre 1914.

Ces bons 5 % sont à 100 fr., 500 fr., 1 000 fr.
Échéance de 3 mois, 6 mois ou 1 an jouissant pour les emprunts futurs d'un droit de préférence.
Reçoivent les souscriptions en France :
Le caissier central du Trésor, à Paris ;
Les trésoriers généraux ;
Les receveurs particuliers des finances ;
Les percepteurs ;
Les receveurs des contributions indirectes, des douanes, de l'enregistrement et des postes.

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« Agiotage scandaleux », L'Action française, dimanche 27 septembre 1914.

La question des changes, laissée complètement en suspens par la défaillance de nos établissements de crédit, est une de celles qui se posent de la manière la plus pressante et même la plus scandaleuse. (…)

Un exemple fera mieux comprendre la situation.
La municipalité d'un de nos grands ports de commerce acquérait, la semaine passée, pour assurer le ravitaillement de la population, une cargaison de blé américain de la valeur d'un million de dollars, soit cinq millions de francs environ. Naturellement le capitaine du navire américain exigea d'être payé en monnaie des États-Unis. La municipalité en question se trouva ainsi obligée de se procurer un million de dollars qu'elle paya 5 francs 25 (soit un agio d'une centaine de mille francs, le cours moyen du dollar, en temps normal, étant de 5 fr. 15).
Or, tandis que se concluait cette opération commerciale, savez-vous ce qui arrivait aux personnes qui se présentaient chez les changeurs de la même ville et offraient des dollars pour obtenir en échange des billets de la Banque de France ? On leur donnait 4 fr. 50 et même 4 fr. 40, tout simplement…
En d'autres termes, les changeurs achètent 4 fr. 50 une monnaie ou des valeurs qu'ils peuvent, sur la même place, revendre 5 fr. 25, soit un bénéfice de 15 % ! Et il s'agit du dollar américain, c'est-à-dire d'une des premières valeurs du monde, qui, par surcroît, appartient à un État neutre. Jugez de ce qui se passe pour les valeurs des autres pays !…

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« Deux beaux coups », Le Figaro, samedi 26 septembre 1914.

Deux trains de renforts allemands détruits

Un officier français ayant réussi à établir une dérivation sur un fil téléphonique, apprit qu'à six heures du soir, un important message serait envoyé. Il coupa le fil, fixa un récépteur et attendit. Le moment venu, il entendit une voix demander en allemand :
— Êtes vous là, Biedeman?
Il répondit en excellent allemand :
— Non, Biedeman n'est pas ici pour le moment, je le remplace. Qu'y a-t-il ?
— Dites au général d'envoyer deux trains de renforts.
— Très bien, deux trains de renforts, vous dites ? Je vais en faire part au général.
Lorsque les trains demandés arrivèrent, ils se trouvèrent en présence de canons placés rapidement en position, de façon à commander la voie ferrée. Tous les wagons furent complètement anéantis. « Ce fut un beau travail », a déclaré l'officier.

Amsterdam, 25 septembre. — Un train blindé contenant 2 000 Allemands a été capturé par les troupes belges, près de Huysen.
180 Allemands ont été tués. On compte, en outre, de nombreux blessés et de nombreux prisonniers.

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« Nos soldats et la campagne d'hiver », Le Temps, vendredi 25 septembre 1914.

Les conditions particulièrement pénibles dans lesquelles se développe une campagne d'hiver doivent, dès à présent, retenir toute notre attention et prendre une large place dans nos préoccupations patriotiques. Au début de la guerre, les Allemands ont pu se faire illusion au point de croire que surprenant la France en pleine mobilisation, il leur serait possible de la réduire à merci et de la mettre hors de cause après deux ou trois batailles. Ils n'avaient prévu ni l'héroïque résistance des Belges ni l'offensive française qui s'affirme si énergiquement entre l'Oise et la Woëvre. Il savent maintenant que la guerre se prolongera bien au delà de la courte durée qu'ils se plaisaient à lui fixer avec tant de légéreté, et l'éventualité d'une campagne d'hiver, qu'ils n'envisagèrent pas un instant quand l'Allemagne provoqua délibérément ce conflit, hante aujourd'hui tous les esprits de l'autre côté du Rhin. Dans tout l'empire, on travaille avec ardeur à garantir un bien-être relatif aux soldats pendant la saison froide qui s'avance; dans toutes les villes de œuvres sont créées pour hâter la confection de vêtements chauds; dns toutes les écoles, dans tous les ateliers, on tricote, on taille, on coud afin que les soldats du kaiser puissent mieux résister à ce redoutable adversaire d'une armée en marche qu'est l'hiver.
En France, l'éventualité d'une campagne pendant la saison d'hiver ne peut surprendre les esprits avertis, car jamais nous n'avons proclamé que nous en finirions du premier coup avec la puissance militaire d'un ennemi dont nous connaissons les ressources en hommes et les moyens de combat. Notre tactique même, qui consista dès le début à « user » l'adversaire et à l'épuiser méthodiquement jusqu'à l'heure nous paraissant la plus favorable à une offensive efficace, implique des opérations d'une certaine durée.

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« Décisives déclarations de M. Winston Churchill », Le Matin, jeudi 24 septembre 1914.

Rome, 22 septembre. — M. Winston Churchill a accordé au correspondant du Giornale d'Italia à Londres un long entretien au cours duquel il a discuté le problème de la neutralité de l'Italie.
Après avoir démontré que l'Italie n'a rien à craindre au point de vue maritime dans la Méditerranée, M. Winston Churchill a émis l'idée que ce qui intéresse surtout l'Italie, c'est l'issue de la lutte sur le continent.

« La grande bataille navale, a-t-il dit, n'a pas encore été livrée, mais nous avons la complète maîtrise des mers ; dans quelques mois, nous recevrons des cuirassés actuellement en construction et trois ou quatre fois plus de croiseurs que l'Allemagne.
Si même les pertes sont égales des deux côtés, nous serons plus forts l'année prochaine qu'aujourd'hui.
Vous devez constater qu'aucun navire construit depuis ma présence à l'amirauté n'est encore en service actif, sauf le petit croiseur Arethuse. Or, ces navires représentent le plus grand effort naval que l'Angleterre ait jamais fait. »

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« Confédération Générale du Travail », L'Humanité, mercredi 23 septembre 1914.

Dans sa séance hebdomadaire du dimanche 20 courant, le Comité confédéral a entendu la lecture des correspondances émanant d'unions départementales et de Bourses du Travail donnant et demandant des renseignements.
Celles des Fédérations nationales signalent, dans de nombreuses corporations, des abus et diminutions de salaires effectuées par certains patrons, travaillant pour l'État, profitant des circonstances pénibles actuelles pour les imposer. Il a décidé qu'un rapport relatant ces principaux abus serait établi et remis au Comité d'action.
Des lettres de camarades placés dans les sections d'exclus, demandant qu'on signale leur situation afin qu'ils ne soient pas traités comme les apaches, si ce n'est pire qu'eux.
De camarades arrêtés par application du Carnet B et encore détenus actuellement. Toutes sont renvoyées au Comité d'action pour intervention.
D'une lettre des camarades autorisés à se rendre à Bordeaux sur laquelle le Comité décide de demander des précisions avant de se prononcer.
D'une lettre d'un membre du Bureau International des Centrales syndicales, demandant des renseignements pour faire paraître un ou deux numéros du Bulletin International.
Avant de lever la séance, le Comité confirme à nouveau que ses réunions auront lieu le dimanche matin, à neuf heures, et qu'il ne sera plus fait de convocations spéciales à ce sujet.

Pour le Comité :
Le secrétaire par intérim : A. Merrheim.

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« Le service de santé », L'Action française, mardi 22 septembre 1914.

Des critiques ont été adressées ces jours-ci par la presse au service de santé. Il faut se garder de généraliser. Léon Daudet nous télégraphie de Touraine à ce sujet le témoignage suivant :

Les critiques générales contre le service de santé sont exagérées et injustifiées. Je vois ici passer chaque jour un grand nombre de trains sanitaires admirablement organisés, des blessés bien pansés et bien soignés, les hôpitaux d'évacuation de la région sont parfaits. Il me paraît que dans l'ensemble, ce personnel si dévoué fait au contraire tout son possible.

Au surplus, ce qui a surtout été critiqué et ce qui a pu effectivement laisser à désirer, c'est la coordination des efforts et le bon emploi, rapide et bien placé, de ces dévouements admirables.
On nous a d'ailleurs assuré que l'administration, qui a été débordée un moment, a pris ses mesures pour que les imperfections disparaissent, pour que les fatigues inutiles soient évitées aux blessés et pour qu'ils reçoivent sans aucun retard les soins nécessités par leur état.

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« Pour les blessés », L'Écho de Paris, lundi 21 septembre 1914.

Dans les fossés des fortifications.

Avant-hier, dans les fossés des fortifications et sur les talus qui les bordent, de la porte Maillot à la porte des Ternes, un spectacle émouvant, et inattendu, a retenu longtemps l'attention des promeneurs, qu'un temps clément, et leur loisir forcé, avaient amenés dans les parages.
Pendant près de trois heures, deux cents infirmiers et brancardiers civils, munis de leur matériel, ont procédé à des exercices de pansement, de relevage et de transport de blessés.
Ceux-ci – de faux blessés, naturellement, que figuraient des personnes de bonne volonté – indiquaient à leur gré la blessure qui les avait allongés sur le talus ou dans le fond du fossé. Pansés avec soin, ils étaient ensuite posés sur un brancard et transportés, à travers des obstacles variés, jusqu'à un lieu désigné d'avance comme l'endroit de l'ambulance.
Infirmiers et brancardiers manoeuvraient avec une diligence et une perfectionr remarquables. Beaucoup de spectateurs, sans doute, avaient lu, le matin même, dans l'Écho de Paris, l'article de Maurice Barrès, au cours duquel le grand écrivain, le grand patriote, appelait sobrement, mais fortement, l'attention des pouvoirs publics sur les soins que réclament les blessés.

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VAILLANT (Édouard), « Paris », L'Humanité, dimanche 20 septembre 1914.

Comme l'indique le compte rendu d'une récente réunion de députés de la Seine, j'ai eu M. Doumer, au gouvernement militaire, l'assurance que l'approvisionnement de Paris, tenu déjà pour complet au point de vue militaire, serait poussé le plus loin possible, ainsi que j'étais venu le demander.
La famine est, dans une guerre pour la vie, comme celle-ci, la seule excuse admissible d'une ville qui se rendrait, alors seulement qu'elle ne pourrait plus vivre.
Mais pour une ville qui n'en serait qu'à la faim, et dont la poudre ne serait pas épuisée, une reddition serait la trahison du chef militaire et le déshonneur de la ville.
Dans son camp retranché, Paris approvisionnée, c'est Paris imprenable.
Le général Galliéni a déclaré – a donné sa parole, et nous y avons foi – que Paris serait, par lui, défendu « jusqu'au bout. »

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« Vandalisme », L'Humanité, 20 septembre 1914.

Contre la cathédrale de Reims !

Non satisfait encore de la réprobation mondiale que leur a valu la destrcution de Louvain, voilà que les généraux du kaiser donnent pour objectif à leurs canons l'admirable, l'incomparable cathédrale de Reims ! Il n'est pas possible en effet, qu'avec la précision de l'artillerie moderne, ils n'aient pas volontairement dirigé leur feu sur cette merveille de l'architecture gothique.
S'ils devaient l'atteindre, l'endommager, la détruire, un long cri d'horreur et d'indignation s'élèverait dans l'univers entier, parmi tous ceux qui ont le culte de la beauté. Que des gens qui parlent de culture et de civilisation, qui appartiennent à une nation qui a donné au monde Kant, Beethoven, Goethe et Wagner puissent en être descendus à un pareil mépris de l'art, à un semblable vandalisme, voilà qui montre à quel degré de barbarie le militarisme prussien a rabaissé l'Allemagne !

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« Les retranchements allemands », Le Temps, samedi 19 septembre 1914.

Il résulte des renseignements parvenus du front que les tranchées allemandes dans toute la région au nord de Châlons-sur-Marne, sont très fortement constituées ; elles sont profondes d'un mètre environ ; elles comportent des pare-éclats de vingt mètres en vingt mètres et des chambres de repos qui sont couvertes par des portes de maisons, elles-mêmes recouvertes de terre.
Elles comprennent plusieurs rangées parallèles, flanquées d'autres tranchées perpendiculaires avec des mitrailleuses enterrées.
On comprend, dans ces conditions, que notre avance ne puisse être très rapide.

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« Les Russes poursuivent les Autrichiens en déroute », La Croix, vendredi 18 septembre 1914.

Carte du front russe, publiée dans la Croix du 18 septembre 1914

Pétrograd, 16 septembre. — La poursuite énergique des troupes autrichiennes défaites continue.
Certains corps d'armée ennemis sont presque anéantis.
Les forces russes passent le fleuve San, et leurs avant-gardes, à l'est, s'approchent de Przemysl.
La rapidité des opérations militaires ôte toute possibilité de préciser le nombre des pertes ennemis. D'après les renseignements recueillis, les Autrichiens auraient perdu environ 250 000 tués ou blessés, plus de 100 000 prisonniers, plus de 400 bouches à feu et une quantité de drapeaux ; partout les routes sont encombrées de parcs d'artillerie, d'armes et de munitions abandonnées dans la retraite précipitée de l'armée autrichienne.
Sur la Vistule, les troupes russes se sont emparées de matériel accumulé pour la construction de ponts ; elles ont détruit plusieurs vapeurs, dont un était cuirassé.
Il importe de constater les efforts désespérés faits par les Allemands pour sauver de la débâcle l'armée autrichienne.
La participation de corps d'armée allemands a été relevée sur de nombreux points du front autrichien. C'est ainsi que sur les positions de Tourebine, près Opole, 36 pièces allemandes à longue portée ont été prises avec 5 000 prisonniers allemands. Sur le front d'autres armées, un certain nombre de gros canons allemands sont tombés également entre les mains des Russes. Beaucoup n'avaient même pas eu le temps de prendre part aux combats.
L'aide des Allemands n'a pas sauvé les Autrichiens d'une défaite écrasante ; mais elle a contribué à rehausser l'éclat de la victoire de l'armée russe.

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« Reims réoccupée », Le Figaro, jeudi 17 septembre 1914.

Communiqué anglais.

Londres, 15 septembre. — L'ennemi occupe toujours une forte position au nord de l'Aisne et le combat continue sur toute la ligne.
L'armée du prince héritier a encore été repoussée. Elle se trouve maintenant sur la ligne Varennes-Consevoye. LES ALLIÉS OCCUPENT REIMS. Les troupes françaises qui se trouvent à la droite des Anglais ont fait 600 prisonniers et ont pris 12 canons.
La pluie a détrempé les routes, ce qui rend la retraite des Allemands difficile.

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« Deux de plus », Le Figaro, 17 septembre 1914.

Feu les colonies allemandes.

Sydney, 16 septembre. — La flotte australienne s'est emparée de la Nouvelle-Guinée allemande, ainsi que de la Nouvelle-Poméranie (anciennement Nouvelle-Bretagne).

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« La Suède ravitaille l'Allemagne », Le Matin, mercredi 16 septembre 1914.

On lit dans le Berliner Tageblatt : « Après la Hollande, c'est la Suède qui commence maintenant à prendre part à l'exportation de vivres pour l'Allemagne. Hier, sont arrivés à Sassnitz deux très importants transports de bétail vivant. En même temps, on a reçu à Sassnitz d'énormes envois de poissons de mer, expédié par la Suède. Ainsi l'on a remédié au grand besoin de poissons de mer qui commençait déjà à se faire sentir. Heureusement, le Danemark, où l'abondance de poisson est grande cette année, est également la pour nous fournir ce dont nous avon besoin. »

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« Les mangeurs de betteraves », Le Matin, 16 septembre 1914.

Dieppe, 14 septembre. — Dépêche particulière du « Matin ». — Un convoi de trois cents blessés venant de l'hôpital militaire de Senlis est arrivé à Dieppe la nuit dernière. Il se composait de soldats français et d'environ 130 soldats allemands, la plupart grièvement blessés : plusieurs sont morts depuis leur arrivée ici.
Quelques prisonniers allemands interrogés ont confirmé les informations disant que sur le champ de bataille de la Marne certains d'entre eux s'étaient nourris pendant quatre jours de betteraves crues. Ces hommes présentaient un état physique et moral lamentable.

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« Deux échos de Bordeaux », Le Figaro, mardi 15 septembre 1914.

On poursuit hâtivement l'installation du Sénat à Bordeaux, au théâtre Apollo. On accommode de la façon la plus pratique les locaux de cette salle de spectacle pour l'adapter aux exigences de la haute Assemblée. Le Sénat occupant l'immeuble d'un lieu de divertissement, c'est évidemment assez paradoxal. Mais nous ne vivons en des temps troublés, où il ne faut s'étonner de rien. C'est ainsi que M. Antonin Dubost sera installé dans le bureau du directeur du théâtre. Nous sommes assurés que cette circonstance ne troublera pas la gravité de l'éminent président de la haute Assemblée. On a nettoyé la salle, supprimé les courants d'air, assuré le service téléphonnique et bouché sur la scène le trou du souffleur. On assure pourtant qu'il n'y a guère, à Bordeaux, actuellement, que trente sénateurs. C'est déjà une petite récolte.

M. Maginot, ancien sous-secrétaire d'Etat à la guerre, soldat au 44e, à Verdun, vient d'être fait caporal, ainsi que ses deux collègues, MM. Chevillon et Adriarré, députés, pour avoir, avec quatre hommes, été reconnaître et occuper un village situé à quatre kilomètres en avant des avant-postes français, et qui était signalé comme étant occupé par un fort détachement de cavalerie allemande. Le colonel les a vivement félicités.

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« Télégramme du général Joffre au ministre de la guerre », Le Petit journal, lundi 14 septembre 1914.

Bordeaux, 13 septembre. — M. Millerand, ministre de la guerre, a communiqué au Conseil des ministres, le télégramme suivant, qu'il avait reçu le matin du général Joffre :

Notre victoire s'affirme de plus en plus complète. Partout l'ennemi est en retraite, partout les Allemands abandonnent des prisonniers, des blessés et du matériel. Après les efforts hérïques dépensés par nos troupes, pendant cette lutte formidable qui a duré du 5 au 12 septembre, toutes nos armées surexcitées par le succès exécutent une poursuite sans exemple, par son extension.
À notre gauche, nous avons franchi l'Aisne en aval de Soissons, gagnant ainsi plus de cent kilomètres, en six jours de lutte.
Nos armées du centre sont déjà au nord de la Marne, nos armées de Lorraine et des Vosges arrivent à la frontière.
Nos troupes, comme celles de nos alliés, sont admirables de moral, d'endurance et d'ardeur. La poursuite sera continuée avec toute notre énergie.
Le gouvernement de la République peut être fier de l'armée qu'il a préparée.

Signé : général JOFFRE.

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« Les instituteurs belges dans les écoles françaises », Le Petit journal, 14 septembre 1914.

M. Sarraut a fait signer un décret permettant, pendant la durée de la guerre, d'accorder aux instituteurs belges, réfugiés en France et privés de moyens d'existence, l'autorisation d'enseigner dans nos écoles.

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« Dans le camp retranché de Paris », L'Action française, dimanche 13 septembre 1914.

Ceux qui sont morts pour la Patrie

On sait que de nombreux soldats blessés dans les combats de la région est de Meaux ont été amenés dans les hôpitaux militaires du Val-de-Grâce et Saint-Martin ainsi que d'autres ambulances organisées dans divers quartiers de Paris.
Dès qu'ils sont en état de supporter un nouveau transport, ils cèdent la place à de nouveaux arrivants et sont évacués vers des villes éloignées des champs de bataille.
Mais, fait remarquer notre confrère la Liberté, tandis que ceux-ci rejoignent les gares, acclamés pa la foule, d'autres partent pour le dernier voyage.
Chaque matin, en effet, des convois se dirigent vers les cimetières, surtout ceux de Bayeux et de Pantin, accompagnés seulement de quelques hommes qui rendent les honneurs. Ni fleurs, ni couronnes sur le drap noir du corbillard des indigents. Paris jusqu'ici ignorait les obsèques; s'il les avait connues, il se serait fait un devoir d'envoyer aux hôpitaux et ambulances militaires des fleurs, des couronnes, pour en recouvrir les cercueils des braves qui ont donné leur vie pour la défense de la Patrie.
Qu'ils le fassent désormais sans crainte de se trouver en aucune façon en désaccord avec les règlements militaires. Non seulement l'autorité autorise ces envois, mais elle acceptera avec reconnaissance le concours de ceux qui voudront bien s'occuper de décorer, même d'une manière sommaire, les cercueils des militaires décédés.
Elle fera connaître volontiers, dans l'après-midi, le nombre des inhumations qui auront lieu le lendemain. Il sera ainsi très aisé de règler les dons funéraires.
C'est au cimetière de Bagneux que sont inhumés les militaire hospitalisés au Val-de-Grâce et décédés à la suite des blessures de guerre.

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« Notre succès s'accentue », L'Écho de Paris, samedi 12 septembre 1914.

La bataille de la Marne du 6 au 10 septembre

L'autorité militaire française s'est attachée à ne donner que des nouvelles exactes. Ainsi que nous l'avons annoncé, une bataille est engagée depuis le 6 septembre, sur le front s'étendant d'une façon générale de Paris à Verdun. Dès le début de l'action, l'aile droite allemande, qui avait atteint, le 6, la région au nord de Provins (armée commandée par le général von Klück), se voyait obligée de se replier devant la menace d'enveloppement dont elle était l'objet. Par une série de mouvements habiles et rapides, cette armée parvenait à échapper à l'étreinte dont elle était menacée, et se jetait, avec la majeure partie de ses forces, contre notre aile enveloppante au nord de la Marne et à l'ouest de l'Ourcq, mais les troupes françaises qui opéraient dans cette région, puissamment aidées par la bravoure de nos alliés anglais infligèrent à l'ennemi des pertes considérables et on tenu bon le temps nécessaire pour permettre à notre offensive de progresser par ailleurs.
Actuellement et de ce côté l'ennemi est en retraite vers l'Aisne et vers l'Oise. Il a donc reculé de 60 à 75 kilomètres depuis quatre jours.
Entre temps, les forces franco-anglaises qui opéraient au sud de la Marne n'ont pas cessé de poursuivre leur offensive. Parties, les unes de la région au sud de la forêt de Crécy, les autres de la région au nord de Provins et au sud d'Esternay, elles ont débouché de la Marne au nord de Château-Thierry. De violents combats ont été engagés dès le début dans la région de la Ferté-Gaucher, d'Esternay et de Montmirail.
La gauche de l'armée du général von Klück ainsi que l'armée du général von Bülow se replient devant nos troupes. C'est dans la région comprise entre les plateaux au nord de Sézanne et Vitry-le-François que se sont livrés les combats les plus acharnés. Là opéraient, outre la gauche de l'armée Bülow, l'armée saxonne et une partie de l'armée commandée par le prince de Würtemberg. Par de violentes attaques répétées, les Allemands ont tenté de rompre notre centre sans y parvenir. Nos succès sur les plateaux au nord de Sézanne nous ont permis, à notre tour, de passer à l'offensive, et, au cours de la nuit dernière, l'ennemi a rompu le combat sur le front compris entre le marais de Saint-Gond et la région de Sommesons pour se replier dans la région immédiatement à l'ouest de Vitry-le-François.
Sur l'Ornain, de même qu'entre l'Argonne et la Meuse, où opèrent les armées du prince de Würtemberg et du Kronprinz, le combat dure encore avec des alternatives d'avance et de recul, mais sans grand changement dans la situation d'ensemble.
Ainsi, la première phase de la bataille de la Marne se dessine en faveur des armées alliées, puisque l'aile droite et le centre allemand sont actuellement en retraite.
À notre droite, la situation reste sans changement notable dans les Vosges et devant Nancy, que quelques pièces allemands à longue portée ont essayé de bombarder.
La situation générale s'est donc complètement transformée depuis quelques jours, tant au point de vue stratégique qu'au point de vue tactique. Non seulement nos troupes ont arrêté la marche des Allemansd, mais l'ennemi recule devant nous sur presque tous les points.

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« Avis aux terrassiers », L'Humanité, vendredi 11 septembre 1914.

Aujourd'hui, une équipe de 200 ouvriers terrassiers nous étant demandée pour aller travailler au camp retranché de Paris, au prix de 0 fr. 90 de l'heure, les chômeurs de la terrasse sont invités à venir, à 10 heures, ce matin, Bourse du Travail, salle Ferrer, où il sera procédé à la constitution de l'équipe. Les chômeurs de la démolition sont invités à venir également et l'équipe sera complétée par les autres ouvriers chômeurs du bâtiment.
D'autre part, beaucoup de réclamations nous étant parvenues de plusieurs endroits en ce qui concerne le paiement des salaires, nous nous sommes adressés à qui de droit et il nous a été répondu que le nécessaire serait fait pour donner satisfaction aux ouvriers, mais par contre on nous demande de recommander aux camarades de ne pas être trop récalcitrants sur les quelques petits incidents imprévus qui peuvent se produire.
Mais en tous cas, il est certain que le salaire convenu de 90 centimes de l'heure pour les ouvriers embauchés à la Bourse du Travail sera scrupuleusement respecté. — HUBERT.

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« La situation militaire », Le Temps, jeudi 10 septembre 1914.

À la fin de la journée d'hier, la marche des Allemands paraissait enrayée. Leur aile droite qui s'était avancée jusque vers Coulommiers et la Ferté-Gaucher a dû reculer dimanche, 6 septembre, sous l'action très vigoureuse de nos troupes, puissamment aidées par l'armée britannique, et dans la journée d'hier, l'armée franco-anglaise a encore progressé sans que l'ennemi s'y soit énergiquement opposé. L'action générale est engagée sur une ligne concave passant par Nanteuil-le-Haudouin, Meaux, Sézanne, Vitry-le-François et s'étendant jusqu'à Verdun ; notre armée se développe donc sur une longue courbe débordant à l'ouest et à l'est les forces allemandes. C'est tout ce que nous pouvons conclure ferme pour le moment du communiqué officiel.

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« La " paix des cimetières " règne en Allemagne », La Croix, mercredi 9 septembre 1914.

Londres, 7 septembre. — Une dépêche de Copenhague au Standard, en date du 3 septembre, constate que le sentiment dominant en Allemagne est tout différent de celui qui régnait au début de la guerre. Alors l'optimisme régnait partout. Aujourd'hui, « l'Allemagne est un pays de deuil universel ». Les pertes ont été colossales.
« Je ne crois pas exagérer, dit le correspondant, en disant que plus de 100 000 soldats allemands ont déjà été tués dans les combats livrés aux frontières est et ouest, en Belgique et en France. »
Le correspondant a passé par Berlin, Leipzig, Dresde, Hanovre, Hambourg, Cologne. Partout il était frappé de l'absence de circulation normale. Les grandes cités présentent parfois le calme d'un cimetière dévasté.

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« Avis préféctoral aux Parisiens », Le Figaro, mardi 8 septembre 1914.

La population du camp retranché

La préfecture de la Seine nous communique la note suivante :

À l'occasion du recensement de la population du camp retranché de Paris, l'administration a distribué des « feuilles de ménage » qui comportent un questionnaire à remplir par les chefs de famille.
Il est indiqué sur ces feuilles qu'en principe le gaz ne devra être employé « ni pour la cuisson des aliments, ni pour le chauffage ».
L'administration précise qu'il s'agit là de renseignements statistiques en vue de simples éventualités. Mais, pour l'instant, la population parisienne conserve à son entière disposition, jusqu'à nouvel ordre et dans les conditions prévues aux polices d'abonnement, le libre usage du gaz, aussi bien pour la cuisine que le chauffage et l'éclairage.

On demande des vachers

L'autorité militaire, qui a constitué dans le camp retranché de Paris des troupeaux d'animaux de boucherie et de vaches laitières, a besoin de personnes capables de donner des soins à ces animaux et d'effectuer la traite du lait.
Les ouvriers agricoles, hommes ou femmes, de nationalité française ou sujets d'une nation alliée, qui seraient susceptibles d'être employés à cette besogne, sont invités à se faire inscrire à la mairie de leur arrondissement.
Les ouvriers ne pourront être embauchés que s'ils sont dégagés d'obligations militaires ou s'ils sont compris parmi les hommes non appelés des services auxiliaires de l'armée.
Les hommes ou femmes sachant traire devront se présenter à la permanence des groupes laitiers :
1° Au Vieux-marché de Montrouge ;
2° 1, rue Andrieux ;
3° 60, boulevard Richard-Lenoir.
Les engagements seront reçus tous les jours de 8 heures du matin à 5 heures du soir; une épreuve de traite sera subie par les candidats.
Il sera attribué par jour un salaire de 5 francs aux hommes, de 3 fr. 50 aux femmes, payable chaque samedi.

Paris, le 7 septembre 1914.
Le préfet de la Seine,
Signé : E. DELANNEY.

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« Engagement heureux pour nos armes », Le Matin, lundi 7 septembre 1914.

Communiqués officiels du gouvernement militaire de Paris

(15 heures.) Les troupes de la Défense avancée sur Paris ont eu hier le contact avec des forces adverses paraissant couvrir sur l'Ourcq vers le sud-est le mouvement du gros de l'aile droite allemande.
Le petit engagement qui en résulte a tourné à notre avantage.

(23 heures.) 1° À notre aile gauche, nos armées ont repris contact dans de bonnes conditions, avec l'aile droite ennemie, sur les rives du Grand-Morin ;
2° Sur notre centre et à droite (Lorraine et Vosges) on continue à se battre. Aucun engagement signalé ;
3° À Paris, l'engagement qui s'est produit hier entre des éléments de la défense avancée de la flanc-garde de l'aile droite allemande a pris aujourd'hui plus d'ampleur. Nous nous sommes avancés jusqu'à l'Ourcq sans rencontrer une grande résistance.
La situation des armées alliées paraît bonne dans son ensemble ;
4° Maubeuge continue à résister héroïquement.

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« À Bordeaux », L'Écho de Paris, dimanche 6 septembre 1914.

Bordeaux, 4 septembre. — L'arrivée des membres du gouvernement, des corps constitués, des fonctionnaires et de nombreux Parisiens dont l'exode vers le sud-ouest continue, donne à Bordeaux une animation très grande. Les cours de Tourny, de l'Intendance et des Quinconces regorgent de promeneurs en quête de nouvelles et de journaux.
Pour loger tous les fonctionnaires et les autorités, on a réquisitionné des chambres dans les hôtels principaux et les voyageurs qui les occupaient ont dû chercher des logements improvisés chez les habitants.
Les restaurants et cafés regorgent de consommateurs, les cochers font des affaires d'or et les tramways sont toujours combles.
Le président de la République réside à la préfécture.
M. René Viviani s'est installé à l'hôtel de ville où il occupe le cabinet du maire.

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M. (F.), « Vision parisienne », Le Gaulois, samedi 5 septembre 1914.

Hier, vers cinq heures et demie, rue Drouot, sous les fenêtres du Gaulois. Une auto au moteur légèrement grippé s'arrête contre le trottoir.
Aussitôt une foule sympathique s'amasse… Ce sont quatre officiers anglais qu'elle contient, cette automobile. Quatre beaux gars en kaki… Les Parisiens s'en voudraient de ne pas les acclamer…
L'un d'eux descend vivement et se penche sur le capot.
Deux mots pendant qu'il travaille… deux mots d'anglais, bien entendu…
Nous voilà bavardant comme des amis :
— Nous autres Anglais, nous pensions bien qu'un jour où l'autre il faudrait nous cogner avec ces porcs germaniques (To slap ourselves with these Bosch swines). Le jour est venu. Tant mieux… — Et nous sommes rudement content (jolly well glad) d'être épaule contre épaule avec vous.
Ils ont déjà vu le feu, et ils sont pleins de confiance :
— Nous leur donnerons une tripotée ! (We'll give them a licking).
D'ailleurs, l'enthousiasme est grand en Angleterre. Tous les intellectuels demandent à servir, ajoute mon interlocuteur, qui, pendant de temps, a ôté son dolman pour travailler plus commodément.
Je lui pose encore une question.
— Que pensez-vous de nos soldats ?
Fine chaps and good men ! (De beaux gars et de fameux hommes…) Et vos civils sont des copains (chums) ! Regardez les fleurs qu'ils nous ont données.
En effet, la voiture en est pleine… Pleine aussi de paniers d'osier contenant des victuailles… Ces soldats sont des gentlemen. Ils savent se battre confortablement…
Un shake hands. L'officier remet sa casquette, sa veste… et l'auto démarre.
Fare well !

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« À nos amis », L'Humanité, vendredi 4 septembre 1914.

Le siège du gouvernement de la République a été transféré à Bordeaux. La plipart des journaux vont interromptre leur publication ou se transporter dans la seule ville où les informations directes et sûres resteront possibles. L'Humanité a pris ses précautions pour ne pas être coupée du reste de la France. Elle paraîtra à Bordeaux. Mais elle n'a pas voulu non plus que son contact soit rompu avec ce prolétariat parisien dont elle était l'expression et qui l'avait si admirablement soutenue. L'Humanité paraîtra donc à Paris, jusqu'au moment où cela ne lui serait plis matériellement possible, pour une caue que nous ne voulons même pas envisager aujourd'hui. Nous voulons croire, en effet, que Paris résistera, que Paris sera dégagé, et que bientôt tous nos amis dès maintenant partis pour assurer l'édition de Bordeaux reviendront parmi nous pour que nous puissions donner de nouveau à notre chère Humanité son aspect et sa vie de jadis. Ce sera notre façon d'honorer la mémoire de celui qui n'est plus.

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MÉREU (J.), « Le conclave », Le Figaro, 4 septembre 1914.

Rome, 3 septembre. — Au cinquième tour de scrutin, ouvert à neuf heures et qui s'est terminé à onze heures un quart ce matin, le cardinal della Chiesa, archevêque de Bologne, a été élu Pape.
Le dépouillement du scrutin terminé, le secrétaire du Conclave, Mgr Boggiani, fut introduit dans la chapelle Sixtine avec le maître des cérémonies. Sur la demande du cardinal doyen, le cardinal della Chiesa déclara vouloir prendre le nom de Benoît XV.
L'acre officiel de l'élection fut rédigé pendant que le nouveau Pape était conduit dans une chambre attenante à la chapelle Sixtine, où il revêtitla soutane blanche, les bacs blancs et les mules rouges.
Précédé des maîtres des cérémonies, le Souverain Pontife se rendit au balcon intérieur de la basilique de Saint-Pierre pour bénir la foule. Dès qu'il apparut, il fut salué par les acclamations des fidèles. Après avoir donné la bénédiction aposolique, il rentra immédiatement au Vatican.
L'élection du cardinal della Chiesa est considérée comme une grande victoire du parti francophile du Sacré Collège. Le successeur de Pie X a été un grand ami du cardinal Rampolla dont il partageait toutes les idées, dont il a été le collaborateur intime et dont il sera le continuateur sur la chaire de Saint-Pierre.
On sait déjà que le groupe austro-allemand a fait des efforts désespérés pour éviter cet échec et a offert même au dernier moment de voter pour n'importe quelle autre candidature pourvu de celle du cardinal della Chiesa fût écartée, mais la majorité du Sacré Collège était fermement décidé à faire une manifestation contre la politique du veto qui avait triomphé au dernier Conclave.

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« Paris forteresse », Le Temps, jeudi 3 septembre 1914.

Les ouvrages fortifiés constituent autour de Paris une immense forteresse dont l'investissement immobiliserait une forte partie de l'armée ennemie. Cet investissement serait une entreprise d'une très grande difficulté, tant que nos armées tiendront la campagne.
Autour de Paris existent trois lignes de défense. La première est l'enceinte que tout le monde connaît ; la seconde, la ceinture de forts qui existaient déjà en 1870. En avant de la ligne des anciens forts, on a construit depuis 1878 une troisième ligne de défense qui ne constitue pas une ligne continue d'ouvrages, mais plus exactement plusieurs forteresses.
Commençons l'examen de ces défenses par le nord, puisque c'est la direction la plus immédiatement menacée. Nous trouvons une très puissante organisation défensive appuyée à l'ouest à la Seine et couverte au nord par l'Oise ; au centre est la forêt de Montmorency.
Les ouvrages permanents qui constituent la carcasse de la défense sont, au-dessus de la Seine, le fort de Cormeilles, en avant duquel est la redoute de Franconville ; à ces deux ouvrages sont annexées une deuxième redoute, celle des Cotillons, et toute une série de batteries ; le commandement de 150 mètres que la hauteur de Cormeilles sur la Seine et la raideur des pentes y ajoutent, est un élément important de résistance à ce premier groupe d'ouvrage.
Les ouvrages de Cormeilles sont séparés de la forêt de Montmorency par le val d'Ermont, qui est battu par Cormeilles et les forts de Montlignon et de Montmorency, placés sur la lisière sud-ouest de la forêt.
Au nord-est de la forêt, nous trouvons le fort de Domont ; sur une hauteur un peu en avant , sur une butte boisée, le fort d'Ecouen, avec deux batteries annexes, et en descendant vers le sud, le fort de Stains et la batterie de la butte Pinçon.
Cette redoutable forteresse a été renforcée par toute une série de fortes batteries de tranchées, d'abatis, de réseaux en fils de fer, contre toute tentative d'enlèvement de vive force.
À l'est de Saint-Denis, il y a une plaine basse, la plaine du Bourget, qui n'offrait aucun point susceptible d'être fortifié, mais où la Morée et le Crond permettent de tendre une inondation. Cette plaine est battue en outre para les feux des ouvrages de Stains et de la butte Pinçon au nord et ceux des ouvrages de Vaujours au sud.
Le fort de Vaujours et celui de Chelles barrent le passage entre le canal de l'Ourcq et la Marne.
Entre la Marne, en amont de Chelles, et la Seine, nous avons les forts de Villeirs, Champigny, Sucy et Villeneuve-Saint-Georges. Ce front est très fort ; en arrière, la Marne, de Chelles à Charenton, forme un obstacle très sérieux contre toute tentative de vive force, et comme autour de la position de Montmorency et de Vaujours-Chelles on a renforcé la défense par de nombreuses batteries, des abatis, des tranchées, des réseaux de fil de fer. (…)
Le périmètre des forts de Paris est de 150 kilomètres, ils sont à 12 kilomètres de l'enceinte, et par conséquent mettent la ville à l'abri des bombardements.

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« Le reflux. L'Allemagne envoie des troupes à l'est », Le Figaro, mercredi 2 septembre 1914.

L'Allemagne a, conformément à son plan, porté, au début des hostilités, tous ses efforts sur la France. Elle n'avait sur sa frontière orientale que les corps d'armée nécessaires pour essayer d'arrêter les troupes de couverture de la Russie. Elle comptait en finir tout de suite avec la France et pouvoir se retourner vers l'est, de manière que ses troupes pussent y arriver avant que la concentration russe fut terminée. De savants calculs fixaient à deux mois après la déclaration de guerre le moment où l'entrée en action de la Russie pourrait commencer.
Tous ces calculs ont été déjoués. L'armée française est encore intacte, et l'Allemagne est déjà envahie à l'est. Le danger presse pour l'Allemagne qui va se trouver forcée de tenter un effort sérieux afin d'arrêter le flot envahisseur, d'opposer une barrière au rouleau écraseur.
Des dépêches arrivées de divers points et dont la concordance est une garantie d'exactitude, nous annoncent que ce mouvement est déjà commencé.
Voici ces dépêches, que nous empruntons au Daily Mail :

Anvers, 29 août. — Pendant toute la journée et la nuit d'hier, 160 trains allemands portant tout un corps d'armée avec ses transports ont traversé la Belgique dans la direction du sud-ouest au nord-est.
On pense qu'en raison des mauvaises nouvelles reçues de la Prusse orientale, les Allemands sont en train de rappeler une partie de leurs troupes de la frontière de France.

Copenhague, 28 août. — La circulation par chemin de fer est suspendue en Allemagne, les voies ferrées étant entièrement occupées par les transports des troupes de l'ouest à la frontière de l'est, où se fait sentir si durement la pression russe.

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« Nous résistons ici – Là, nous progressons », Le Matin, mardi 1er septembre 1914.

Les Parisiens ont appris avec plaisir que le ministre de la guerre avait commencé hier matin, en compagnie du général Galliéni, la visite du camp retranché de Paris. On devine pourquoi cette inspection a commencé par la région du nord-est.
Il s'agit de compléter les éléments de défense fixe par des travaux appropriés, tels qu'ils relient les forts entre eux.
Au cours des promenades qu'ils poussent, le dimanche, dans la grande banlieue, tous les Parisiens ont fait la connaissance de ces forts au dessin sévère que l'on aperçoit tout d'un coup sur des crêtes de collines. La plupart de ces ouvrages sont éloignés de l'enceinte de la ville d'une douzaine de kilomètres au moins. C'est une distance à laquelle aucun obus allemand ne pourra jamais atteindre nos monuments.
On a raison de mettre ces renseignements précis en circulation pour les opposer aux inquiétudes irraisonnées que l'ignorance nourrit.

Nous voilà loin des conditions dans lesquelles Paris fut assiégé au cours de l'Année terrible. En 1870, les Allemands étaient maîtres de la voie ferrée depuis Strasbourg jusqu'à Paris. Elle les ravitaillait à leur gré en hommes et en munitions. Au contraire, on se demande aujourd'hui comment ils soutiendraient la vie et les moyens d'action des 600 000 à 700 000 hommes qui leur seraient nécessaires pour investir Paris.
En effet, nous sommes maîtres de l'accès des Vosges. La « Digue du nord », Toul, Verdun, nos places fortes, demeurent inviolées du côté de l'est. Si les Allemands poussaient jusque sous Paris, ils seraient réduits à une communication précaire à travers la Belgique. Déjà les spécialistes se demandent comment, avec la largeur de leur base d'opération et les moyens très restreints dont ils disposent, ils vont s'y prendre pour rétablir les effectifs écornés de leur infanterie.

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