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1915 vu par les journaux français - Pierre Aulas
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1915 vu par les journaux français

« Forts détruits, mines draguées », Le Matin, dimanche 28 février 1915.

La flotte franco-anglaise entre dans les Dardanelles

Communiqué officiel du ministère de la marine :
Les trois cuirassés français Suffren, Gaulois et Charlemagne ont pris une part très active à la destruction des forts de l'entrée des Dardanelles opérée par la flotte franco-anglaise dans la journée du 25 février.
Pendant que trois cuirassés anglais ouvraient un feu lent et méthodique sur les trois forts du cap Helles, de Sebdulbahr et de Orkhanieh, le Gaulois prenait pour objectif le grand fort de Kumkale, qui défend l'entrée des détroits sur la côte asiatique.
Le tir du Gaulois fut remarquablement précis.
Lorsque ce feu lent et méthodique exécuté à grande distance par les quatre cuirassés eut produit les résultats qu'on en attendait, les autres cuirassés exécutèrent des passes à courte distance pour achever la destruction des batteries ennemies. Le Suffren et le Charlemagne s'approchèrent ainsi à moins de deux mille mètres des forts de Sebdul-Bhar et de Kum-Kalessi, qui ne purent tirer que quelques coups d'ailleurs sans effet.
À 5h15 du soir, tous les forts étaient définitivement réduits.
Les trois cuirassés français qui ont participé à l'opération n'ont subi aucune avarie. (Havas.)

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« Les camps de concentration en France », L'Humanité, samedi 27 février 1915.

Les impressions de M. Gustave Ador, député suisse, président du Comité international de la Croix-Rouge

Genève, 23 février. — (De notre correspondant particulier.) — M. Gustave Ador a rapportées d'excellentes impressions d'une visite qu'il fit, tout récemment, à cinq amps de concentration allemands en France. On sait que M. Ador est président du Comité international de la Croix-Rouge. Et pendant qu'un de ses collègues du même Comité se rendait en Angleterre, dans le même but, il s'occupait plus particulièrement de votre pays. Aimablement accueilli partout, grâce à une autorisation de M. Millerand, ministre de la guerre, il put voir, à son gré, tout ce qui l'intéressait, et interroger les prisonniers comme bon lui semblait, en dehors de la présence de tous témoins. Et c'est ainsi qu'il lui fut permis de constater avec quelle douceur les gardiens traitaient tous les prisonniers confiés à leur garde. Et combien tous cherchent, dans la mesure de leurs moyens, à soulager les infortunes de ceux dont on leur a confié la surveillance.

Au camp d'Issoudun

Ils sont là, un millier environ, dans une caserne. L'installation est parfaite. Dans de grandes chambrées, les paillasses s'alignent. Et sur chacune d'elles deux couvertures sont pliées. À l'occasion du Nouvel An, les paquets préparés pour les prisonniers sont arrivés en quantités considérables. Un vestiaire leur fournit gratuitement des vêtements, du linge et des chaussures. La nourriture est abondante et saine aussi. Chaque matin, du café, avec 10 grammes de sucre par homme ; à midi et le soir 1 150 grammes de légumes, 125 grammes de viandes (les rations sont doubles pour ceux qui sont attelés à des travaux en plein air), 700 grammes de pain, plus 100 grammes de pain pour la soupe. Cet ordinaire peut être complété par des subsides reçus du pays. Ceux qui ont quelque argent se sont fait ouvrir un compte courant auprès du vaguemestre, et ils peuvent toucher de 15 à 20 francs par semaine.

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« Notre succès des Éparges », L'Action française, vendredi 26 février 1915.

Nos soldats lisent les journaux, publiée dans le Matin du 3 février 1915

L'investissement de Verdun a toujours été l'un des objectifs de l'état-major allemand. Il y a employé de grands moyens.
C'est à l'Est de ce village [des Éparges] que sont creusées les premières tranchées allemandes. Sur la crête de la colline, l'ennemi a organisé dans une position très forte, une sorte de grande redoute, bastionnée aux deux extrémités Ouest et Est, et dont la courtine est formée par deux lignes de tranchées.
Cet ouvrage défend les deux cols qui, du village des Combres à la lisière de la Voivre, conduisent, l'un aux Éparges, l'autre à Saint-rémy.
Le village des Éparges est entre nos mains, Saint-rémy a été enlevé aux Allemands par un coup de main, le 9 février. Une progression de notre part dans cette région menace donc la position des Allemands de la forêt de la Montagne et indirectement leur occupation de Saint-Mihiel.
Ainsi s'explique l'acharnement mis par nos adversaires à défendre leur redoute des Éparges.
Notre attaque avait été préparée par une avance méthodique à la sape. Par des boyaux, nous avions cheminé depuis le fond du vallon vers les tranchées ennemies, devant lesquelles des fourneaux de mines avaient été installés.
Le 17 février au matin, le feu était mis aux mines. Une ligne d'entonnoirs bouleversait le glacis, offrant une première protection à nos troupes d'assaut.
Celles-ci attendirent que le canon leur ouvrît la route.
Notre préparation d'artillerie particulièrement intense obtint des résultats remarquables. Toutes les défenses accessoires furent détruites ; la rapidité et la précision du tir produisirent en même temps une impression de terreur sur l'ennemi.
Un officier du 8e bavarois fait prisonnier a déclaré qu'il n'avait pu prévenir la panique de ses hommes ; la plupart s'étaient enfuis : presque tous ceux qu'il put retenir furent tués, et lorsque les Français apparurent baïonnette au canon, ils se rendirent. Ils n'étaient plus que vingt-cinq.
Dès que notre artillerie eut allongé son tir, nos troupes d'assaut s'avancèrent vers le bastion Ouest, objectif désigné de l'attaque. Elles avaient occupé d'abord les entonnoirs d'explosion de mine, puis, successivement, la première et la deuxième ligne de tranchées. Tout le bastion Ouest était à nous.
En face du bastion Est, profitant de l'effet de surprise produit sur l'ennemi, nous avions également enlevé une partie de l'ouvrage. Au total, notre gain représentait 500 mètres de tranchées et nos pertes en hommes étaient très minimes.
Dans la nuit du 17 au 18, l'ennemi commença à bombarder les positions qu'il avait perdues. Le 19 au matin, il tenta sans succès une contre-attaque. Dans l'après-midi, le bombardement redoubla d'intensité. L'ennemi avait concentré le feu de plusieurs pièces de 210 et de 150 sur ce point qu'il lui était facile de repérer. Le commandement fit évacuer momentanément le bastion Ouest.
À la fin de la journée, ordre fut donné de reprendre la position. Nos batteries rouvrirent le feu sur les tranchées que l'ennemi avait de nouveau garnies. Puis nos troupiers complétèrent leur succès à la baïonnette par un corps à corps d'une extrême violence.
Dans une seule tranchée, un de nos officiers compta 200 cadavres allemands. Les survivants, vingt-cinq, s'étaient rendus.
La journée du 19 est marquée par cinq contre-attaques allemandes ; la première, dès le matin, la cinquième vers midi. Elles sont toutes, soit enrayées par l'artillerie, soit repoussées par l'infanterie. L'ennemi y éprouve de lourdes pertes.
Le 20 février, nous déclenchons une nouvelle attaque sur le bastion Est. Nous nous emparons d'un bois de sapins où les tranchées allemandes formaient le saillant avancé du bastion. Nous y faisons plus de 200 prisonniers, dont deux officiers. Dans la tranchée, nous trouvons trois mitrailleuses et deux minenwerfer.
Sur la courtine, nous avons également tenté une attaque. Nous perçons la ligne, mais nous ne réussissons pas à nous y maintenir.
Une contre attaque ennemie sur le bastion Ouest n'a pas plus de succès que les précédentes. De nombreux cadavres allemands gisent sur le glacis.
Pendant la nuit, les Allemands jettent des bombes et des pétards pour gêner nos travailleurs qui organisent la position conquise. Le 20 au matin, ils déclenchèrent sur le bois de sapins une attaque massive – la septième – sous le poids de laquelle nos fantassins fléchissent un instant. Mais, par une contre-attaque vigoureuse, ceux-ci reviennent à la lisière Ouest du bois et gagnent les tranchées formant courtine entre les deux bastions une longueur d'une centaine de mètres.
Le 21, nous repoussons encore une contre-attaque allemande – c'est la dernière – l'ennemi est manifestement épuisé.
Dans une partie de l'ouvrage conquis, nous avons enterré les cadavres allemands. On en a déjà enseveli trois cents. Il en reste au moins autant autour de l'ouvrage et sur les pentes ; jusqu'à Combres, on en aperçoit encore.
Les pertes ennemies peuvent être évaluées à trois mille hommes ; soit la moitié des effectifs engagés.
Au cours de ces combats se sont affirmées la maîtrise de notre artillerie et les incomparables qualité offensive de notre infanterie.
Après cinq mois de tranchées, celle-ci n'a rien perdu de sa bavoure et de son entrain ; mais elle a appris à être prudente et manœuvrière et l'efficacité de notre artillerie lui donne une confiance qui est un des meilleurs éléments du succès, la parfaite liaison.
Ce résultat est à l'honneur du commandement. Il a préparé avec méthode et lancé avec énergie une attaque qui nous a assuré une position avantageuse, en même temps qu'un réel ascendant moral sur l'adversaire.

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« La Croix de guerre », Le Petit journal, jeudi 25 février 1915.

Projet de croix de guerre de M. Victor Peter, publiée dans le Petit journal du 25 février 1915

La croix de guerre, votée par la Chambre, a séduit l'opinion comme une juste récompense à ces braves que l'on ne aura jamais assez récompenser.
La commission législative chargée de l'étude du projet est composée de MM. Georges Bonnefous, commandant Driant, Henry Paté, Maurice Barrès, Dutreil et Briquet. C'est elle qui choisira parmi les projets que des artistes ont préparés.
Pour les artistes, quel beau sujet !
M. Victor Peter, l'éminent professeur à l'École des Beaux-Arts, le sculpteur animalier et graveur de médailles dont le talent s'est affirmé en des œuvres multiples, est l'auteur d'un des projets entre lesquels il faudra choisir. C'est son projet que nous publions aujourd'hui.
À l'avers, le coq gaulois, musclé, campé sur ses ergots, chantant, dresse sa fière silhouette qu'entourent des lauriers tressés et dont le cercle enferme un soleil rayonnant. Le tout repose au cœur d'une croix de Malte et revêt un caractère de grandeur simple.
C'est un très beau projet.

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« L'anniversaire de Washington », Le Temps, mercredi 24 février 1915.

La colonie américaine de Paris a célébré hier l'anniversaire de la naissance de George Washington. Au dîner, organisé par l'American-Club de Paris au Palais d'Orsay, et présidé par M. C. Inman Barnard, assistaient MM. Wm G. Sharp, de Wiart, ministre de la justice de Belgique.
M. Wm G. Sharp, dans une allocution pleine d'humour et de fine bonhomie, a retracé les luttes d'autrefois, quand l'Amérique combattait pour son indépendance, et comparé le passé à la formidable situation qu'occupent les États-Unis dans le monde. Il a fait à la France et à la Belgique une allusion aimable et chaleureuse qui a été couverte par les applaudissements.

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« Mme Sarah Bernhardt a été opérée », Le Matin, mardi 23 février 1915.

Bordeaux, 22 février. — Mme Sarah Bernhardt a été opérée ce matin (amputation de la cuisse droite), dans une maison de santé de la rue d'Arès.
Jusqu'au dernier moment, elle a montré un grand courage, comme s'il ne s'agissait pas de l'épreuve qu'elle allait subir.
Hier, les télégrammes de sympathie ont continué à affluer et Mme Sarah Bernhardt, entourée de sa famille, a reçu quelques intimes.

L'opération

Bordeaux, 22 février. — Mme Sarah Bernhardt avait été transportée ce matin, à 9h15, dans la salle d'opération de la clinique du Chemin d'Arès, où se trouvaient réunis les professeurs Denucé et Arnozan, de Bordeaux, assistés du docteur Rabert et de l'interne Papin.
Comme on le savait depuis hier, le docteur Pozzi, actuellement mobilisé, n'avait pu se joindre à ses confrères.
Les personnes présentes ont beaucoup remarqué l'air très décidé de Mme Sarah Bernhardt, qui ne voulait pas qu'on différât l'intervention chirurgicale. Avant d'être endormie, elle demanda à embrasser son fils Maurice, lequel attendait dans un salon voisin. Il pénétra aussitôt dans la salle d'opération qu'il quitta après avoir embrassé sa mère.
La grande artiste fut endormie après dix-sept minutes à l'aide d'éther. L'opération elle-même dura dix-neuf minutes. La jambe droite de la malade fut sectionnée au-dessus du genou. La grande tragédienne quitta la salle d'opération à 10h20, ayant retrouvé tous ses sens, parfaitement disposée et ne paraissant nullement émue. On la descendit du deuxième au premier étage, où se trouvent ses appartements, à l'aide de l'ascenseur.
Après une immobilité complète, qui durera vingt et un jours, Sarah Bernhardt retournera à Andernos, sur le bassin d'Arcachon, passer sa convalescence. (Fournier.)

Le bulletin de santé

Bordeaux, 22 février. — Voici le bulletin officiel publié à l'issue de l'opération de Mme Sarah Bernhardt :
« L'opération, décidée par la consultation du 13 février, entre MM. les professeurs Pozzi, de Paris, Denucé et Arnozan, de Bordeaux, a eu lieu lundi matin et a été supportée dans les meilleurs conditions.
L'état de Mme Sarah Bernhardt après l'opération, est aussi bonne que possible. » (Havas.)

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« M. Fédéric Chevillon, député de Marseille, est tué en Argonne », Le Matin, 23 février 1915.

On annonçait hier, dans les couloirs de la Chambre, une bien triste nouvelle : M. Frédéric Chevillon, le jeune et sympathique député de Marseille, sous-lieutenant au 132e d'infanterie, a été tué en Argonne.
M. Frédéric Chevillon, mobilisé depuis le mois d'août, était venu passer quelques jours à Paris pour remplir son devoir parlementaire ; mais il n'avait pas tardé à rejoindre son poste à la frontière, où il est tombé au champ d'honneur, face à l'ennemi.
M. Frédéric Chevillon avait été cité à l'ordre du jour et proposé pour la Légion d'honneur.

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« Le procès des députés socialistes à la Douma », L'Humanité, lundi 22 février 1915.

Nous apprenons par les journaux russes que le procès des députés socialistes à la Douma commencera devant la « section spéciale » de la Cour d'appel de Pétrograd, le 23 février.
Les accusés sont au nombre de douze. En dehors des cinq députés, Pétrowsky, Mouranoff, Badaïeff, Chagoff et Samoïloff comparaîtront les six délégués de la Conférence arrêtés en novembre dernier : Rosenfeld, « honorable bourgeois héréditaire », Jakowleff, « noble », Petchak, Woronone, Kozloff et Antipoff, « paysans », ainsi que la citoyenne Gawrilowa, « paysanne », celle-ci poursuivie pour ne pas avoir dénoncé la Conférence qui se tenait dans son appartement.
L'accusation contre les cinq députés et les six délégués porte sur leur « adhésion à une association criminelle ayant soumis son action à la direction et au contrôle du Comité central du Parti ouvrier social-démocrate de Russie », ainsi que sur leur « participation à un Congrès du parti composé de membres du groupe ouvrier social-démocrate de la Douma et représentants des organisations provinciales du Parti, congrès ayant eu lieu les 3 et 4 (16-17) novembre dans l'appartement des époux Gawriloff, maison numéro 28 sur la Chaussée de Wyborg. »
La défense sera présentée par dix avocats, dont plusieurs d'un grand renom : les députés de la Douma Alexandroff et Kérensky, et par les maîtres Grouzenberg, Goldstein, Sokoloff, les deux Bérenstam, Teslenko, Maliantowitch et Mourawieff.
Ajoutons que dans le tribunal d'exception qui jugera l'affaire, le jury est remplacé par trois « représentants des États » (au sens moyenageux du mot) : un dignitaire de la noblesse, un maire de ville et un « ancien des paysans ».

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« La flotte anglo-française bombarde l'entrée des Dardanelles », Le Matin, dimanche 21 février 1915.

Carte de la mer de Marmara, publiée dans le Matin du 21 février 1915

Le silence profond qui régnait sur les opérations navales dans la Méditerranée vient enfin d'être rompu : une note sur le dernier conseil des ministres nous apprend laconiquement « que la flotte anglo-française a efficacement bombardé les forts de l'entrée des Dardanelles ».
L'opération que l'on annonce ainsi ne peut avoir qu'un but : le forcement du détroit donnant accès à la mer de Marmara dans l'extrémité orientale de laquelle se mirent les palais de Stamboul. Depuis longtemps on s'attendait à voir les flottes alliées essayer de forcer ce passage. Opération à vrai dire ardue : le long canal maritime des Dardanelles ne serpente sur pas moins de 70 kilomètres ; partout ses eaux sont moins larges qu'une portée de canon moderne, puisque la distance d'une rive à l'autre ne dépasse nulle part 7 kilomètres. Entre les deux forts d'entrée dont le communiqué fait au conseil des ministres annonce le bombardement, elle se réduit à 4 kilomètres, et même au point le plus étroit, à 1 800 mètres seulement ; de chaque côté de cet étranglement se dressent de pittoresques châteaux-forts élevés par les anciens sultans. Mais des fortifications plus modernes ont été établies sur la rive d'Europe comme sur celle d'Asie et les officiers allemands appelés par la Turquie les ont sans doute perfectionnées depuis le début de la guerre. En outre des mines barrent le passage rendu plus malaisé encore par un courant assez violent qui emporte à la Méditerranée l'excédent des eaux que versent à la mer Noire les grands fleuves de l'Europe orientale.
Déjà, depuis le début de la guerre, l'héroïsme de nos marins s'est dépensé dans les Dardanelles. Un de nos submersibles a essayé de les remonter il y a quelques semaines, sans doute pour aller couler le Goeben dans son repaire de la mer de Marmara. Il passa sous les lignes de mines et allait franchir la dernière, quand malheureusement il toucha le fond, se faisait des avaries qui l'obligèrent à revenir à la surface, où il devait être capturé.
Il s'agit selon toute vraisemblance aujourd'hui d'une attaque plus générale et méthodique. Elle est heureusement facilitée par ce fait que la terre qui borde le détroit du côté européen est la longue presqu'île de Gallipoli, rattachée au continent par un mince pédoncule, épais de deux lieues seulement et sur lequel peuvent exercer une action très puissante des navires embossés dans le golfe d'Esnos. Mais ces opérations ne sauraient être le fait d'une journée, même si nos alliés russes détournent une partie de l'attention des Turcs en faisant attaquer l'entrée du Bosphore par leur flotte de la mer Noire; il faudra sans doute attendre quelques temsp les résultats. (…)

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« Les forts turcs réduits au silence », Le Matin, 21 février 1915.

Carte du détroit des Dardanelles, publiée dans le Matin du 21 février 1915

L'ambassade d'Angleterre a reçu du ministre des afafires étrangères de Londres le télégramme suivant, daté du 20 février :
L'amirauté annonce qu'hier matin, une flotte anglaise composée de cuirassés et de croiseurs cuirassés, accompagnée par des flotilles de torpilleurs et appuyée d'une forte escadre française – tous ces navire étant sous le commandement du vice-amiral Carden – a commencé l'attaque des forts situés à l'entrée des Dardanelles.
Les fors du cap Helle et de Kumkale ont été bombardés à longue distance ; le résultat du tir sur deux de ces forts a été considérable ; deux autres ont été fréquemment touchés, mais il est difficile d'estimer le dommage causé, car ils se composent principalement d'ouvrages en terre.
Ces ouvrages, ne possédant par l'artillerie nécessaire pour tirer à si longue distance, ne purent répondre au tir des navires.
À deux heures quarante-cinq du soir, un certain nombre de cuirassés reçurent l'ordre de se rapprocher et de bombarder les forts avec les canons de moyen calibre. De chaque côté du détroit, les forts ouvrirent alors le feu et le combat s'engagea entre eux et les cuirassés Vengeance, Cornwallis, Triumph, … (censuré), … (censuré) et … (censuré) qui étaient appuyés par l'Inflexible et l'Agamemnon tirant à longue distance. (…)
Les forts situés sur la côté européenne ne semblent pas avoir été réduits au silence ; un de ceux qui se trouvent du côté asiatique tirait encore lorsque l'attaque prit fin, la nuit étant venue.
Aucun navire de la flotte alliée ne fut atteint. Le bombardement a été repris ce matin après une reconnaissance aérienne. Le navire de guerre anglais Ark-Royal se trouve sur les lieux avec un certain nombre d'aéroplanes et d'hydroplanes.

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« Contre l'alcoolisme », Le Temps, samedi 20 février 1915.

De nouveau, hier, la Chambre s'est occupée de la question de l'alcoolisme. Après l'interdiction de l'absinthe et des boissons similaires, c'est le nombre vraiment formidable des débits de boisson qui vient en discussion. Si la Chambre aborde ainsi successivement, avec la ferme volonté d'aboutir, les différents termes du problème, elle aura chance de faire d'excellente besogne. Au contraire, si elle avait tenté de tout entreprendre à la fois, elle se fût certaienement perdue au milieu de difficultés inextricables. Qu'elle continue à s'inspirer du principe de la division du travail. La méthode est bonne.
Mais il faudra qu'à chaque étape un progrès réel ait pu être enregistré. Celui qui est, en ce moment, demandé à la Chambre ne promet guère de compter parmi les plus sérieux. Le projet de loi dont l'examen a commencé hier se borne, en effet, à réglementer l'ouverture de nouveaux débits de boissons. Il stipule, dans le premier paragraphe de son article unique, que « nul ne pourra ouvrir un nouveau débit de boissons pour y vendre à consommer sur place, autrement que comme accessoire de la nourriture, des spiritueux, des liqueurs ou des apéritifs autres que ceux à base de vin et titrant moins de 23 degrés ». Même observée de la façon la plus scrupuleuse, cette interdiction laisserait subsister le fléau des 480 000 débits existants, ce qui représente un débit par 80 habitants, y compris les enfants à la mamelle.

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« Paris aura bientôt des autobus », Le Petit journal, vendredi 19 février 1915.

Il y a quelques jourés, ainsi que le petit journal l'a annoncé, M. Georges Girou avait insisté auprès du bureau du Conseil municipal dans le but d'amener une entente entre l'autorité militaire et la Compagnie des Omnibus afin de permettre à celle-ci de construire de nouveaux autobus en vue du rétablissement des lignes les plus importantes.
Le président du Conseil municipal vient d'être informé que le ministre de la Guerre ne met aucun empêchement à ce que la Compagnie « tout en poursuivant la construction des voitures destinées aux besoins militaires d'après le programme arrêté avec le général commandant en chef, soit autorisée à utiliser l'excédent de sa production pour la reprise de l'exploitation des lignes d'autobus les plus indispensables ».
On estime que cette solution permettra de donner satisfaction aux désirs de la population parisienne et que prochainement nous reverrons les autobus dans nos rues.

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PICHON (S.), « La conférence de Londres », Le Petit journal, jeudi 18 février 1915.

La présence de deux membres du gouvernement français à la conférence socialiste de Londres est appréciée par l'opinion publique avec autant de surprise que de sévérité.
On s'étonne que MM. Jules Guesde* et Marcel Sembat* aient adhéré à une déclaration qui pose en fait que nous ne sommes pas en guerre avec les peuples d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie, mais seulement avec les gouvernements de ces deux pays.
On s'étonne qu'ils se soient associés à une protestation publique contre des actes qui se rapportent à la politique intérieure de notre grande alliée, la Russie.
Ce n'est pas une explication de dire que M. Vandervelde, ministre belge, assistait également à la conférence. M. Vandervelde n'est pas ministre en exercice, il n'est que ministre d'État, et son opinion n'engage que celle d'un cabinet dans lequel il n'a pas voix délibérative.
Notre gouvernement partage-t-il l'avis de MM. Guesde et Sembat ? Alors qu'il le dise, et l'opinion publique jugera.
Est-il d'un avis opposé ? Alors, comment a-t-il autorisé la participation de deux de ses membres à la délibération de Londres ?
L'opinion publique ne comprend pas.

NOTA-BENE : dans le gouvernement Viviani constitué le 26 août 1914, Marcel Sembat (SFIO) occupe le poste de ministre des Travaux publics tandis que Jules Guesde (SFIO) est ministre sans portefeuille.

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« Recherche des disparus », L'Action française, mercredi 17 février 1915.

Nous publions aujourd'hui la Liste des Disparus que le défaut de place ne nous a pas permis de donner hier. Nous prions nos amis et nos correspondants de chercher des renseignements conformément à notre circulaire privée du 1er novembre, en interrogeant les militaires appartenant aux mêmes régiments et compagnies et revenus du front, soit dans les dépôts, soit dans les hôpitaux.
Nous ne pouvons accepter de demandes de recherches que pour les militaires dont on n'a pas eu de nouvelles depuis le 30 novembre.
Les sections de l'Action française de province pourront nous transmettre également les demandes remplissant ces conditions.
Adresser les demandes à M. Léon Bergerat, secrétaire adjoint des Camelots du Roi, à l'Action française, 17, rue Caumartin. On est prié de joindre à la demande 1 franc en bon de poste. Cette somme n'est pas un tarif de publicité, mais représente au plus juste les frais nécessaire ; le travail assez considérable de la recherche des disparus étant un service gratuit que nous désirons rendre à nos concitoyens.

1er Infanterie. — 4e comp. : PERRE (Joseph), blessé et disparu le 31 décembre.
4e Infanterie. — 6e comp. : AGENET (Marius-Célestin), caporal, blessé et disparu le 6 septembre.
37e Infanterie. — 6e comp. : PLUVERT (Maurice-Fernand-Jean), disparu le 22 décembre.
46e Infanterie. — 5e comp. : PIGE (Augustin-Régis), blessé et disparu du 22 au 26 septembre.
50e Infanterie. — 1re comp. : PUYENCHET (Pierre), sergent, disparu le 25 septembre.
57e Infanterie. — 12e comp. : BERTRAND (André), sergent-major, disparu le 15 septembre.
63e Infanterie. — 11e comp. : AUZEREMY (Paul), sergent, blessé et disparu le 21 décembre.
64e Infanterie. — 25e comp. : DURAND (Pierre-Auguste-Eugène), sergent, disparu le 23 août.
76e Infanterie. — 1re comp. : GAUTIER (Victor-Antoine), disparu le 22 septembre. — 5e comp. : HALVICK (Georges), disparu le 9 janvier.
89e Infanterie. — 11e comp. : AUBERT (Maurice-Paul), disparu le 8 janvier.
90e Infanterie. — 12e comp. : TESSANDIER (Jean), disparu le 10 novembre ; PATURAUD (Jean-Baptiste-Émile), disparu le 10 novembre.
91e Infanterie. — 8e comp. : STARCK (Georges-Lucien), caporal, disparu et présumé prisonnier le 6 décembre.
94e Infanterie. — 2e comp. : LACOMBE (Louis), présumé blessé et prisonnier le 17 août.
etc.

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« La conférence socialiste internationale de Londres blâme l'agression allemande », La Croix, mardi 16 février 1915.

Londres, 15 février. — La conférence des représentants des partis socialistes et travaillistes des nations alliées a eu lieu à Londres, sous la présidence de M. Keir Hardie. MM. Marcel Sembat, Vaillant, Emile Vandervelde et quatre membres de la Confédération générale du travail y assistaient.
Jules Guesde était absent pour cause de maladie.
La conférence a adopté un ordre du jour dans lequel elle émet l'avis que le droit et le devoir des nations attaquées est de prendre les mesures nécessaires pour assurer leur propre défense.
Cet ordre du jour déclare que l'invasion de la France et de la Belgique est une menace contre les nationalités indépendantes et un coup frappé contre la foi des traités et que, dans ces circonstances, la victoire de l'impérialisme allemand serait la défaite de la démocratie et de la liberté en Europe.

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« Mercredi des Cendres », La Croix, 16 février 1915.

Mercredi 17 février, les fidèles iront se faire imposer pieusement les Cendres.
Jamais la cérémonie des Cendres ne parle plus au cœur et à la foi qu'en cette année, où tant de jeunes vies ont été moissonnées avant le temps, où tant de corps vigoureux et sains tombent en poussière loin du lieu de leur naissance. Que nos prières, en ce jour, soient pour eux comme une douce rosée qui les fasse reverdir pour la résurrection bienheureuse, et nous rappelle à nous-mêmes que nous ne tarderons pas, à notre tour, à tomber en poussière.

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« Une commande de 500 000 rasoirs », Le Petit journal, 16 février 1915.

Le consortium des couteliers de Thiers vient de recevoir une commande de 500 000 rasoirs. L'origine en est intéressante et vaut la peine d'être contée.
On sait quel souci de correction nos amis de l'armée britannique apportent dans leur tenue et l'on peut affirmer que chaque soldat a dans son sac, sinon son bâton de maréchal, du moins sa paire de rasoirs.
Or, nos alliés se sont aperçus que la plupart des instruments de leurs trousses de toilette provenaient de maisons allemandes et portaient la marque « Made in Germany ». D'un commun accord, pendant la traversée, ils ont jeté tous leurs objets de provenance germanique.
C'est pour combler les vides ainsi faits qu'on a résolu de s'adresser aux coutelleries françaises de vieille réputation et voilà comment le consortium des couteliers de Thiers remporte une des premières de ces victoires industrielles que l'avenir réserve aux maisons françaises.

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« Une lettre de Romain Rolland à un écrivain néerlandais », L'Humanité, lundi 15 février 1915.

Je lis dans De Amsterdammer, un grand journal hebdomadaire fort répandu en Hollande, une belle lettre que Romain Rolland a adressé le 12 janvier dernier, de Genève, à l'écrivain néerlandais Frederik Van Eeden (…) :

Que la guerre soit ce qu'elle soit, nous n'y pouvons plus rien ; mais nous devons au moins tâcher que de ce fléau sorte le moins de mal et le plus de bien possible. Et pour cela, il faut intéresser l'opinion publique du monde entier à ce que la paix future soit juste, à ce que les appétits du vainqueur (quel qu'il soit) et les intrigues de la diplomatie n'en fassent plus l'amorce d'une nouvelle guerre de « revanche », à ce que les crimes moraux commis dans le passé ne se renouvellent plus, ou ne s'aggravent encore. C'est pourquoi je regarde comme un principe sacré ce premier article de l'Union of Democratic Control :
« Qu'aucun pays ne puisse désormais passer d'un gouvernement à un autre, sans le consentement explicite, librement affirmé, de sa population ». Il s'agit de faire justice des maximes odieuses qui ont trop longtemps pesé sur le monde esclave, et que tout récemment encore le professeur Lasson osait répéter, comme une menace prochaine, dans son cynique catéchisme de la force (Das Kulturideal und der Krieg). Et il faut que ce principe soit posé, adopté, tout de suite, sans attendre. Si l'on remettait, pour le proclamer, au moment où, la guerre finie, se réunira le Congrès des puissances, on serait suspect de vouloir faire servir la justice au profit des vaincus. C'est à présent, où les forces des deux parties sont égales, qu'il faut établir ce droit primordial, qui plane au-dessus des armées.
De ce principe découle une application immédiate. Puisque l'Europe tout entière est bouleversée, qu'on en profite pour faire de l'ordre dans cette maison malpropre ! Depuis longtemps, on y a laissé s'accumuler les injustices. C'est le moment de les réparer, quand viendra l'heure de la liquidation de compte générale. Notre devoir à tous ceux d'entre nous qui ont le sentiment de la fraternité humaine est de rappeler alors les droits des petites nationalités opprimées. Il en est dans les deux camps : Sleswig, Alsace-Lorraine, Pologne, nations Baltiques, Arménie, peuple juif. Au début de la guerre, la Russie a fait de généreuses promesses. La conscience du monde les a enregistrées, qu'elle ne les oublie point ! Nous sommes solidaires aussi bien de la Pologne, écartelée entre les serres des trois aigles impériales, que de la Belgique crucifiée. Tout se tient. C'est parce que nos pères ont laissé, par réalisme borné et par peureux égoïsme, violer les droits des peuples de l'Europe orientale, qu'aujourd'hui l'Occident est broyé et la menace suspendue sur tout le petit peuple, sur le vôtre, mes amis, comme sur celui dont je suis l'hôte, sur la Suisse. Qui fait tort à l'un d'eux, fait tort à tous les autres. Unissons-nous. Au-dessus de toutes les questions de races, qui ne sont, le plus souvent, qu'un masque sous lequel se dissimulent l'orgueil de la multitude et l'intérêt de castes financières ou féodales, il y a une loi humaine, éternelle, universelle, dont nous devons tous être les serviteurs et les défenseurs : c'est celle du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Et qui viole cette loi, qu'il soit l'ennemi de tous !

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« Journalistes admis à bord de sous-marins allemands », L'Humanité, 15 février 1915.

Une dépêche d'Amsterdam annonce que l'état-major naval allemand a adressé à des correspondants de guerre américains, italiens et autrichiens des invitations à se rendre à bord de sous-marins pendant les attaques projetées contre les navires marchands. Les correspondants ont demandé au gouvernement allemand d'assurer leur vie contre les risques. Il est possible que plusieurs d'entre eux soient autorisés à aller dans les sous-marins comme « chauffeurs honoraires » pendant le prochain raid.

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« Feuilleton du 15 février 1915 », L'Humanité, 15 février 1915.

La guerre des monde par H.-G. Wells. IX. La lutte commence (suite).

Vers six heures du soir, je prenais le thé avec ma femme dans la véranda, causant avec chaleur de la bataille qui nous menaçait, lorsque j'entendis, venant de la lande, le bruit assourdi d'une détonation, et immédiatement une rafale d'explosions. Aussitôt suivit, tout près de nous, un violent et retentissant fracas qui fit trembler le sol, et me précipitant au dehors sur la pelouse, je vis les cimes des arbres, autour du Collège Oriental, enveloppées de flammes rougeâtres et de fumée, et le clocher de la chapelle s'écrouler. La tourelle de la mosquée avait disparu et le toit du collège lui-même semblait avoir subi les effets de la chute d'un obus de cente tonnes. Une de nos cheminées craque comme si elle avait été frappée par un boulet ; elle vola en éclats et les fragments dégringolèrent le long des tuiles pour venur s'entasser sur le massif de fleurs, près de la fenêtre de mon cabinet de travail.

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SNELL (Victor), « Une occasion ? », L'Humanité, dimanche 14 février 1915.

Un grand couturier – car il y a de « grands couturiers », paraît-il, comme il y a de grands savants et de grands généraux – ayant été , à cause de son nom, accusé à tort d'être Allemand, a écrit aux journaux pour rectifier. Ses arguments sont péremptoires – mais, à titre de preuve subsidiaire, il a cru devoir faire suivre sa signature de son titre de « chevalier de la Légion d'honneur ». D'où colère de ses bons concurrents, autres « grands couturiers » qui, visiblement, escomptaient la disparition d'un rival dans la pire des hontes !… – et réplique aux mêmes journaux. Réplique virulente dans laquelle il est dit notamment et expliqué que tout aussi bien et même mieux que ce pseudo-Allemand, « nos collègues sont fiers de porter leruban rouge qui leur a été accordé pour services rendu à la France et à la couture française dans les différentes expositions à l'étranger » !
N'est-ce pas, comme disait feu Eugène Chavette, ruisselant d'inouïsme ? Au moment où le ruban rouge n'est accordé qu'exceptionnellement aux héros qui, par centaines cependant, par milliers, meurent pour la France, Messieurs les Couturiers éprouvent le besoin de rappeler que eux aussi ont conquis l'étoile des braves en organisant des expositions à l'étranger !
Cette manifestation bouffonne ne serait-elle pas l'occasion de rendre la Légion d'honneur à sa destination première qui est de récompenser le courage militaire ?
Avant cette guerre, les hommes de sens ne professaient qu'une idée en la matière : suppression de la Légion d'honneur. Aujourd'hui, cette suppression est impossible, et à certains points de vue, elle constituerait une injustice… Mais, précisément, ne pourrait-on point « honorer », si on ose dire, la Légion d'honneur en la réservant désormais aux seules actions d'éclat accomplies pour le salut du pays ?
La Légion d'honneur civile est un non sens désopilant – et un anachronisme.
Car on reconnaîtra sans peine qu'au lendemain de la guerre ce ne sera pas sans une douce gaieté qu'on verra un poilu qui aura risqué dix fois sa vie pour sauver celle de son officier ou pour conquérir une tranchée, décoré de la même façon que M. Machin « grand couturier », chevalier de la Légion d'honneur pour avoir organisé « des expositions à l'étranger » ?

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POLYBE, « La Douma », Le Figaro, samedi 13 février 1915.

Il y auara bientôt dix ans que, par une radieuse matinée d'été, j'ai assisté à Moscou, dans la cathédrale de l'Assomption, Ouspensky Sobor, à la lecture, par le métropolitain, de l'oukase impérial qui établissait le régime représentatif en Russie et annonçait la prochaine convocation de la première Douma.
C'est dans la cathédrale de l'Assomption qu'a lieu le sacre des Empereurs. Décor extraordinaire, où le fourmillement de milliers de figures barriolées, un amoncellement fabuleux de pierreries des Mille et une nuits, étincelantes dans la pénombre, et l'épaisseur des piliers, gros comme des tours, loin d'écraser, dégage la noblesse des lignes architecturales. C'est bien là qu'il fallait être le témoin du sacre de la Russie, entrant dans une vie nouvelle.
Les paysans n'y comprennaient pas grand chose. La petite féodalité terrienne s'inquiétait. Les ouvriers, l'intelligenzia, la bourgeoisie, l'aristocratie des salons, pareille sous bien des rapports à la noblesse de 89, applaudissaient. Des orages, des déceptions suivirent. L'Empereur ne revint pas sur sa parole, maintint son œuvre. Évidemment la Douma n'est pas la Chambre des communes. Elle est, elle devait être autre chose. J'ai quelque fierté de lui avoir gardé ma foi, obstinément aux heures des violences ou des silences.
Elle s'est réunie, il y a trois jours, dans son clair palais de Tauride, tout plein des souvenirs de la grande Catherine et de la conqiête de la Crimée sur le Turc. Elle y a donné un imposant spectacle. Quand le ministre des affaires étrangères eut achevé son sobre et fier exposé de la politique russe, toute l'assemblée s'est dressée pour l'acclamer. Puis les représentants de tous les partis, des socialistes et des cadets jusqu'aux « noirs », de toutes les nationalités slaves, de toutes les races, de toutes les religions sont venus affirmer une même volonté à la tribune, « l'inflexible résolution de la nation russe de faire la guerre jusqu'à ce que des conditions assurant la paix de l'Europe et le rétablissement du droit et de la jsutice soient imposées à l'ennemi. »
Ils auraient voté cette motion avec la même unanimité si la victoire leur avait été, momentanément, infidèle. De fait, ils l'ont votée à l'heure même où l'offensive allemande achevait de se briser sur les plaines glacées de la Rawka, devant le monstrueux entassement de ses propres cadavres.

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« Ils transportent leur butin dans des cercueils », Le Temps, vendredi 12 février 1915.

Le Times apprend de source digne de foi que les parents des soldats allemands tués en Belgique ne sont pas autorisés à entrer dans le pays afin de rechercher les corps des leurs et à emmener en Allemagne les cercueils contenant la dépouille mortelle de leurs parents. Mais par contre, les Allemands ont trouvé un emploi imprévu des cercueils : ils s'en servent pour transporter en Allemagne le butin recueilli par eux en Belgique. La chose fut découverte de la façon suivante : samedi dernier, un cercueil étant tombé d'un camion, le couvercle se détacha et il roula sur le sol une quantité de théières et de plateaux en argent.

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« La puissance financière de la Triple Entente », Le Matin, jeudi 11 février 1915.

L'accord que les ministres des finances d'Angleterre, de France et de Russie ont conclu à Paris la semaine dernière est un événement considérable, en ce qu'il complète les moyens d'action de l'alliance offensive et défensive que l'agression allemande a définitivement constituée entre les trois nations.
Au point de vue militaire, comme au point de vue diplomatique, l'entente existait depuis le début des hostilités ; elle est maintenant établie sur le terrain financier dans des conditions que la déclaration du 5 février précise en ces termes :
« Les trois puissances sont résolues à unir leurs ressources financières, aussi bien que leurs ressources militaires, afin de poursuivre la guerre jusqu'à la victoire finale. »
Pour réaliser cette union, les ministres ont décidé de procéder, de concert, à tous les achats que leurs pays ont à faire chez les nations neutres et d'établir des rapports spéciaux entre les banques d'émission des trois pays : Banque d'Angleterre, Banque de France et Banque de l'État de Russie.
Les premiers avantages de l'accord – qui prend ainsi les allures d'une union économique – sont : 1° Suppression de la concurrence de prix que les gouvernements des trois nations, achetant à peu près les mêmes produits, se faisaient entre eux sur les divers marchés étrangers ; 2° Suppression de la concurrence de change, résultant elle-même du règlement en commun des achats pratiqués sur lesdits marchés étrangers ; 3° Ouverture réciproque d'un compte créditeur pour les dépenses d'État que chacun des trois pays doit faire dans les deux autres.

Encaisse-or à la fin de janvier 1915
Banque d'Angleterre 1 730 millions de fr.
Banque de France 4 234
Banque de Russie 4 163
   Tot. des nations alliées 10 127
Banque d'Allemagne 2 683
Banq. d'Aut.-Hongr. 800
   Tot. du gr. ennemi 3 483
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« Le général Joffre, grand-croix de l'Ordre de Léopold », Le Figaro, mercredi 10 février 1915.

Au cours d'une récente entrevue, S. M. le roi Albert Ier a remis au général Joffre les insignes de grand-croix de l'ordre de Léopold.
En exprimant au roi des Belges sa vive reconnaissance de l'attribution de cette haute distinction, le général Joffre a remercié Sa Majesté du nouveau témoignage qu'Elle a ainsi voulu donner à l'armée française dans la personne de son chef et qui resserrera encore les liens unissant déjà les deux armées alliées.

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« Un trésor dans une tranchée », Le Figaro, 10 février 1915.

Il y a quelque temps, un territorial versé au 52e régiment d'infanterie, M. Charles Catalan, entrepreneur à Donzière (Drôme), en creusant une tranchée sur le front trouvait un bocal renfermant 100,000 francs en valeurs mobilières…
M. Charles Catalan s'empressa de porter sa trouvaille à son colonel, et il vient d'être cité à l'ordre du jour de l'armée dans les termes suivants :
« A découvert, en creusant une tranchée, une somme importante en valeurs mobilières et s'est empressé de la remettre à ses chefs. »

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« Les invalides de la guerre », L'Action française, mardi 9 février 1915.

À l'Écho de Paris, Maurice Barrès revient sur la douloureuse question des Invalides de la guerre :
J'ai indiqué ici même toute la suite de nos devoirs, je n'ai pas cessé d'y penser avec mes amis. Occupons-nous aujourd'hui, des invalides de la guerre, des mutilés et des amputés.
Quelle est, à cette minute, leur situation ?
Sortis de l'hôpital, après leur guérison chirurgicale, les voilà, pour le plus grand nombre, sur des béquilles, cantonnés dans des dépôts de convalescents. Ils y attendent que l'État leur fournisse un appareil et une pension.
Cette pension, ils ne l'auront pas avant la fin de la guerre.
L'appareil, ils vont l'attendre indéfiniment et impatiemment sur la paille des dépôts, et quand ils l'auront, ce sera un appareil rudimentaire, le plus souvent mal adapté.
Pourquoi ces insuffisances ? C'est un examen que je n'entame pas. Le fait suffit. Appareil très médiocre et pension très minime, cela nous trace notre devoir. Il faut que les patriotes interviennent et se préoccupent de collaborer avec les services sanitaires pour aider l'État et pour que soit payée la dette de la France.
Comme sanction à ces paroles, Maurice Barrès annonce la création de l'« Œuvre des Mutilés de la Guerre » dont le siège est 63, avenue des Champs-Élysées.

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« La guerre au Cameroun », Le Matin, lundi 8 février 1915.

Cherbourg, 6 février. — Du correspondant particulier du « Matin ». — On nous communique la lettre suivante d'un de nos officiers actuellement au Cameroun :

Kribi, 19 décembre 1914.

Nous avons journellement de petits engagements de patrouilles ou de reconnaissances.
Le commandement essaie d'employer les indigènes du pays comme partisans, en les armant de fusils pris aux Allemands. Nous en avons qui ont déjà rendu de bons services. Ils connaissaent tous les sentiers de la forêt et marchent avec ardeur.
Depuis le 26 novembre, il ne s'est pas passé un jour sans coups de feu, et la nuit est souvent troublée par des patrouilles qui viennent sur la lisière de la forêt nous envoyer leurs projectiles. Tous ne s'en retournent pas sur leurs jambes…
Nous ne faisons pas ici la grande guerre, mais, certainement, le petit nombre d'Européens qui combattent au Cameroun depuis le 27 septembre, ont éprouvé des misères d'un autre genre, mais aussi fortes que celles endurées par leurs camarades qui se battent en France.
Il n'est pas rare de voir un sergent, avec 40° de fièvre, commander ses tirailleurs dans la tranchée. Un sergent fait prisonnier au cours d'une reconnaissance, qui était tombé évanoui de fatigue dans un trou sans que ses tirailleurs l'aient vu, a réussi à de débarasser de deux tirailleurs allemands armés préposés à sa garde. Il est rentré deux jours après, sain et sauf, alors que tout le monde le croyait mort. Les vingt tirailleurs qui se trouvaient avec lui ont chargé trois fois à la baïonnette : la première fois, ils ont tué neuf tirailleurs allemands, la seconde fois quatre, et la troisième il faisait si noir qu'il leur a été impossible de se rendre compte du travail fait. Ils ont cherché ensuite leur sergent pendant deux heures et finalement sont rentrés avec leurs six blessés.
Nous ne pouvons pas, comme dans la grande guerre, faire des centaines de prisonniers d'un coup, mais nous comptons également de beaux actes d'héroïsme.
Les Allemands emploient ici tous les moyens : déguisement des tirailleurs, massacre des habitants, fusils et balles pour chasser l'éléphant, etc. ; malgré tous ces trucs, nous parvenons à les déloger de leurs positions.

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« Reculade allemande », Le Matin, 8 février 1915.

Washington, 6 février.

L'ambassade d'Allemagne a fait connaître au gouvernement, au sujet du décret créant une zone d'opérations militaires autour des îles britanniques, que l'Allemagne n'a pas l'intention d'inquiéter ni de saisir les bâtiments américains transportant des vivres pour la population civile des pays ennemis. (Hav.)

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« Les permis de séjour des Austro-Allemands », Le Petit journal, dimanche 7 février 1915.

Par voie de question écrite au Journal officiel, M. Henri Galli, député de Paris, a demandé au ministre de l'intérieur de vouloir bien lui faire savoir combien d'Allemands et d'Autrichiens ayant leur résidence en France ont été envoyés après la déclaration de guerre dans les camps de concentration, et combien parmi ces relégués ont obtenu, depuis lors, un permis de séjour.
À une demande analigue qui lui a été adressée par M. Pugliesi-Conti, député de la Seine, le ministre de l'intérieur a répondu qu'il avait prescrit que les permis de séjour ne soient accordés qu'aux Alsaciens-Lorrains, aux Polonais, Tchèques, Croates, Serbes, Trentins, Bosniaques ou Roumains et à quelques Austro-Allemands dont l'état de santé ne permettait pas le transfert dans les camps de concentration.
Ces instructions n'ayant pas été suivies dans certains cas d'ailleurs fort peu nombreux, le ministre a donné des ordres pour que, en dehors des cas prévus par lui, toute mesure de faveur soit immédiatement rapportée. Le ministre ajoute qu'en vertu des conventions intervenues entre le gouvernement français et les gouvernements austro-allemands, 9 000 Austro-Allemands ont été récemment dirigés sur la Suisse. Il y a actuellement environ 17 500 Austro-Allemands répartis entre 56 camps de concentration.

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« L'Allemagne prévient officiellement les Neutres qu'elle violera sur mer le Droit des Gens », Le Petit journal, samedi 6 février 1915.

Amsterdam, 4 février.

Le Reichs Anzeiger, justifiant les mesures navales extraordinaires que le gouvernement allemand se déclare disposé à adopter, publie une longue déclaration dans laquelle l'Angleterre est accusée « d'avoir violé tous les principes du droit des gens » et qui ajoute :
« Les eaux de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, la Manche comprise, sont déclarées zone militaire. À partir du 18 février, tout navire de commerce ennemi rencontré dans ces eaux sera détruit, même s'il n'est pas possible d'écarter tout danger pour les équipages ou les passagers.
Les navires neutres s'exposeront également au danger en pénétrant dans cette zone militaire « en raison de l'abus des drapeaux neutres ordonné par le gouvernement anglais le 31 janvier », et des accidents de la guerre maritime, car il n'est pas toujours possible d'éviter que les attaques atteignent les navires neutres.
Le trafic vers le nord, autour des îles Shetland, dans la partie Est de la mer du Nord et sur une longueur de trente milles marins, le long de la côte des Pays-Bas ne sera pas dangereux. 
»
Le document est signé : « Von Pohl, chef de létat-major général de la marine allemande. »
La Gazette de Cologne ajoute ce commentaire :
« L'avertissement que notre Amirauté donne aux neutres montre que nous allons faire une guerre de sous-marins.
Il paraît que nous allons maintenant torpiller les navires sans avis préalable.
Nous accueillons avec satisfaction l'annonce que nos sous-marins vont faire à toute la marine de nos ennemis la guerre la plus impitoyable. »

Ce qu'en dit l'Angleterre

Londres, 5 février.

L'intention évidente du gouvernement allemand de couler les navires marchands au moyen de sous-marins, sans les amener dans les ports, ni pourvoir à l'évacuation des équipages, ni s'inquiéter du sort des non-combattants, ainsi que la tentative déjà faite de d'user de cette procédure, même à l'égard d'un navire-hôpital, soulèvent très sérieusement la question de savoir s'il n'y a pas lieu, pour la Grande-Bretagne, d'adopter des mesures de représailles contre le commerce allemand.
On reconnaît qu'au cas où cette ligne de conduite serait adoptée, il faudrait veiller à ne pas infliger de pertes aux navires neutres partis avant qu'un avertissement ait été donné ou qu'une décision ait été prise.

Aux États-Unis

Washington, 5 février.

Le comte Bernsdorff a notifié au gouvernement que les navires américains feront bien de s'écarter du littoral Nord-Ouest de la France.

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« Bulletin financier », L'Action française, vendredi 5 février 1915.

Ce sont encore nos rentes qui ont surtout attiré l'attention aujourd'hui. Le 3% perdant à nouveau du terrain, tandis que le 3 1/2 reprend son mouvement en avant, des arbitrages continuant à s'effectuer entre ces deux valeurs. On a noté, d'autre part, des demandes sur le Rio, en gain de quelques points. Enfin, signalons l'indécision du groupe bancaire et en particulier de la Banque de France, qui publiait aujourd'hui, pour la première fois depuis le début des hostilités, un bilan hebdomadaire.

Banques. — Banque de France, 4,770 ; Banque de l'Algérie, 2,499 ; Comptoir d'Escompte, 760 ; Crédit Foncier, 700 ; Banque de Paris, 966 ; Crédit Lyonnais, 1.à65 ; Banque Française, 193 ; Crédit Industriel, 619 ; Crédit Franco-Egyptien, 115 ; Azoff Don, 1.050 ; Banque Nationale du Mexique, 325 ; Banque Française du Rio de la Plata, 205 ; Banque Russo-Asiatique, 486 ; Banque de Commerce de Saint-Pétersbourg, 320.

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« Examens-concours », Le Matin, jeudi 4 février 1915.

M. Albert Sarraut, ministre de l'instruction publique, vient de décider qu'il ne serait pas ouvert cette année de concours pour l'admission à l'École normale supérieure. Lorsque ce concours pourra être ouvert, des mesures seront prises pour que les candidats qui auront été à la guerre reçoivent de larges facilités qui les placent pour l'admission à égalité avec leurs concurrents, dont la préparation aura pu se poursuivre normalement.
D'autre part, le concours d'admission aux écoles nationales d'arts et métiers est supprimée en 1915.
En raison de cette suppression, la limité d'âge de dix-huit ans qui est exigée des candidats à ce concours est prorogée exceptionnellement d'une année pour 1916.

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« Pour aller sur le front », Le Matin, 4 février 1915.

Depuis quelque temps, de nombreux gamins de douze à quatorze ans, s'enfuient du domicile paternel ou des maisons où ils sont employés, pour se rendre au front. La plupart d'entre eux voient leur voyage interrompu par les services spéciaux des gares ou la maréchaussée, et sont ramenés au bercail ; quelques-uns, pourtant, n'ont encore pu être retrouvés. Peut-être apprendra-t-on un jour que, bravant difficultés et périls, ceux-là ont réalisé leur rêve de précoce patriote : combattre aux côtés de leurs aînés, pour la France !…
Tout récemment, c'était un jeune élève d'un lycée parisien, qui partait de chez ses parents, en leur laissant une lettre, dans laquelle il disait :
— Je vais tuer des Boches ! Depuis longtemps cette idée me tracasse, je ne puis plus y résister. Ne vous faites pas de bile pour moi, j'ai tout ce qu'il faut pour coucher à la belle étoile !
Un autre, René Brou, douze ans, enfant de chœur dans une grande église de la capitale, priait son curé de lui avancer dix francs sur ses appointements du mois.
— C'est pour acheter des souliers, affirmait-il. »
En réalité, il voulait lui aussi, aller sur le front ! On le rejoignit comme il attendait, à la gare de l'Est, le départ d'un train pour Reims.
Félix Palet, treize ans, demeurant rue Vandrezanne, et Roger Belen, rue de Villejuif, n'ayant pas, eux, l'argent nécessaire au voyage, avaient imaginé la façon suivante de tourner la difficulté. Profitant, faubourg Saint-Martin, de l'arrêt d'un camion automobile militaire, à destination de Verdun, ils grimpèrent dans le véhicule et s'y cachèrent. On ne les « pinça » qu'à Tourmans.

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« La récolte de 1915 », Le Matin, 4 février 1915.

La commission de l'agriculture a entendu, hier, le ministre, M. Fernand David, sur les mesures prises par le gouvernement pour parer à la hausse du blé et assurer la préparation de la récolte de 1915. Le ministre de l'agriculture a indiqué que l'alimentation du pays était assurée et que le cours du blé devait redevenir normal. Il a ajouté qu'à la suite des démarches faites par le groupe viticole le gouvernement avait décidé de porter la ration de vin des troupes de la zone des armées à un demi-litre par homme et par jour.

NOTA-BENE : le même jour, la fabrication et la vente d'absinthe sont interdits.

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« Autour de la politique. Conseil des ministres », Le Figaro, mercredi 3 février 1915.

Le Conseil des ministres s'est réuni hier matin à l'Élysée, sous la présidence de M. Poincaré.
M. Malvy, ministre de l'intérieur, a fait signer le décret délibéré en Conseil d'État et règlant la procédure de constatation et d'évaluation des dommages dans les départements envahis.
Ce décret organise deux séries de commissions, les unes cantonales, les autres départementales, ayant pour mission d'évaluer les dommages.
Un point reste en suspens : celui de savoir s'il y aura en dernier ressort une commission supérieure chargée d'établir une commune mesure pour les évaluations.

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« Académie de médecine. À propos de pieds gelés : une importante découverte du docteur Témoin », Le Figaro, 3 février 1915.

Depuis le mois de novembre, le nombre des soldats envoyés du front aux hôpitaux parce qu'ils ont les pieds gelés, – qu'il gèle ou non, – est si considérable que le docteur Témoin, de Bourges, s'est demandé si ces soldats souffraient bien en réalité de gelures.
Il les a examinés attentivement et il a fait une découverte qu'il s'empresse de communiquer à l'académie : ces soldats n'ont jamais eu les pieds gelés !…
De quoi souffrent-ils donc ? Le docteur Témoin est arrivé à la conclusion qu'ils sont atteints de gangrène par arrêt de la circulation du sang, dû à la compression.
Le froid peut jouer un rôle, il est vrai, en favorisant l'accident ; mais il n'est que facteur secondaire. Les agents responsables sont les bandes jambières, les chaussures et l'eau.
Sous l'influence de l'eau, les bandes compriment le bas de la jambe, ralentissent la circulation en retour, le pied gonfle et, en même temps, la chaussure rétrécit.
Gelure ou arrêt de la circulation aboutissent au même résultat. Mais la distinction est de la plus grande importance, car si on ne peut empêcher la gelure, il est au contraire facile de supprimer la contriction de la jambe et du pied.
Et le docteur Témoin indique ces deux moyens d'enrayer un mal qui devient un danger et qui diminue le nombre de nos combattants : supprimer les agents de contriction et forcer les hommes à se déchausser assez souvent ; par surcroît, diminuer, si possible, le séjour dans les tranchées de première ligne.
Sur proposition des docteurs Pozzi, Quénu, Monod et Schwartz, l'Académie, à l'unanimité, décide de transmettre au ministre de la guerre l'intéressante communication du docteur Témoin.
On passe ensuite à la discussion de la récente communication du docteur Delorme sur les blessures de guerre.

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« Les plaques d'identité », Le Temps, mardi 2 février 1915.

Lorsqu'un soldat disparaît, blessé ou mort, tombé entre les mains de l'ennemi, l'autorité militaire peut constater l'absence, mais elle se trouve trop souvent très embarassée pour en indiquer la cause et elle est condamnée à répondre : « Présumé blessé, prisonnier, disparu », présomption qui laisse les parents et amis dans de pénibles incertitudes.
Cette incapacité à fournir un renseignement précis paraît tenir à l'insuffisance de la plaque d'identité que théoriquement chaque soldat doit porter autour du cou. Cette plaque consiste en une rondelle de métal percée d'un trou dans lequel est engagé un cordon.
Outre que le soldat répugne en fait à porter au cou cette sorte de médaille, cette dernière ne contient qu'une indication qui est un numéro matricule, dont l'attribution et l'identification sont très difficiles et nécessitent de longues recherches.
Un de nos correspondants, officier supérieur, suggère la substitution à la plaque d'identité du tube d'identité, qui serait constitué d'un étui métallique contenant un papier sur lequel seraient inscrits les nom, prénoms, numéro du régiment, adresse de la famille, auxquels le soldat aurait pu joindre ses ultimes recommandations.
L'ennemi en possession de l'étui serait immédiatement fixé sur l'identité du blessé ou du mort et serait en mesure de renseigner ou la famille ou l'autorité militaire du pays ennemi, à charge de réciprocité.
Il y a là une suggestion intéressante, dont la mise en œuvre permettrait de mettre un terme à bien des inquiétudes.

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« Pour les semailles de printemps, des permissions aux territoriaux », L'Humanité, lundi 1er février 1915.

M. Fernand David, ministre de l'agriculture, a demandé au ministre de la guerre d'accorder aux territoriaux des dépôts des divers corps d'armée des permissions pour les semailles, la taille de la vigne et les travaux de printemps.
Cette demande vient d'obtenir satisfaction. M. Millerand a décidé que des permissions d'une durée maximum de quinze jours pourront être accordées aux hommes des dépôts territoriaux, à l'exception des dépôts stationnés dans les places de Dunkerque, Verdun, Toul, Épinal et Belfort. (…)
Seuls les hommes exerçant les professions suivantes pourront bénéficier de ces permissions :
Les propriétaires exploitants, les fermiers, les métayers, les maîtres valets, les domestiques agricoles, les ouvriers agricoles, les cultivateurs-viticulteurs.
Dans chaque dépôt territorial, les hommes ci-dessus désignés seront envoyés en deux séries de quinze jours chacune, aux dates fixées par leur subdivision d'origine.
Les hommes des dépôts territoriaux pourront obtenir des permissions, soit pour être embauchés sur place, soit pour retourner dans leurs foyers, mais sans pouvoir dépasser la limite fixée plus haut.

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« Une rue Jean-Jaurès, à Brest », L'Humanité, 1er février 1915.

Nous lisons dans le Cri du peuple, l'organe socialiste qui paraît à Brest, la note suivante :
Par décret en date du 4 janvier, la délibération municipale débaptisant la rue de Paris et la nommant rue Jean-Jaurès a été approuvée.
Notre plus belle artère portera donc désormais le nom de notre regretté ami.

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