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1915 vu par les journaux français - Pierre Aulas
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1915 vu par les journaux français

RENOULT (Daniel), « La dernière de la censure », L'Humanité, dimanche 31 janvier 1915.

Copie de l'article, extrait de l'Humanité du 31 janvier 1915

Ces messieurs de la Censure se sont acharnés depuis quelques temps sur nos « Faits qui parlent ». Chaque jour ils en sabrent quelques-uns. – On sabre ce qu'on peut, et, quand on est militaire, il faut bien sabrer quelque chose ! – Il y a deux jours, ils ont, d'un terrible coup de taille, fauché toute la rubrique. Hier, par de savants coups d'estoc, ils ont fait sauter les noms de localités dans lesquelles – dans l'intérêt de la défense nationale – nous signalions certains abus.
Mais, dira-t-on, ces messieurs doivent avoir leurs raisons et toutes choses ne sont pas bonnes à dire, par le temps qui court.
Eh bien, écoutez
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Daniel RENOULT.

NOTA-BENE : régulièrement, des blancs, dûs à la censure, apparaissent dans les journaux. Ici c'est un article dénonçant la censure qui est… censuré !

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« L'hygiène aux armées », Le Petit journal, samedi 30 janvier 1915.

Il est avéré qu'en temps de guerre, le nombre des malades dépasse, de beaucoup, celui des blessés. C'est ainsi qu'en 1870-1871, l'armée allemande (statistique officielle) compta quatre fois plus de maladies internes que de cas chirurgicaux. Ce sont surtout les maladies infectieuses qui suivent les armées, victorieuses ou vaincues et leur influence néfaste s'accroît au fur et à mesure que la guerre se prolonge, en vertu des fatigues et des privations qui s'additionnent de jour en jour.
Le surmenage continuel, imposé par les exigences sans précédent d'une lutte homérique, l'épuisement nerveux, la dépression nostalgique, l'encombrement et l'agglomération, dans des conditions habituelles de froid humide excessif, mettent l'économie humaine et état de moindre résistance contre la maladie.
Une alimentation toujours trop uniforme, souvent irrégulière, donne aussi naissance à des troubles digestifs qui font le lit aux maladies infectieuses. Combien, hélas ! de typhoïdes graves commencent sournoisement par le banal embarras gastrique !
Il faut ajouter que bien souvent aussi, l'alimentation liquide est défectueuse. Comme le dit le major Dopter, professeur au Val-de-Grâce : « Malgré la surveillance active du service de santé, l'ingestion d'eaux contaminées apporte les germes nocifs aux organismes affaiblis. » L'eau contaminée communique la fièvre typhoïde et la dysenterie, cela n'est plus à démontrer ; il semble également probable que cette origine existe aussi pour la grippe et pour la pneumonie.
À cet égard, il est une méthode hygiènique qui fait, journellement, ses preuves dans nos armées : il s'agit de l'assainissement des eaux potables par les Lithinés du Docteur Gustin. Un paquet de Lithiné Gustin, dissous dans un litre d'eau potable ou bouillie quand elle est douteuse, fournit une boisson agréable, gazeuse, digestive au premier chef, assurant la parfaite régularité de l'estomac, du foie, de la vessie et de l'intestin. L'eau lithinée par le procédé Gustin est le type de l'eau salubre : avec elle, plus d'embarras gastriques ni d'entérites causées par les fermentations microbiennes. De plus (ce qui n'est pas à dédaigner), les douleurs rhumatismales et les courbatures fébriles causées par le froid humide se trouvent réduites au minimum par cette méthode essentiellement dépurative et éliminatrice, qui actionne les reins et expulse du sang les déchets cellulaires dangereux.
Un vieux médecin des hôpitaux…

N. B. Les lithinés du docteur Gustin se vendent dans toutes les pharmacies, en boîtes métalliques très solides pouvant supporter le transport par colis postal. Cette boîte est d'un volume assez réduit pour que le soldat puisse l'emporter dans sa poche.
Chaque boîte vendue 1 franc contient de quoi composer 12 litres d'eau minérale, ce qui met le prix du litre à moins de 10 centimes.

NOTA-BENE : les articles consacrés aux « potions miracles » destinées aux soldats sont fréquents. Ils ne sont pas présentés dans la partie que les journaux consacrent à la publicité, malgré leur parti-pris évident.

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« La lutte contre la disette en Allemagne », Le Temps, vendredi 29 janvier 1915.

Les journaux allemands commentent le décret du Conseil fédéral, en vertu duquel toutes les provisions en grains, céréales et farines seront réquisitionnées dans l'empire à partir du 1er février.
Dans le Vossische Zeitung, M. Georg Bernhard écrit :
Comme la raison de beaucoup de gens était insuffisante, il ne restait pas d'autre moyen que la coercition. Il est bon que ces mesures aient été prises dès maintenant, car nos approvisionnements sont encore suffisants pour que l'action du gouvernement nous donne l'assurance que nous pourrons nous tirer d'affaire jusqu'à la prochaine récolte. Non seulement les communes, mais les associations commerciales, industrielles, agricoles et ouvrières, feront certainement leur possible pour remplir les devoirs que leur impose le bien public. Par la brillante organisation de nos corps de métier, le plan de nos ennemis sera déjoué.

La riposte anglaise

La presse de Londres engage le gouvernement à prendre des mesures inspirées par la résolution du Conseil fédéral allemand, qui change du tout au tout les conditions de la liberté du commerce des céréales en temps de guerre. Du moment que les grains et farines sont monopolisées par l'empire, il n'y a plus lieu de traiter les grains autrement que les munitions de guerre.
Le Globe dit que la décision du Conseil fédéral allemand de saisir tous les stocks de grains et de farine et de s'en faire dorénavant le dispensateur ne permet plus maintenant de traiter le grain comme contrebande conditionnelle. « Nous permettions l'exportation des grains à la condition qu'ils fussent destinés à la population civile, mais puisque le gouvernement s'en saisit, les navires qui les transporteront dans des ports ennemis ou neutres le feront à leurs risques et périls. »
La mesure a certainement causé l'alarme qui règne actuellement en Hollande.
La Pall Mall Gazette dit également que la mesure paternelle prise par le gouvernement allemand, en ce qui concerne les grains, permettra de considérer les denrées alimentaires absolument comme contrebande de guerre, sans discussion possible.
Puisque tous les approvisionnements à destination de l'Allemagne devront passer entre les mains du gouvernement, ils deviennent par le fait partie intégrante des ressources militaires, et comme tels justifient amplement le droit à leur capture.

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« On arrête un payeur aux armées », Le Matin, jeudi 28 janvier 1915.

L'autorité militaire vient de faire procéder à une arrestation qui a causé une grosse émotion. Il s'agit de M. France Desclaux, percepteur du premier arrondissement, officier de la Légion d'honneur, ancien chef de cabinet au ministère des finances, actuellement payeur principal de deuxième classe aux armées.
Il y a quelques temps, l'autorité militaire fut informée qu'à chaque instant, de volumineux ballots contenants des denrées ou autres objets destinés au service de l'intendance étaient expédiés à Paris par le payeur principal Desclaux. Une enquête fut ouverte, une filature fut organisée.
On apprit bientôt que ces paquets étaient portés par des soldats au domicile d'une personne en relations suivies avec M. Desclaux.
Mardi dernier, 19 janvier, deux inspecteurs de la police des armées, exercèrent une surveillance aux alentours de ce domicile. Un soldat ne tarda pas à arriver, porteur d'un ballot.
Les inspecteurs l'appréhendèrent.
— Où allez-vous ?
— Chez Mme X.
— Et d'où venez-vous ?
— Je suis envoyé par le commandant Desclaux. Depuis le début des hostilités, je viens ainsi deux ou trois fois par semaine apporter des colis.
Ces déclarations, transmises à l'autorité judiciaire militaire, l'arrestation du payeur Desclaux fut décidée. L'officier a été écroué à la Santé.
Nous avons appris dans la soirée que des perquisitions avaient été ordonnées par l'autoité militaire et que plusieurs personnes avaient été interrogées.
Une perquisition a été opérée notamment vendredi dernier, 7, rue Brunel, au domicile de M. Desclaux.
La correspondance de l'officier a été saisie.
M. Desclaux est en prévention au premier conseil de guerre du gouvernement militaire de Paris.
Né le 17 janvier 1864, M. Desclaux a fait toute sa carrière dans l'administration en Algérie et en France.
Il était percepteur du 1er arrondissement de Paris depuis le 28 avril 1907.

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« La traite des blanches », L'Humanité, mercredi 27 janvier 1915.

Un scandale à Charolles

Charolles, 26 janvier. – De graves affaires de mœurs étaient signalées depuis quelques temps au parquet de Charolles : plusieurs établissements situés dans la région pratiquaient la traite des blanches et livraient des jeunes filles à la débauche.
Le parquet de Charolles vient de se transporter dans deux de ces établissements qui avaient l'apparence de cafés honorables.
À La Clayette, Théry Joseph, 29 ans, et sa maîtresse la fille Villedieu, 42 ans, ont été arrêtés et écroués ; à Paray-le-Monial, Gardette Claudine, veuve Brunot, 53 ans, tenancière d'un café, a également été arrêtée et écrouée, mardi matin, à la prison de Charolles.

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« L'expédition turque contre l'Égypte », Le Temps, mardi 26 janvier 1915.

La région de Suez, extrait du Temps du 29 janvier 1915

Le correspondant du Daily Mail au Caire télégraphie qu'un officier allemand stationné à Eirul a déclaré, au cours d'une conversation avec un neutre, que le corps expéditionnaire turc franchira probablement la frontière vers la fin de la première semaine de février. Il a ajouté que l'intention primitive du haut commandement était de commencer les opérations le jour de l'anniversaire du kaiser.
Le premier contingent a quitté Damas le 17 décembre pour Beesheba, Gaza et les localités environnantes. Un second détachement a suivi le 31 décembre, une troisième colonne est en formation. Elle partira prochainement.
Djemal pacha est en ce moment à Jérusalem prêt à prendre le commandement des troupes.
Le général von Kressenstein s'adressant aux troupes au cours d'une revue leur a déclaré : « C'est là votre dernière chance d'existence et votre dernière chance de sauver l'islam. Une expédition va prochainement se mettre en route pour franchir la frontière égyptienne. Une fois près du canal de Suez, qui est défendu par les lâches troupes britanniques, il ne vous faudra que quelques heures pour le traverser ; ne laissez aucune possibilité de retraite projeter son ombre sur votre attaque et souvenez-vous que vous aurez derrière vous le désert où, en cas de retraite, votre mort sera inévitable, sinon du fait du désert, du moins du fait de l'armée de réserve qui vous suit. »

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GOMOT (H.), « Pour la terre : le moment des semailles », Le Petit journal, lundi 25 janvier 1915.

L'heure est venue pour les agriculteurs de s'occuper des blés de printemps. Ceux-ci prennent, cette année, une importance toute particulière.
En temps ordinaire, les blés de printemps ou de mars sont destinés à remplacer les blés d'automne mal venus et à occuper les terres qui n'avaient pu être préparées à temps pour les semailles d'hiver.
Cette fois, il ne s'agit pas seulement de remplacer les blés manqués, mais d'ensemencer des centaines et des centaines d'hectares qui, faute de bras, n'avaient pu être mis à temps en culture.
Les blés de printemps en l'année 1915 doivent être d'un très gros appoint pour l'alimentation de notre pays.
Les blés d'automne ont été semés en bien moins grande quantité qu'à l'ordinaire, et si on s'en contentait, il y aurait sûrement à l'heure de la récolte de désagréables surprises et un déficit considérable. D'ailleurs, depuis les semailles d'automne, les terres occupées par les ennemis sont redevenues libres, et de toute nécessité il faut les mettre en rapport.
Nous ne saurions trop recommander aux agriculteurs de semer en abondance des blés de printemps. Sans doute les espèces doivent varier suivant la nature des terrains, mais les agronomes appellent spécialement l'attention sur le Chiddam de Mars, le Japhet, le rouge de Bordeaux, le bleu de Noë et l'hybride inversable. Il y a cent autres variétés qui pourraient convenir mais nous signalons celles-ci conformément à l'avis des professeurs départementaux, gens essentiellement pratiques.
L'époque des semailles varie suivant les localités et les circonstances climatérique, elles peuvent s'échelonner de février à la fin du mois de mars.
Il faut espérer que la récolte de 1915 donnera d'aussi heureux résultats que celle de l'année qui vient de finir. Nous sommes dans un pays où l'on ne recule pas devant le travail ; malgré la difficulté des temps, il faut que le labeur des champs s'accomplisse sans défaillance et qu'il ne reste pas en jachère une seule parcelle de terrain. Le pain, la viande et le vin sont des éléments efficaces pour assurer le succès de nos armes.

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« Pour protéger le soldat contre le froid », Le Petit journal, dimanche 24 janvier 1915.

Températures moyennes à Paris en janvier et février, de années 1900 à 1913, extrait du Petit journal du 29 janvier 1915

Le docteur Charcot, par ses explorations antarctiques, est plus que quiconque autorisé pour donner des conseils à nos soldats en ce qui concerne le froid. Si nombre des indications qu'il a recueillies à ce sujet sont en partie connues du public, elles acquièrent une force particulière sous sa plume. Nous en noterons quelques-unes pour nos lecteurs :
Avant tout, partir de ce principe qu'il faut laisser toute liberté à la circulation du sang.
Donc, pour le corps en général : des vêtements assez ajustés pour se faire sentir sur le corps mais assez larges pour ne comprimer aucun organe ; et plutôt plusieurs vêtements légers superposés qu'un seul très épais ; ne pas serrer à l'excès les poignets, les jambes ou la ceinture. Les sous-vêtements seront toujours lâches.
Pour la figure : une façon vraiment efficace de la garantir est de tailler dans un simple morceau de carton ou encore mieux dans un cuir rigide une plaque dont on se servira, comme d'un paravent, soit sous le passe-montagne ou les oreillères, soit entre la coiffure et la tête, du côté d'où vient le vent.
Pour les mains : pas de gants, mais des mouffles, surtout en laine ; les gants superposés ne rendent pas les services qu'on en attend.
Pour les pieds : des chaussures très larges, avec au besoin, deux paires de chaussettes, la plus légère sur le pied, mais mieux vaut une seule paire si cette superposition des deux doit entraîner une entrave, par conséquent une gêne à la circulation du sang et au mouvement des orteils ; graisser fréquemment et fortement la chaussure à l'extérieur ; en cas de longue immobilité, les chaussures seront enveloppées dans des pièces de drap ou dans une bande molletière pour éviter que le cuir gelé devienne dur et cassant ; aussi souvent que possible, enfin, les pieds seront lavés à l'eau froide et frictionnés.

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« Dans le camp retranché de Paris », L'Action française, samedi 23 janvier 1915.

Le bois de Boulogne

À partir de demain dimanche, le bois de Boulogne sera considéré comme faisant parti intégrante de Paris au point de vue de la circulation des voitures. Les postes d'examen aux portes de la Muette, Dauphine et de Passy seront supprimés. Les porte d'Auteuil, de Boulogne, de Saint-Cloud, de Suresnes et de Madrid seront ouvertes à la circulation des voitures, à l'exception des voitures de poids lourds et de charges, de 6 heures du matin à 9 heures du soir.

L'approvisionnement de Paris

Le marché d'hier à la Villette était bien approvisionné en gros bétail : il avait été amené 1 652 bœufs, 715 vaches, 281 taureaux, 788 veaux, 6 821 moutons et 4364 porcs. Vente peu active et légère baisse sur les moutons.
On cotait au kilogramme de viande nette : bœufs et vaches, 1 7 à 2 fr. ; taureaux, 1 66 à 1 82 ; veaux, 2 30 à 2 80 ; moutons, 2 10 à 2 45 ; porcs, 1 58 à 1 76.

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« Le raid des zeppelins sur les côtes anglaises », Le Gaulois, vendredi 22 janvier 1915.

Une maison de Yarmouth broyée par une bombe de zeppelin, extrait du Petit journal du 23 janvier 1915

Quelques détails nouveaux. – Un rapport sur l'affaire de Kings' Lynn

On n'a que peu de détails nouveaux au sujet du raid accompli par les zeppelins, mardi soir, sur les côtes anglaises. À Yarmouth, on a trouvé deux bombes qui n'avaient pas fait explosion ; elles sont de forme conique et pèsent environ deux kilogrammes et demi.
Les journaux publient le rapport suivant du chef de police de Kings' Lynn, une des villes visitées par les dirigeables allemands :
Kings' Lynn a été visité, cette nuit, par un dirigeable ennemi qui venait de la direction de Yarmouth, Hunstanton et Sheringham, lançant cinq à sept bombes sur la ville peu après onze heures.
Deux maisons ont été complètement démolies dont une dans la rue de Bentinck, où un jeune garçon fut tué et le père, la mère et un bébé ont été grièvement blessés. L'autre maison, dans la rue Cresswold a été incendiée ; les pompiers l'étreignirent vite. Dans la rue Albert, les fenêtres, les lampes ont été brisées.
Je tiens spécialement à signaler la bonne tenue générale de la population. Il n'y a eu ni panique ni aucun fait qui puissent troubler l'ordre de la rue. De grands services ont été rendus par la police et la garde nationale.

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« Ils ont abattu la Vierge d'Albert ! », La Croix, jeudi 21 janvier 1915.

Monsieur l'abbé,
C'est fait : la Vierge d'or d'Albert est tombée, la belle Madone au beau geste d'offrande, qui tendait si haut dans le ciel son petit Jésus au bout de ses bras. ils l'ont abattue de matin.
J'ai la gorge serrée de chagrin. Depuis que nous sommes là, ce rayon doré qui brillait sur la tour rouge et blanche consolait nos cœurs et le triste horizon. L'église, quoi qu'on en ait dit, était fort endommagée. Mais la tour restait presque intacte, avec sa Vierge. Or, depuis deux jours, les Allemands s'acharnaient sur la pauvre basilique ajourant largement le clocher à coups d'obus, faisant sauter l'abside. Vendredi, à 3 heures de l'après-midi, la coupole volait en éclats et la Vierge s'inclinait à droite sur son socle. Hier, la tempête arrêta le tir de ces sadiques. Ce matin, ils se remettaient à l'ouvrage. Bientôt, un camarade criait : « La Vierge est tombée, la Vierge est tombée ! » J'ai couru au bout du champ. C'était vrai, Notre-Dame de Brebières n'était plus là. Oh ! les lâches !
Je me suis adossé au mur d'un maison détruite et je suis demeuré là, à regarder, transi de froid, mais sans pouvoir m'arracher à ce spectacle d'une mélancolie infinie. Plus de Vierge là-haut, à dominer nos misères ; la Vierge, notre Vierge, seule chose douce à voir dans ce pays que la guerre rend sauvage. Oui, j'ai du chagrin, je vous le jure. Comme folles de colère, nos batteries lançaient leurs rafales précipitées. En même temps, les obus allemands tombaient toujours sur le sanctuaire à intervalles réguliers.
Le clocher ou sa carcasse tient encore, mais ils finiront peut-être par l'avoir demain s'ils vont jusqu'au bout de leur rage satanique. (…)

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« Fournisseurs de l'armée », L'Humanité, mercredi 20 janvier 1915.

Le groupe socialiste au Parlement demande que leurs noms soient publiés.

La guerre, plus encore que la paix armée, est le paradis des fournisseurs. Celle où nous sommes engagés aura vu, comme les précédentes, des enrichissements aussi rapides qu'illégitimes. Mais à la différence de ce qui s'est passé autrefois, ces enrichissements scandaleux ne resteront pas ignorés. Ils seront publics et pourront être discutés et contestés par les organes de l'opinion.
C'est à cette tâche éminemment salutaire que va s'employer l'effort du Parti socialiste. Saisi, dans sa séance d'hier, d'un certain nombre de faits constituant tout au moins des abus, le groupe socialiste au Parlement a décidé de demander au ministère de la guerre la publication au Journal officiel de la liste complète des fournisseurs de l'armée, ainsi que des indications relatives à la nature et à l'importance des marchés qui leur ont été confiés.
Dès hier soir, au nom du groupe dont il est le secrétaire, notre camarade Hubert Rouger a adressé à M. Millerand la lettre suivante :

Monsieur le Ministre de la guerre,
Dans sa séance d'aujourd'hui, le groupe socialiste a été saisi d'un certain nombre de faits relatifs aux fournitures militaires.
Ils seront portés à la connaissance de la Commission de l'armée par les représentants du groupe qui en font partie.
Le groupe a décidé à l'unanimité de vous demander : la publication à l'
Officiel de la liste complète des fournisseurs de l'armée, noms, prénoms, qualité et profession habituelle, avec indication de leur domicile, l'adresse de leurs usines, ateliers, chantiers, ainsi que la nature et l'impertance des marchés qui leur ont été confiés.
Je vous saurais gré, Monsieur le Ministre, de me faire connaître la suite que vous donnerez à la demande du groupe.
Agréez, etc., etc.
Le secrétaire :
HUBERT ROUGET.

M. Millerand, ministre de la guerre, a maintenant la parole.

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« Le tremblement de terre en Italie », Le Figaro, mardi 19 janvier 1915.

Le roi Victor-Emmanuel III visite les villes en ruine, extrait du Petit journal du 25 janvier 1915

Un communiqué de l'Observatoire central de géodynamique annonce que l'activité sismique montre une tendance nette vers une phase décroissante.
On continue à recevoir de divers côtés des détails sur la catastrophe. À Citta Ducale, dans la région de Cingolano, le tremblement de terre a tué 150 personnes et blessé de nombreux habitants. À Borgocollefegato, on a découvert de nouveaux morts.
Le Roi a visité de nouveau les localités éprouvées par le tremblement de terre. La Reine a envoyé un train entier de vêtements, d'approvisionnements et de remèdes.
On peut établir aujourd'hui le bilan du cataclysme.
Le tremblement de terre de 1908, dans les Calabres et en Sicile, avait causé la mort de 80 000 personnes. Celui du 13 janvier aura fait plus de 50 000 victimes.
En 1908, deux villes et de nombreux villages avaient été détruits ; en 1915, onze villes, dont Avezzano avec 15 000 habitants ; Celano, 10 000 ; Pescina, 10 000 ; Sora, 12 000, etc., ont été anéanties.

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« Un vieillard pressé », Le Matin, lundi 18 janvier 1915.

Il existe, place du Châtelet, un système de barrière, qui oblige les voyageurs à attendre leur tour pour monter dans les tramways de banlieue.
Midinettes et employés de bureau se pressaient avant-hier soir dans cet étroit couloir pour regagner leur demeure quand un certain Maurice Velguec, âgé de soixante ans, voulut passer davant tout le monde. Il était sur le marchepied du tramway en arrêt. Mais ceux qui attendaient depuis une demi-heure semirent à protester.
Le receveur, à son tour, intervint et repoussa le sexagénaire trop pressé.
Ce dernier, qui avait dû faire quelques stations dans les cabarets, prit fort mal la chose.
Il chercha un instant dans son vocabulaire ordinaire quelque injure qui portât bien. Mais n'en trouvant sans doute pas de suffisamment outrageante il se mit à crier à plein poumons : « Vive l'Allemagne ! »
Maurice Velguec avait à peine achevé ces mots qu'une vingtaine de poings s'abatirrent sur son chapeau melon pendant qu'autant de pieds lui caressaient l'échine.
Ce fut dans un bien triste état que ce vieillard mal inspiré fut traîné au commissariat voisin par un gardien de la paix.
Pour le remettre, on l'envoya au Dépôt sous l'inculpation de cris séditieux.

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« La Roumanie se prépare à entrer en campagne », Le Matin, dimanche 17 janvier 1915.

Londres, 16 janvier. – Du correspondant particulier du « Matin ». – On télégraphie de Petrograd au Times :
« Des informations de source excellente parvenues ici confirment que la Roumanie se prépare sérieusement à entrer en campagne dans quelques semaines. »

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« Navires coulés et navires capturés », Le Temps, samedi 16 janvier 1915.

Le Journal officiel a publié une liste de navires de commerce ennemis ou ayant des cargaisons ennemis capturés par les flottes alliées ou retenus dans les ports des puissances alliées. Cette liste comprend 128 navires qui se répartissent ainsi suivant leur pavillon :
Allemands, 94 ; Norvégiens, 8 ; Autrichiens, 6 . Américains, 5 ; Anglais, 4 ; Turcs, 4 ; Italiens, 2 ; Suédois, 1 ; Espagnol, 1 ; Danois, 1 ; Grec, 1 ; Hollandais, 1.

L'indication du port de détention permet de se rendre compte de l'importance de certaines opérations sur lesquelles, parce qu'elles se sont passées loin de l'Europe, on a eu que des renseignements trop sommaires. Cette liste montre notamment les pertes éprouvées par la navigation commerciale allemande dans les opérations faites contre le Cameroun en septembre, au cours desquelles la canonnière française Surprise s'empara de Cocobeach, et les forces du général anglais Dobell soutenues par les croiseurs alliés Cumberland et Bruix, prirent Duala, port principal de la colonie allemande.

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« Les Anglais avancent en Mésopotamie », L'Écho de Paris, vendredi 15 janvier 1915.

Port-Saïd, 13 janvier.

Le corps expéditionnaire anglo-indien, qui après s'être emparé de Bassorah a pénétré en Mésopotamie, a occupé la riche et populeuse région de Korna, au confluent du tigre et de l'Euphrate.
Tandis qu'une partie du corps demeure concentrée à Korna, qui a été transformée, en vue de servir de base d'opérations, en un vaste camp retranché pourvu d'une puissante artillerie, une importante colonne s'avance rapidement dans la direction de Bagdad, le long de la rive gauche du Tigre.

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« L'invasion turque en Perse », L'Écho de Paris, 15 janvier 1915.

Pétrograd, 14 janvier.

Une dépâche de Tiftis dit que les événements se développent en Perse. Les Turcs avancent vers l'intérieur, toutefois les mouvements principaux ont eu lieu jusqu'à présent près de la frontière russe, sans que les Persans aient pu résister. Quinze mille réfugiés sont arrivés à Erivan venant de Djoulfa.

Téhéran, 14 janvier.

L'ambassadeur de Turquie a adressé au gouvernement persan une note disant que la Porte est prête à faire évacuer l'Azerbaïdjan après son évacuation définitive par les Russes et après l'arrivée à Tabriz de l'héritier du trône.
Le départ de Téhéran du prince héritier aura lieu dans quelques jours. Ce départ s'effectuera avec la pompe traditionnelle. L'héritier sera accompagné du conseiller Nizam-ol-Molk et d'une suite de 600 soldats persans et de 250 cosaques, auxquels se rallieront en route certaines tribus de façon que l'héritier soit accompagné au moment de son entrée à Tabriz de 3 000 hommes en armes.

NOTA-BENE : la guerre qui oppose les Russes aux Ottomans dans le Caucase déborde en territoire perse, même si la Perse elle-même reste neutre.

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« L'éperon 132 », L'Action française, jeudi 14 janvier 1915.

« Trente mille hommes pour prendre un moulin », dit narquoisement le vieux proverbe militaire, se moquant des chefs qui ne savent pas mesurer les sacrifices aux résultats. Nous ignorons, à l'heure qu'il est, combien de combattants les Allemands ont mis en ligne pour s'emparer de cet « éperon 132 » qui se trouve au nord-est de Soissons ; mais il semble bien que l'effectif des assaillants soit, approchant, celui d'un corps d'armée.
La lutte est en tout cas terrible. Cette hauteur, qui s'avance au-dessus du plateau des carrières, avec de rudes falaises au nord et des pentes rapides à l'ouest et à l'est, est tenue depuis quelques jours par nos troupes et a pu être sommairement foritifiée par elles. Mais une fois de plus nos adversaires, chargeant en masses compactes, comptent l'emporter à force de se faire tuer du monde. Ces gens, quand ils ne font pas la guerre des taupes, font la guerre des étourneaux, qui volent en rangs pressés à la rencontre des alouettes…
Il va sans dire que cela ne doit pas aller sans de dures épreuves pour nous-mêmes. C'est une duperie de croire que l'on n'est pas obligé, en face d'adversaires comme les Allemands, de payer ce qu'il faut pour les battre. Et ce n'est pas non plus sans des alternatives d'avance et de recul que l'on peut rester maître en fin de compte de positions assaillies de la sorte.
Le communiqué nous dit que nous nous sommes maintenus sur le haut des pentes, à l'ouest de l'éperon ; mais nous avons du céder un peu de terrain à l'est. La lutte, en tous cas, se poursuit.
Partout ailleurs, la situation est favorable pour nos armes.

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« L'inventeur des pare-balles ne serait-il qu'un escroc dangereux ? », Le Matin, 14 janvier 1915.

À la demande du ministère de la guerre, M. Théodore Lescouvé, procureur de la République, vient de charger M. le juge Drioux d'ouvrir une information en escroquerie contre l'inventeur d'un pare-balles en plaque ou treillis métalliques.
Les expériences auxquelles le ministère a soumis ces pare-balles ont, en effet, établi qu'elles n'offraient aucune efficacité et que, par contre, elles étaient de nature à envenimer les plaies, les balles se trouvant déformées après avoir heurté l'appareil et entraînant dans la plaie des débris d'acier et d'étoffe.
Le juge a immédiatemement fait saisir le stock de marchandises et la comptabilité de l'inventeur, puis, après interrogatoire d'identité, il l'a inculpé d'escroquerie.

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« Petites annonces », L'Écho de Paris, mercredi 13 janvier 1915.

Automatic interprete du soldat en campagne. Nous recommandons aux mères, épouses et filles de nos chers combattants de leur envoyer ce petit guide français, anglais et allemand qui leur permettra de comprendre et se faire comprendre sans connaître la langue, entre alliés, sur le champ de bataille s'ils sont blessés, en pays ennemi, et en captivité. En vente partout. Prix : 0 fr. 50. Pour agents, Paris et province, 109, boulev. Beaumarchais, Paris.

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« Le service d'aviation du camp retranché », L'Humanité, mardi 12 janvier 1915.

Le ministre de la guerre, accompagné du général Galliéni, de son chef d'état-major, le général Clergerie, et du géénral Hirschauer, directeur de l'aéronautique, s'est rendu, hier matin, dans la banlieue de Paris.
e capitaine de vaisseau Morache, chef du service de la défense du camp retranché contre les Zeppelins, a fait visiter à M. Millerand un poste de défense fixe.
Les projecteurs et les pièces ont été mis en fonctionnement.
Le commandant Girod, chef du service de l'aviation du camp retranché a présenté au ministre son personnel et les différents types d'appareils.
Le ministre s'est déclaré satisfait des efforts déployés et des résultats acquis.
D'ici peu, la population sera avisée, par la voie de la presse, des mesures prises pour la réduction éventuelle de l'éclairage, de manière qu'en cas d'alerte il ne se produise ni surprise, ni émoi.

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« L'occupation allemande dans les Ardennes », Le Temps, lundi 11 janvier 1915.

Le Bulletin des Ardennes nous communique les renseignements suivants sur l'occupation allemande dans les Ardennes et notamment dans la région de Sedan. Il émanent d'une personne appartenant à l'Université française. Cette personne a pu s'échapper du territoire envahi, et le témoignage qu'elle nous apporte doit être accueilli avec la plus entière confiance.
Quand les Allemands ont envahi les Ardennes, les blés n'étaient pas rentrés. Une partie de la moisson a été perdue ; les champs de blé et d'avoine ont été piétinés par les fantassins et la cavalerie, écrasés par le passage de l'artillerie. Les froments et les avoines coupés et mis en javelles sur le sol y sont restés exposés à toutes les intempéries et ont germé sur place. Les Allemands ont tenté de sauver ce qu'ils ont pu, en réquisitionnant les hommes valides pour rentrer le reste des récoltes.
La récolte des pommes de terre et des betteraves a été bonne. Inutile de dire que les Allemands en ont profité. Ils ont annoncé qu'ils prendraient la totalité des récoltes des émigrés et les deux tiers des autres. La question du ravitaillement semble les préoccuper beaucoup. Ils ont fait de multiples enquêtes sur le nombre de têtes de bétail dans les fermes ; sur l'évaluation des récoltes ; sur le stock disponible en blés et en farines. Le recensement de la population restante a été soigneusement opéré. Enfin les Allemands ont réquisitionné des hommes pour battre le blé et faire les semailles. Mais la surface ensemencée est bien moins grande qu'à l'ordinaire.
Le pain a été rationné. Chaque personne ne recevait qu'une livre de farine par jour. Quelques moulins fonctionnent, et des cultivateurs sont réquisitionnés pour y mener du blé. Les Allemands rendent 70 % en farine et gardent le reste. Aussi, en maints villages, on a repris les vieilles coutumes : les paysans ont battu leur blé au fléau et fait cuire leur pain à domicile, pour dix ou quinze jours à la fois. Notons qu'au début de l'invasion, le pain a manqué sur plusieurs points pendant quelques jours, de même que le sucre, le café, le sel, les allumettes et le tabac. Mais cette situation ne tarda pas à s'améliorer : des Luxembourgeois et même des Allemands vinrent, en automobile, vendre en cachette aux Français les denrées qui leur manquaient. Le café valait 5 francs le kilo ; le pétrole 1 franc le litre, et il était fort rare au début de novembre. Pour se procurer les provisions du ménage, des femmes et des enfants ont dû faire trente kilomètres, la hotte sur le dos, ou bien poussant une petit voiture.
La vente de l'alcool est interdite. La poste ne fonctionne pas. Les chemins de fer ne servent qu'aux transports militaires. Des plaques indicatrices en allemand ont été placées aux carrefours des routes, aux passages à niveau. L'heure allemande a été imposée dans certaines villages.
À Remilly, Villers-le-Tourneur, Pouru-Saint-Rémy, Pouru-aux-Bois, Carignan, les écoles sont rouvertes, et les maîtres français y travaillent librement, sans être inquiétés par les Allemands. Ceux-ci se font tout doux pour se concilier la population. Leur thème favori de propagande est que la France agricole et l'Allemagne industrielle se compélteraient admirablement et que nous devons nous allier aux Allemands contre l'Angleterre.
Les résultats de cette campagne sont absolument nuls. La population subit avec horreur les exigences allemandes. L'ennemi a fait dresser la liste des habitants astreints au service militaire, des jeunes gens des classes 1914 et 1915, des auxiliaires et des réformés. Tous ont reçu l'ordre de ne pas quitter leurs villages, et on les fait travailler au nettoyage des rues, à l'entretien des routes, à la construction des ponts, comme si l'occupation devait être définitive.
Mais les Ardennais ont toujours sous les yeux le spectacle des atrocités commises et des villages incendiés : la Chapelle, Givonne, Donchery, Villers-devant-Mouzon, Matton, Glaires, Yoncq, le faubourg de Mouzon, Chaumont-Noyers ! Ils n'oublient pas les scènes de pillage méthodique, les autos et les voitures chargées de meubles, d'objets précieux, de stocks de laine, de drap, de marchandises de toute sorte. Dans les usines de Sedan et de la vallée de Raucourt, toutes les machines outils ont été enlevées. Ce souci de déménagement intégral s'accorde d'ailleurs assez mal avec la jactance des Allemands et leur comédie d'installation définitive.

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« La Perse aurait envoyé un ultimatum à la Turquie », La Croix, dimanche 10 janvier 1915.

Rome, 8 janvier. — Le Giornale d'Italia publie une interview du ministre de la Perse à Rome au sujet de l'ultimatum adressé par la Perse à la Turquie. Le ministre a déclaré que, lorsque la guerre russo-turque a éclaté, la Perse fit officiellement sa déclaration de neutralité. Mais la neutralité de la Perse n'a pas été respectée. Les armées du tsar et celles du sultant se sont battues sur le territoire perse et les combats eurent de graves conséquences pour les populations de l'Azerbaïdjan.
Le gouvernement persan s'est adressé à l'ambassadeur de Turquie à Téhéran pour faire évacuer le territoire persan par les troupes turques, mais sa démarche n'ayant eu aucun résultat, il fut alors obligé, afin de défendre la neutralité persane, d'envoyer un ultimatum à la Turquie. Le ministre ignore la réponse de la Turquie.

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« La perte du Formidable », Le Figaro, samedi 9 janvier 1915.

Le Formidable a bien été torpillé. Lord Crewe l'a annoncé à la Chambre des lords. Le cuirassé a reçu deux torpilles.
Le ministre anglais a ajouté le reneignement suivant :
« Lors du torpillage du Formidable, le capitaine de ce navire donna par signaux, à une autre bâtiment qui se portait à son secours, le conseil de ne pas avancer, en raison du danger qu'aurait couru ce bâtiment d'être attaqué par les sous-marins. Le capitaine préféra mourir que de risquer la vie de ses camarades de la flotte. Le capitaine, l'équipage et les sauveteurs d Formidable ont observé les nobles traditions britanniques. »

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« Les nouveaux autobus », Le Matin, vendredi 8 janvier 1915.

La reprise des affaires, que tout le monde souhaite ardemment, est liée à diverses conditions, au premier rang desquelles il convient de placer l'amélioration des transports en commun, indispensable à la population laborieuse pour se rendre à son travail.
Depuis le début de la guerre, ce service, d'abord complètement désorganisé par suite de la mobilisation d'une grande partie du personnel et de la réquisition des autobus, s'est peu à peu reconstitué par la formation de nouveaux wattmen et par l'embauchage de receveurs auxiliaires ou de receveuses recrutées de préférence parmi les femmes des agents mobilisés.
Mais il est encore loin d'être parfait et de répondre aux besoins de la population.
En ce qui concerne les tramways, dont le mécanisme est assez délicat, les multiples réparations, dont quelques-unes sont assez difficiles à exécuter, tant en raison de leur nature qu'à cause de l'infériorité de la main d'œuvre, obligent les compagnies à ne mettre à la disposition du public qu'un nombre très limité de voitures, soumises elles-mêmes à des pannes assez fréquentes et souvent longues par suite du manque de courant.
Cet état de choses rend encore plus sensible l'absence des autobus, bien que tout le monde soit d'accord pour proclamer les imenses services qu'ils rendent à la défense nationale, et même pour s'en enorgueillir.
Il n'en est pas moins vrai, comme le constate M. Louis Dausset, dans son rapport général sur le budget, que « l'autobus nous manque » et qu'il serait utile de remettre le plus tôt en exploitation, par omnibus-autobus, au moins les lignes qui étaient les plus fréquentées du public et qui ne se trouvent pas supplées ni par le Métropolitain, ni par les tramways.
La Compagnie des omnibus s'est d'ailleurs préoccupée elle-même de la question et elle a soumis à la commission de contrôle, le 27 octobre dernier, un nouveau modèle de voitures où les places sont plus larges, les glaces plus hautes et dont le poids total se trouve diminué de près d'une tonne.
La commission a émis un avis favorable à l'adoption de ce nouveau type de voitures et « il y aurait intérêt, dit M. Dausset, à ce que la construction d'une centaine de ces voitures fût dès maintnant commencée et poussée avec activité ».
Comme la défense nationale passe avant tout et qu'il ne saurait être question de lui reprendre une seule unité, ces voitures viendraient en plus de celles dont les services de ravitaillement et de transports des troupes ont besoin.
Sur ces bases, il semble que les pouvoirs publics et, en particulier, l'autorité militaire, pourraient permettre, sinon en totalité, du moins en partie, le rétablissement des autobus.

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« Le pape et les prisonniers invalides », L'Action française, jeudi 7 janvier 1915.

On sait que le pape s'est entremis près des belligérants pour obtenir l'échange des prisonniers qui, par suite de leurs blessures, sont incapables de porter à nouveau les armes.
La plupart des États en guerre ont déjà accepté la proposition du Saint Père. Le nombre de prisonniers qui seraient ainsi échangés s'élèverait à près de 150 000.
L'Osservatore Romano publie la réponse du roi d'Angleterre, du président de la République française et du tsar.
Les trois chefs d'État acceptent la proposition. Le roi George dit qu'il avait déjà proposé au gouvernement allemand d'échanger les prisonniers invalides et que justement ces jours derniers, l'Allemagne avait accepté sa proposition.
Voici le télégramme adressé par M. Poincaré au pape :
En réponse à l'aimable proposition que Votre Sainteté m'a fait l'honneur de me transmettre par sa dépêche, je m'empresse de vous donner l'assurance que la France, fidèle à ses traditions de générosité, a traité toujours les prisonniers de guerre avec humanité et qu'elle étudie les moyens d'échanger tous ceux qui seront définitvement inaptes au service militaire.

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Le thermomètre marquait, hier matin, 6 degrès au-dessous de zéro et 8 dans l'après-midi. Temps couvert. Vent du nord-est. Baromètre en hausse à 765 millimètres.

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P. D., « Les parisiens voudraient voir des trophées conquis sur les Allemands », L'Écho de Paris, mercredi 6 janvier 1915.

À Berlin et dans plusieurs villes d'Allemagne, les badauds s'arrêtent des heures entières devant quelques canons abandonnés par les troupes alliés dans les mouvements défensifs. Et la presse germanique exalte avec orgueil ces exhibitions.
Or la France possède de glorieux et de nombreux trophées conquis de haute lutte sur nos ennemis au cours des cinq premiers mois de guerre. Déjà huit drapeaux sont arborés dans la chapelle des Invalides, mais des quantité de canons, mortiers, fusils, sabres, armements de toute nature et tout calibre ont été rassemblés dans le camp retranché de Paris après la victoire de la Marne.
Les parisiens voudraient contempler quelques-uns de ces trophées, qui chacun représentent tant de vaillance et de dévouement.
Ce désir semble légitime et le distingué président du Conseil municipal, M. Adrien Mithouard s'est chargé de le présenter au gouverneur militaire de Paris. Il demande donc au général Galliéni d'autoriser une exposition de certaines pièces importantes conquises sur les Allemands sur l'Esplanade des Invalides. Ceci ne constituera pas seulement pour le peuple de Paris, qui a su se montrer si courageux lors des heures critiques un spectacle réconfortant, mais démontrera à tout les pays neutres l'inanité et le ridicule des exhibitions à grand orchestre de Berlin.

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SIGG (Jean), « Dans les camps de concentration », L'Humanité, mardi 5 janvier 1915.

Les délégués de Genève ont pu visiter plusieurs camps de concentration. Ils ont eu l'impression que les prisonniers français en Allemagne se trouvent dans des conditions matérielles satisfaisantes. L'ordinaire est celui des soldats. Du fait que les céréales manquent, le pain est un composé de farine et de fécule de pomme de terre. Il est bon, nous dit M. Ador [président du Comité international de la Croix-Rouge], qui l'a goûté. Les officiers sont tenus plus serrés qu'en 1870. Leur menu est appétissant. Mais ce qui leur cause de grandes souffrances morales c'est la vigueur avec laquelle ils sont consignés dans les camps de concentration et le régime d'isolement complet auquel ils sont soumis. Dans la forteresse de Magdebourg ils peuvent se promener dans un étroit préau. Presque pas de nouvelles du dehors, ou bien quelques cartes soigneusement expurgées, de leurs familles. Pas de journaux, presque pas de livre.
Les grands camps de concentration près de Berlin ne sont autres que des baraquements soigneusements construits et abondamment chauffés. Au centre, une cantine où chacun peut se procurer des cigares, des vêtements chauds et quelques « extras ». Les officiers ont peu d'argent de poche. Quant aux soldats, ils travaillent à différentes corvées. Ils ont en général un air de bonne santé. Tels sont les documents que je tiens à mettre sous les yeux des lecteurs de l'Humanité. Bien des familles françaises ont été troublées, sans doute, par les renseignements inexacts, tendancieux, que certaine presse exploitait au risque de provoquer des représailles. Les délégués de la Croix-Rouge de Genève ont remis les choses au point. Elles peuvent ses rassurer.

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« Le ravitaillement de Paris », Le Temps, lundi 4 janvier 1915.

La question du ravitaillement tenait naturellement la première place dans les inquiétudes de la population. Mais il parît bien qu'elle avait été résolue en partie dès le temps de paix par ceux qui en avaient la charge. Le reste a été fait d'urgence aux premiers jours de guerre.
Aussi, en ce qui concerne les vivres (j'excepte le sel qui faillit manqué en août), la population civile, malgré l'invasion et les menaces d'investissement, malgré les nécessités de ravitaillement des armées n'a-t-elle jamais souffert d'une raréfaction des produits essentiels à son alimentation. Pour le combustible, il faudrait faire quelques réserves ; aujourd'hui encore, on ne peut se procurer aussi aisément qu'on le voudrait tout le charbon qu'il faudrait ; mais la situation s'améliore de jour en jour, et aucune disette n'est à craindre pour cette fin d'hiver.
L'intendance joue un rôle important dans le ravitaillement de la population civile. C'est son aide qui permit aux meuniers de faire tourner leurs moulins, aux boulangers de maintenir invariable le pirx du pain, aux bouchers de débiter toute la viande nécessaire aux Parisiens. Le surcre cristallisé approvisionné dans les magasins généraux représentait la consommation de plus d'une année, et on se hâta de réunir des stocks importants de pommes de terre, de lait en poudre et de lait condensé, de pâtes alimentaires et enfin de sel.
Aujourd'hui la situation générale s'est modifiée ; les transports commerciaux reprennent de leur ancienne activité : le lait, le beurre, les œufs arrivent en abondance, et les stocks constitués vont être rendus à la circulation par le moyen de ventes au public, de fournitures aux établissements communaux ou même de dons aux œuvres charitables.
Les heures critiques sont passées.

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« Le retour des religieux de Syrie, du Liban et de Palestine chassés par les Turcs », La Croix, dimanche 3 janvier 1915.

Des télégrammes d'Athènes sont enfin venus nous fixer sur le sort des religieux et religieuses de ces pays, victimes de la persécution turque, dont on n'avait pas encore de nouvelles. Ils sont arrivés jeudi dans cette ville, venant de Beyrouth. Tous ont été retenus pendant huit jours à Beyrouth avant d'obtenir l'autorisation de s'embarquer grâce à la fermeté du consul des États-Unis.
Notons spécialement qu'une trentaine d'Assomptionnistes de Jérusalem sont ainsi arrivés à Athènes. C'est avec une profonde douleur qu'ils pensent que l'état-major allemand occupe cette splendide maison de Notre-Dame de France construite par la générosité des pèlerins.
Les Turcs avaient emprisonné tous les nationaux des puissances de l'Entente se trouvant à Jérusalem. Ils voulurent prendre possession des archives du consilat de France, mais le consul d'Espagne s'y opposa et déclara que si les autorités usaient de la force, il demanderait ses passeports ; les Turcs renoncèrent alors à leur dessein. Tous les voyageurs rendent hommages à la conduite du représentant de l'Espagne qui fut admirable en toutes circonstances. Par contre, les Turcs ont pris connaissance des archives du consulat de France à Damas.
Les autorités de cette dernière ville font beaucoup de propagande auprès des Algériens pour les amener à changer de nationalité. Un Algérien à qui on faisait une proposition en ce sens répondit : « Moi, j'aimerai mieux me couper la gorge que d'abandonner la nationalité française pour devenir sujet ottoman. » De leur côté, les Bédouins ne montrent aucune disposition à marcher avec les Turcs.
Le personnel français des Compagnies de Beyrouth, Damas et Jérusalem (gaz, etc.) se trouve à Mamas soumis à une surveillance.

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« Le raid de Cuxhaven », Le Figaro, samedi 2 janvier 1915.

Londres, 1er janvier.

Un journaliste anglais a interwievé, à Ymniden, le commandant Hewlett qui, après le raid de Cuxhaven, fut recueilli par une barque hollandaise :
J'avais le commandement, a dit cet officier, d'une escadrille de neuf hydravions, qui avaient été transportés à bord de trois bâtiments de guerre.
Huit d'entre nous seulement prirent leur vol, le neuvième appareil ayant une avarie de moteur.
J'allais en tête de l'escadrille ; je me trouvai, vers les côtes du Schleswig, pris au milieu d'un épais brouillard, je volais alors plus bas, en arrière de Cuxhaven, où j'atteris pour reprendre mon vol et planer au-dessus de la grande flotte allemande qui était sous pression à l'abri de l'île d'Héligoland.
Une violente fusillade fut ouverte contre moi par les Allemands, mais, de mon côté, je ne restai pas inactif et je lançai plusieurs bombes sur l'ennemi ; je crois que j'ai réussi à toucher un des bâtiments, car j'ai vu aussitôt une fumée s'élever du navire.
Ayant vainement chercher à découvrir mon escadrille, et mon moteur commençant à s'échauffer, je dus descendre ; peu après, j'apercevais la barque de pêche hollandaise qui m'a pris à son bord. Avant de m'embarquer, j'avais naturellement détruit mon moteur et coulé mon appareil.
Ceci se passait à 10 heures du matin, le jour de Noël.
Pendant sept jours, je suis demeuré à bord de la barque hollandaise, qui fut aux prises, de lundi à mardi dernier, avec une violente tempête.

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« Le président Wilson et le "droit de visite" », Le Matin, vendredi 1er janvier 1915.

Les lois de la guerre admettent, le simple bon sens indique, qu'un belligrant est en droit d'arrêter tous produits, approvisionnements, matières premières destinées à la puissance avec laquelle il est en guerre.
Les neutres mêmes ont d'ailleurs intérêt à ce qu'un conflit dont leur industrie et leur commerce pâtissent, ne soit pas prolongé par le ravitaillement d'un des belligérants.
Mais, sur mer, la vérification des cargaisons des navires neutres et leurs destinations entraîne forcément des ennuis, des retards pour les bâtiments de commerce neutres.
Dans une note rédigée en termes très amicaux, le gouvernements des États-Unis vient de demander au cabinet anglais de voir s'il pourrait alléger les difficultés résultant pour le commerce maritime des neutres de cet état de choses.

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