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Dictées - Pierre Aulas
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Amiens
Beyrouth
Addis-Abeba
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Alexandrie
Beyrouth 2004

Les dictées de Bernard Pivot

Source : Site de tv5, le 10 janvier 2008.

Amiens

La ronde des mots

Dans toutes les langues, jouer avec les mots est un passe-temps fort agréable, à la portée de tout le monde, des blancs-becs, des rimailleurs, des étudiants, comme des linguistes chevronnés et des académiciens tout de vert vêtus. Les mots sont des amis fidèles, des serviteurs zélés, qui se sont toujours prêtés à nos fantaisies, à nos manigances, à nos acrobaties intellectuelles. Les mots sont des cailloux, des bijoux, des cachous, des joujoux.

Sauf homonymie, chaque mot a un son qui n'appartient qu'à lui. Il y a des mots moelleux et des mots âpres. Des mots bien-aimés et des mots dont la réputation est détestable. Des mots vifs comme des libellules et des mots lourds comme des hippopotames. Des mots discrets comme des violettes et des mots m'as-tu-vu. Mais, quels qu'ils soient, tous les mots, même ceux qui désignent les maux les plus effroyables de l'humanité, méritent d'être connus. À nous de faire prospérer ceux qui nous font honneur.

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Beyrouth

La vie en chansons

Qu’on y susurre des romances melliflues ou qu’on y entonne a cappella les grands airs de l’opéra italien, le music-hall est un lieu magique. Comment ne serions-nous pas émus, voire bouleversés, par les films sépia, usés d’avoir été trop diffusés, où nous voyons Edith Piaf, les Beatles ou Oum Kalsoum chanter des refrains qui ont déchaîné les vivats et les hourras des foules ? Ils ne sont pas démodés puisque ce sont sont toujours des rengaines, des scies. Les adolescents savent-ils qu’on peut préserver son visage des redoutées acnés par l’écoute des vieux tubes ?

Bien des couples lambda aiment tant le music-hall qu’ils l’installent à leur domicile. Au début, ce ne sont que roucoulades, ariettes, barcarolles, sérénades énamourées, canzones enfiévrées, ballades de Chopin au retour de balades romantiques. Hélas ! Après s’être beaucoup plu, l’homme et la femme se sont laissé engluer dans des querelles de cohabitation et se sont de plus en plus souvent dressés l’un contre l’autre.

À leur nouveau répertoire, des lamentos, des goualantes, des villanelles acidulées, des pots-pourris de complaintes, bientôt des requiem. On a bien raison de dire que tout finit toujours en chansons. Mais tout dépend des paroles. Quant à moi, je préfère les épithalames fredonnés à deux, les tricotets et les hymnes à l’amour.

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Addis-Abeba

Ça roule !

Si Christophe Colomb avait longé les côtes de l'Afrique, sûr qu'il aurait fini par découvrir l'amharique ! Il est peu probable qu'il eût appris cette langue, préférant imposer l'espagnol aux populations autochtones. Disons succinctement que les langues de l'Ethiopie eussent été menacées de disparition, comme se sont évanouies tant de langues parlées par les Indiens d'Amérique. En ce temps-là, les vigies criaient : « Terre ! terre ! » et le destin de ces pays d'outre-mer allait s'en trouver changé, la vie des peuples menacée, leurs moeurs chamboulées.

Le chemin de fer et la pétanque constituent l'essentiel de l'apport de la France à l'Ethiopie. Quelque différents que soient les services rendus par le train et par la boule, ils conjuguent la même philosophie : il faut que ça roule ! Comme si les Français, de soi-disant pantouflards, s'étaient plu à donner d'eux l'image d'hommes de plein air, qui ont la bougeotte et qui se sont ingéniés à tracer des chemins, des ruelles et même des pattes-d'oie pour rallier au plus court une gare ou un cochonnet. Comme on l'a vu dans le reportage, les cheminots d'Addis-Abeba jouent à la pétanque avec sérieux et bonne humeur. Ce sont, c'est le cas de le dire, des boute-en-train...

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Ottawa

Les repas de Champlain

Les poissons et le gibier devaient pour l'essentiel constituer les menus de Samuel de Champlain, au cours de son exploration du Canada. Comment accommodait-il saumons et ouananiches ? Grillés et aillés sur des pierres chauffées à blanc ? Les faisait-il bouillir avec des aromates ? Ce mangeur de grenouilles s'empiffrait-il de ouaouarons en brochette ?

Les caribous lui fournissaient de la viande en abondance. Les lièvres aussi, préparés en ragoût, avec du thym et du serpolet. A la saveur des cuisses préférait-il le goût des râbles ? Champlain était un homme si dynamique, si ébouriffant, si époustouflant, qu'on peut même se demander s'il ne mangeait pas du lion.

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Alexandrie

Lumières Alexandrines

Le phare d'Alexandrie est en partie une énigme. On est sûr que la tour avait cent trente-cinq mètres de haut, qu'elle était scindée en trois étages et qu'elle était surmontée d'une statue de Zeus. Mais on ne sait pas par quoi était alimenté le foyer dont les perçantes lueurs avertissaient les bateaux des dangers de la côte. Fera-t-on un jour la lumière sur cette lumière ?

Nous sommes mieux renseignés sur les fards de Cléopâtre. Comme beaucoup d'égyptiennes de l'aristocratie, elle utilisait pour sa peau des onguents parfumés par des herbes aromatiques, et pour ses yeux des khôls très sombres, ou encore des poudres bleu marine ou vert d'eau. Aucun phare n'avertissait des dangers que sa souveraine beauté et son intelligence aiguë représentaient pour tous les hommes, en particulier les Romains, qui, attendus ou incognito, débarquaient à Alexandrie.

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Beyrouth 2004

Les mots-valises

Que les Libanais se soient déjà adonnés par deux fois à la perverse jouissance de la dictée, n'étonne pas les Français. Ils savent, ne serait-ce que par des on-dit, que les Beyrouthins aiment et pratiquent la langue de La Fontaine, de Chateaubriand et de Mérimée, et qu'ils ne se sont jamais laissé décourager par les règles des participes passés des verbes pronominaux. Ils se sont entraînés à en déjouer les pièges. Ils se sont même amusés à conjuguer des verbes au subjonctif imparfait. Quel courage !

Ce qui sidère les Français, c'est que les Libanais fassent si peu de fautes. Parfois, zéro. « Leur infligeâtes-vous ex cathedra, me demandèrent-ils, des phrases ambiguës et des mots bizarroïdes ? » Je les leur infligeai et ils en redemandèrent. Aussi revins-je avec dans ma musette des mots pareils à des bibelots, des brimborions, des affiquets et même, si j'ose dire, des chinoiseries. Le français, c'est son charme et c'est aussi sa difficulté, abonde en mots composés, en mots-clés, en mots à double sens, en onomatopées et même en demi-mots. C'est bien simple, je ne me déplace plus au Liban qu'avec des mots-valises !

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